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Sakina, la fille de la mer et du soleil
Quoi de plus beau qu’une journée de printemps pour rendre hommage à la femme marocaine à travers une femme d’exception, une femme de courage et de volonté, une femme de détermination et d’ambition !
Cette femme est un bel exemple de réussite sociale pour les jeunes marocains, garçons et filles : ces jeunes qui ont de plus en plus tendance à baiser les bras, à s’avouer vaincus, à succomber au désespoir et au pessimisme; ces jeunes qui ne croient plus que l’école marocaine ouvre la porte de l’emploi, de la réussite, de la vie digne et honnête, de l’avenir sûr et ensoleillé… Sakina nous invite à chasser ces idées défaitistes en nous disant : «On veut, on peut!». Qui est cette femme qui a tant voulu, qui a tellement cru qu’elle a fini par «pouvoir» ?
Sakina est la fille de la mer et du soleil, éprise dès l’enfance de la grandeur infinie, de la puissance majestueuse, de la beauté bleue de l’Océan Atlantique… Fille d’un homme simple et modeste, membre d’une famille nombreuse, elle a grandi dans le quartier populaire d’Anza comme toute la marmaille de son âge, tous ces enfants pauvres : les enfants des pêcheurs et des ouvriers… Encore toute petite, ses yeux brillaient d’intelligence, son corps vibrait d’impatience, son esprit vaguait avec les barques et les chalutiers… Elle attendait… Elle rêvait d’une vie autre que celle qu’elle menait, une vie de bonheur, de sécurité, de sérénité, de dignité. Déjà elle allait le soir contempler le coucher du soleil sur les rochers du rivage et rêvasser, les pieds chatouillés par les vaguelettes qui venaient les caresser. Déjà elle voulait prendre son envol vers cet horizon rougeâtre, comme les mouettes, ces oiseaux de la liberté océanique. .. Et très vite elle a su, je ne sais pas quel miracle, que l’unique moyen de sortir de la pauvreté et du besoin c’était d’étudier, de réussir, de progresser, de ne pas s’arrêter. Les études étaient pour elle la seule issue à cette vie honnête et digne dont elle rêvait. Alors elle est devenue dès son jeune âge une élève studieuse, appliquée, sérieuse et tenace.
J’ai fait la connaissance de cette fille talentueuse et incroyablement intelligente lorsqu’elle était encore collégienne. J’enseignais le Français au collège Ibn Khaldoune d’Anza et j’y animais un atelier-théâtre. Je me souviens encore de cette charmante brunette, les cheveux coupés ras (un vrai garçon manqué), les yeux brillants et le sourire innocent sur les lèvres, me demandant de faire partie de la troupe théâtrale de l’établissement. Lors des répétitions de la pièce «Palestine en cage», elle débordait de jeunesse, de talent et d’enthousiasme : Petite militante qui défendait la cause palestinienne et condamnait le sionisme et l’impérialisme, à peine âgée de 14 ans ! J’ai très vite senti que cette fille était spéciale : Elle avait quelque chose d’imperceptible qui lui donnait une force capable de déplacer des montagnes ! Je me souviens encore d’elle quand elle venait me demander de lui prêter des romans à lire sur la plage de «Taghazoute» durant les vacances estivales. Elle me les rendait dans un état lamentablement piteux. Je ne lui faisais aucune remontrance sachant quelle les avait lus. Que pouvait-on encore apprendre à une fille qui avait lu «Cent ans de solitude» de Gabriel Garcia Marquez, à l’âge de 15 ans ? Je ne pouvais que l’encourager à lire, à ne jamais s’arrêter de lire. Et croyez-moi, elle ne s’est jamais arrêtée. Elle a fait du livre son confident, son ami et son conseiller. Sa maison, maintenant, est une vraie bibliothèque et c’est moi à présent qui lui emprunte des livres !
Ce n’est pas la peine de vous dire que son itinéraire scolaire n’a connu aucun incident et aucun écueil. Cette fille conjuguait tous les verbes à tous les modes et à tous les temps sauf le verbe «redoubler»… Après le bac, elle ne choisit point la facilité. Fascinée par le passé lointain, par l’histoire et l’origine de l’humanité, elle opte pour l’anthropologie. Elle suit ses études à l’institut national des Sciences archéologiques. Soucieuse de nouveaux horizons, avide de nouveaux espaces, désireuse d’en finir avec le besoin qui aliène tout éveil, tout envol, toute ascension, elle s’envole pour Paris pour poursuivre ses études supérieures dans le but d’avoir son doctorat en sciences humaines, spécialité anthropologie et ethnologie… Elle fait des recherches archéologiques et des études sur le patrimoine du sud marocain. Je me souviens d’elle quand elle venait de la région de Ouarzazate, poussiéreuse et crasseuse. Je m’amusais à la taquiner : «Alors madame «Indiana Jones», tu as trouvé le trésor d’Ali Baba ?»
De retour au pays, parce qu’elle était déterminée à retourner chez elle, nullement impressionnée par les lumières parisiennes, pour servir sa patrie, elle travaille à la bibliothèque nationale de Rabat où les livres ne manquent pas. Ensuite elle s’installe à la ville rouge comme conservatrice et directrice du Musée de Marrakech, cet établissement magique d’art plastique et d’architecture ancienne purement marocaine.
Maintenant, Sakina est mariée et mère de deux enfants. Comme épouse, elle est dévouée, fidèle, amoureuse, épanouie. Comme maman, elle est tendre, douce et affectueuse. Comme maîtresse de maison, elle est méthodique, appliquée, soigneuse et hospitalière. Elle a un goût raffiné et une élégance distinguée. Sa demeure traditionnelle est un petit musée. Il fait bon y vivre, décorée par les mains d’un artiste de talent. Chez elle, ça sent les parfums du sud, ça sent l’art traditionnel et le patrimoine aux mille et une couleurs et formes. Chez elle, on se sent bien et on a envie de rester pour toujours, il y règne une ambiance de quiétude et une osmose magique et invisible créant une paix douce et bienfaisante. Comme directrice du musée, elle est sérieuse, consciencieuse, active et créative. Comme fille et sœur, elle aide et soutient financièrement sa famille, constamment présente et à l’écoute du moindre souci des siens comme le veulent notre religion et nos traditions (Allah Irdi âlike ! »Que Dieu te bénisse! »)
Comme femme, elle a une forte personnalité et une intelligence hors pair. Elle ne se laisse guère intimider. Elle a aussi un charisme et une attirance qui mettent son interlocuteur à l’aise et rendent l’échange facile et limpide. Elle a un franc-parler mélangé avec une séduction et une élégance qui ne la rendent jamais désobligeante. Comme citoyenne, elle est généreuse, clémente, militante associative, féministe, émancipée, progressiste et proche de toute activité humaniste et altruiste. Son emploi du temps est tellement chargé qu’elle n’a pas une minute à elle : Famille, rencontres, rendez-vous, meetings, conférences, vernissages, réunions, débats, voyages, recherches, documentations, études, activités culturelles, artistiques et sociales… C’est une vraie fourmi infatigable qui vient cependant en aide aux cigales ! C’est une vraie abeille ouvrière qui offre généreusement son miel ! Comment peut-elle se retrouver dans toute cette cacophonie humaine sans perdre le nord dans les dédales de la médina de Marrakech ?
Ce n’est pas par hasard que Sakina était nommée cette année à la fameuse et précieuse « Khmissa » qui honore et glorifie les Marocaines de talent, les grandes dames de notre pays. Si on l’a choisie parmi les cinq premières, c’est qu’elle le mérite amplement, qu’elle en est digne… Grâce à Khmissa, les Marocains connaissent maintenant Sakina Rharib. Nous, à Agadir, nous la connaissons bien avant et maintenant nous lui disons : Même si tu n’as pas eu cette Khmissa, pour nous tu l’as bien eue ! Nous sommes fiers de toi; toi la fille de la mer et du soleil, la fille du peuple;
toi qui as peiné et enduré pour en arriver là. Tu t’es faite toi-même avec courage, labeur et humilité sans narcissisme aucun et sans vanité ni fausse modestie. Tu as prouvé que la détermination et le sérieux donnent les fruits attendus, et la récolte escomptée… Pour tout ce que tu fais au service de l’art et de la culture, au service de la société, au service de ta patrie, tu mérites notre amour, notre respect, notre admiration et notre… Khmissa ! ;
Mais est-ce ainsi qu’on récompense le militantisme, le professionnalisme, la perspicacité dans notre pays ? Nous venons d’apprendre avec stupeur et douleur qu’on a dit à Sakina : «merci de tes services, on n’a plus besoin de toi !» La présidente de la fondation Omar Benjelloun en personne vient de licencier abusivement Sakina Rharib de son poste de conservatrice et directrice du Musée de Marrakech et de sa fonction de secrétaire générale de ladite fondation. Elle a eu l’outrance et le culot de la chasser comme une malpropre devant tous les employés sans l’informer d’avance, sans préavis comme l’exige l’usage de tout licenciement ! Si ces gens-là ne savent pas quelle perle rare il viennent de perdre, nous, nous te disons : « tu n’as rien à regretter, Sakina ! D’autres horizons t’attendent. Toi la fille du défi, continue ton chemin ! Tellement de choses restent à faire. La route est longue et difficile mais tu es forte… La Femme Marocaine a besoin de femmes comme toi, sois plus puissante que les déboires ! Et si tu es fatiguée, fille de la mer et du soleil, reviens chez toi et va le soir contempler le coucher du soleil sur les rochers du rivage et rêvasser, les pieds chatouillés par les vaguelettes qui viendront les caresser… Tu t’en souviens ? Comme tu le faisais quand tu étais petite fille de la mer et du soleil… ? ».
Pour finir, je voudrais t’offrir cette citation de Voltaire : «Un jour tout sera bien, voilà notre espérance. Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion». Mes hommages, madame ! Khamssa ou Khmisse âlik à Lalla!Albayane, Jeudi 22 Avril 2004
Ma vie n'est plus une barque dans une mer enrag?e
Et je ne suis plus le naufrag?!
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Mostafa, point fat, seul, las, si doux, r?vant de sa mie!!!
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