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Ballade à la lune – Alfred de Musset

  • Ce sujet contient 3 réponses, 3 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Claude, le 30-10-2014 10:21.
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  • #2635987
    H?l?ne
      • Sujet: 604
      • Réponses: 5870

      Ballade à la lune

      C’était, dans la nuit brune,
      Sur le clocher jauni,
      La lune
      Comme un point sur un i.

      Lune, quel esprit sombre
      Promène au bout d’un fil,
      Dans l’ombre,
      Ta face et ton profil ?

      Es-tu l’oeil du ciel borgne ?
      Quel chérubin cafard
      Nous lorgne
      Sous ton masque blafard ?

      N’es-tu rien qu’une boule,
      Qu’un grand faucheux bien gras
      Qui roule
      Sans pattes et sans bras ?

      Es-tu, je t’en soupçonne,
      Le vieux cadran de fer
      Qui sonne
      L’heure aux damnés d’enfer ?

      Sur ton front qui voyage.
      Ce soir ont-ils compté
      Quel âge
      A leur éternité ?

      Est-ce un ver qui te ronge
      Quand ton disque noirci
      S’allonge
      En croissant rétréci ?

      Qui t’avait éborgnée,
      L’autre nuit ? T’étais-tu
      Cognée
      A quelque arbre pointu ?

      Car tu vins, pâle et morne
      Coller sur mes carreaux
      Ta corne
      À travers les barreaux.

      Va, lune moribonde,
      Le beau corps de Phébé
      La blonde
      Dans la mer est tombé.

      Tu n’en es que la face
      Et déjà, tout ridé,
      S’efface
      Ton front dépossédé.

      Rends-nous la chasseresse,
      Blanche, au sein virginal,
      Qui presse
      Quelque cerf matinal !

      Oh ! sous le vert platane
      Sous les frais coudriers,
      Diane,
      Et ses grands lévriers !

      Le chevreau noir qui doute,
      Pendu sur un rocher,
      L’écoute,
      L’écoute s’approcher.

      Et, suivant leurs curées,
      Par les vaux, par les blés,
      Les prées,
      Ses chiens s’en sont allés.

      Oh ! le soir, dans la brise,
      Phoebé, soeur d’Apollo,
      Surprise
      A l’ombre, un pied dans l’eau !

      Phoebé qui, la nuit close,
      Aux lèvres d’un berger
      Se pose,
      Comme un oiseau léger.

      Lune, en notre mémoire,
      De tes belles amours
      L’histoire
      T’embellira toujours.

      Et toujours rajeunie,
      Tu seras du passant
      Bénie,
      Pleine lune ou croissant.

      T’aimera le vieux pâtre,
      Seul, tandis qu’à ton front
      D’albâtre
      Ses dogues aboieront.

      T’aimera le pilote
      Dans son grand bâtiment,
      Qui flotte,
      Sous le clair firmament !

      Et la fillette preste
      Qui passe le buisson,
      Pied leste,
      En chantant sa chanson.

      Comme un ours à la chaîne,
      Toujours sous tes yeux bleus
      Se traîne
      L’océan montueux.

      Et qu’il vente ou qu’il neige
      Moi-même, chaque soir,
      Que fais-je,
      Venant ici m’asseoir ?

      Je viens voir à la brune,
      Sur le clocher jauni,
      La lune
      Comme un point sur un i.

      Peut-être quand déchante
      Quelque pauvre mari,
      Méchante,
      De loin tu lui souris.

      Dans sa douleur amère,
      Quand au gendre béni
      La mère
      Livre la clef du nid,

      Le pied dans sa pantoufle,
      Voilà l’époux tout prêt
      Qui souffle
      Le bougeoir indiscret.

      Au pudique hyménée
      La vierge qui se croit
      Menée,
      Grelotte en son lit froid,

      Mais monsieur tout en flamme
      Commence à rudoyer
      Madame,
      Qui commence à crier.

       » Ouf ! dit-il, je travaille,
      Ma bonne, et ne fais rien
      Qui vaille;
      Tu ne te tiens pas bien.  »

      Et vite il se dépêche.
      Mais quel démon caché
      L’empêche
      De commettre un péché ?

       » Ah ! dit-il, prenons garde.
      Quel témoin curieux
      Regarde
      Avec ces deux grands yeux ?  »

      Et c’est, dans la nuit brune,
      Sur son clocher jauni,
      La lune
      Comme un point sur un i.

      Alfred de Musset

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    • Auteur
      Réponses
      • #2934178
        France
          • Sujet: 408
          • Réponses: 2814

          Bonsoir Hélène,

          C’est une découverte pour moi, ce beau poème de la plume alerte de Musset..

          Un plaisir de lecture !

          Merci & toutes mes amitiés,

          Ouvrez l'oreille, chaque mot poss?de un coeur qui bouge. (Nimier)
        • #2934203
          H?l?ne
            • Sujet: 604
            • Réponses: 5870

            merci France d’avoir lu ce poème écrit avec grand soin par monsieur Musset

            mes amitiés

          • #2934205
            Claude
              • Sujet: 304
              • Réponses: 4824

              Merci Sélénia de cet envoi bien à propos
              Quel beau poème en effet

          Vous lisez 2 fils de discussion
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