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Grandir dans les orties (lettre perdue).

  • Ce sujet contient 12 réponses, 8 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par RomaneJones, le 29-09-2020 08:56.
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    Sujet
  • #2677975
    RomaneJones
      • Sujet: 107
      • Réponses: 2645

      Grandir dans les orties. (Lettre perdue)

      J’écris le soir quand il est tard, à l’abri des regards, une conversation intime entre ma souffrance et le papier prêt à m’accueillir. Alors ce soir, dans le silence d’un dortoir je noircis de mes mots une lettre perdue comme toutes celles que j’ai postées à ma mère et où les réponses sont restées vaines …

      Je m’appelle Clément et j’ai quinze ans. Je vis ici et ailleurs et si je ris certains jours, je maudis les cris de mes nuits. Il y a plusieurs années, je vivais avec ma grand-mère dans le centre de la France, elle m’élevait depuis toujours car ma mère pour son travail (soi-disant) ne pouvait pas le faire. Elle vivait à Paris et je la voyais très rarement. Mon père décédé avant ma naissance était celui dont on ne prononçait jamais le nom et encore aujourd’hui j’ignore pourquoi. Je posais des questions à mamie et elle me répondait toujours qu’elle ne voulait pas s’en mêler. Une fois, je lui ai demandé si ma mère avait pleuré quand papa était mort et elle a dit que non car sa fille estimait que les larmes ne changent pas le destin et voilà rien de plus et grandit avec ça si tu peux et si tu ne peux pas c’est pareil ! Et j’ai grandi avec Mamine, c’est ainsi que je l’appelais, juste elle et moi….
      L’année de mes neuf ans, Mamine est morte d’une forte grippe mal soignée et j’ai pleuré et je pleure encore même si cela ne change pas le destin ! Ma mère m’expédia dans un pensionnat et elle reprit la route vers Paris sans une larme et sans un baiser sur le front.
      Au fil des années, de pensionnat en pensionnat toujours plus loin, j’ai continué de brûler mon enfance et je suis devenu un voleur de souvenirs, ceux des autres et un chapardeur de mamans, celles des autres….
      Chaque vacances scolaires, elle m’envoie en colonie, l’hiver à la montagne, l’été à la mer et peu importe où dès l’instant que ce soit très éloigné de Paris ! Dans ces centres de vacances, je peux mentir aux copains qui ne connaissent pas mon histoire et ma solitude. J’emprunte la mère de Paul qui confectionne toujours pour son fils des gâteaux et celle de Julien qui le couvre de cadeaux et de bisous et il râle en plus ! S’il savait comme je l’envie ! A Noel, je monte à Paris car le pensionnat est fermé pour les fêtes. Ma mère n’ayant pas le choix me fait dormir dans la chambre d’ami et cela montre que le séjour doit rester sur du court terme au cas où il me prendrait de rêver. Parfois, j’espère sa mort pour que certains de mes mensonges deviennent des vérités. Elle brille sous les flashs, elle sourit sur les couvertures des magazines, elle est riche d’apparences et d’argent et je suis pauvre d’amour mais j’ai apprivoisé la douleur de l’absence et je ne lui offrirais plus mes pleurs car pour elle, je n’en ai plus. Son public, ses amis, les hommes qui traversent pour un temps sa vie la vénèrent comme une Rose et moi, je n’en connais que les épines.
      Je hais les vendredis quand les copains préparent leurs sacs pour le weekend, une cruelle réalité qui me rattrape chaque semaine. Je ne guette plus aux carreaux un éventuel départ. Les manches de mon pull ont trop essuyé mes espoirs sur des vitres embuées et seul dans le brouillard, je m’invente des histoires pour exister dans ce monde entre ici et nulle part. Et quand encore certains me demandent : – Tu ne pars pas toi ? J’ai envie de hurler que non mais si tu veux, emmène-moi ! Alors je reste et je déambule dans les couloirs glacés de silence et je me dis, un jour qui se souviendra de moi… Un autre à ma place dormira dans le lit de mes chagrins. Au fil du temps, je suis devenu un érudit et oui, il faut bien s’occuper l’esprit quand tout n’est que vide. Dévorant des livres pour meubler l’ennui, me nourrir d’émotions, apprendre le sens du sentiment et oublier qui je suis pour un moment.
      Odette, c’est la lingère de l’établissement, elle s’étonne de me voir prendre autant de centimètres et les pantalons qu’elle rallonge chaque mois témoignent du temps qui passe. Bientôt je serais un homme. La pauvre, elle ne peut pas faire de miracle alors elle a informé l’administration qui a appelé ma mère, la priant d’y remédier dans les plus brefs délais. Connaissant la vitesse d’exécution et le peu d’intérêt qu’elle me porte, sur l’enveloppe un mot : Urgent !
      Ils sont arrivés enfin au bout d’un mois, pour elle c’est du rapide croyez moi !
      Trois tailles différentes, ainsi elle sera tranquille pour de longs mois qu’elle vivra en déesse au cœur sec. Griffonnée de sa main sur un petit bout de papier : « Alors il paraît que tu grandis »

      OUI Maman, je pousse comme ils disent ici, né de père pas connu et de mère si peu vue
      Toi l‘inconnue à qui je dois tant de déserts affectifs et qu’aujourd’hui je méprise.
      OUI je pousse et demain je deviendrai poète et père pour offrir des vers d’amour à mes enfants.
      OUI à toi l’absente dont je ne prononcerai plus le nom,
      J’ai grandi dans les orties…

      (J’écris la vie tout simplement, des lettres perdues souvent d’hommes, de femmes, d’enfants
      qui l’espace d’un moment ont traversé ma route avec leurs bagages de souffrances.)

      Romane

    Vous lisez 11 fils de discussion
    • Auteur
      Réponses
      • #3247704
        Plume de diamant
        ★★★★★★
        cyrael
          • Sujet: 4849
          • Réponses: 48873

          triste est l’orphelin , l’orpheline, ou l’enfant abandonné….

          *ils sont des milliers à connaître pareil sort *

          sans amour, ils sont dans la SURVIE…
          parfois, maltraités , torturés,
          leur vie est un long chemin de douleur,
          souffrance sans pareille..
          pour eux la vie est un enfer..

          OUI Maman, je pousse comme ils disent ici, né de père pas connu et de mère si peu vue
          Toi l‘inconnue à qui je dois tant de déserts affectifs et qu’aujourd’hui je méprise.

          OUI je pousse et demain je deviendrai poète et père pour offrir des vers d’amour à mes enfants.
          OUI à toi l’absente dont je ne prononcerai plus le nom,
          J’ai grandi dans les orties…

          Emouvante lecture,

          une plume qui sait toucher le cœur , avec des mots puissants

          MERCI A VOUS

          l'Amour rayonne quand l'Ame s'?l?ve, citation maryjo
        • #3247706
          RomaneJones
            • Sujet: 107
            • Réponses: 2645

            Merci à vous cyrael d’être venue
            déposer un commentaire bien touchant
            sur cette lettre perdue….
            Les petits Clément sont si nombreux dans ce monde!
            Je suis très touchée par vos compliments!

            Amicalement

            Romane

          • #3247709
            Mascotte d'Oasis
            Marie-Thérèse H.
              • Sujet: 1727
              • Réponses: 26263

              Un bel écrit émouvant merci du partage amitiés …je ne peux comprendre hélas ! j’ai eu une enfance entourée belle soirée

            • #3247751
              Merdesiles
                • Sujet: 2532
                • Réponses: 6317

                Oui nombreux sont ils et un tout petit peu d’amour les font fondre magnifique écrit fictif ou non , ils en existent trop de ces enfants qui ne connaissent pas pères et mères et qui parfois les ont mais c’est comme si ils en avaient pas

              • #3247868
                RomaneJones
                  • Sujet: 107
                  • Réponses: 2645

                  Bonjour

                  Merci beaucoup dolores pour vos mots sur cette lettre.

                  Merci beaucoup Merdesiles, oui parfois malheureusement
                  certains sont des parents au coeur sec!

                  Merci beaucoup Lejumeau pour vos mots et votre confidence
                  Vos compliments me vont droit au coeur!

                  Cette lettre est fictive mais écrite à l’émotion des
                  rencontres de ma vie avec des enfants ou adolescents
                  privés d’amour dans des murs d’indifférence….

                  Amitiés

                  Romane

                • #3248028
                  RomaneJones
                    • Sujet: 107
                    • Réponses: 2645

                    Bonjour Lejumeau
                    Un grand merci à toi…
                    Bon dimanche
                    Amicalement
                    Romane

                  • #3248043
                    Pascal
                      • Sujet: 174
                      • Réponses: 2024

                      Une histoire vraiment touchante et d’une bien triste réalité pour toutes celles et ceux qui l’ont vécu ou la vivent dans leur enfance.

                      Ce que je retiens avant tout c’est cette « réalité » si bien ressentie au travers des mots et qui se cale parfaitement à la fiction, c’est là où l’art de l’écriture prend tout son sens alors déjà un grand bravo pour cela !

                      Ensuite c’est l’éloignement que ressent et vit si intensément Clément qui ne pourra bien sûr laisser indifférent personne à la lecture. J’ai lu attentivement et je vois que rien n’a été oublié dans cette histoire pourtant pas si longue à lire tout en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’une lettre et même les vacances d’hiver ou d’été et qui prennent de fait tout leur sens ici dans cette lettre perdue.

                      Une mère qui du début à la fin de l’histoire et en toutes circonstances fera tout pour éloigner et s’éloigner de son enfant, jamais la moindre attention, le moindre câlin, la moindre tendresse, même la chambre d’ami à sa venue chez elle… et uniquement pour un court moment…
                      Un enfant qui ressentira tant la solitude absolue et le rejet réel de sa personne et qui par là se créera par moment face aux autres comme à lui-même une autre mère mais juste pour un instant d’où l’emprunt imaginaire de la personne (j’emprunte la mère d’untel ou untel) et qui lui donnera donc un fragment d’existence momentané bien plus attrayant et constructif mais la douleur et la tristesse resteront malheureusement toujours de mise…

                      Recueillement d’une souffrance sur le papier qui se fera l’unique confident secret pour cet enfant, là est la force transmise par vos lignes à qui la comprendra…

                      Même si jamais lu par la mère, la lettre servira d’échappatoire, et les livres un peu plus tard serviront à s’évader et rêver… puis bien sûr pour oublier le triste sort et un jour devenir poète.
                      On voit bien que le côté littéraire a une grande importance pour vous Romane, il ressort si bien ici dans vos lignes.

                      Je deviendrai poète et père pour offrir des vers d’amour à mes enfants… pas de hasard je pense dans cette très jolie phrase et si en dehors de l’histoire-ci on met mère à la place de père dans un autre contexte… vous voyez où je veux en venir…

                      « Grandir dans les orties » qui piquent l’âme et font mal au coeur et au corps dépourvu d’attention, d’affection et d’amour parental… juste mon ressenti perso de ce titre.

                      « Un jour qui se souviendra de moi » je retiendrais personnellement ces mots là pour la profondeur de leur sens… et aussi de ces larmes qui ne changent pas le destin mais restent pourtant bien réelles tout au long du parcours de l’existence.

                      OUI j’ai bien lu et bien capté l’émotion qui parcourt tous les mots alors juste un grand bravo à vous Romane pour ce partage trés intéressant et bien émouvant et il y en aurait tant à dire !

                      Amitiés

                      Pascal

                      Toutes les gares du monde sont sur le chemin de mes voyages
                    • #3248079
                      RomaneJones
                        • Sujet: 107
                        • Réponses: 2645

                        Merci infiniment Pascal pour votre long commentaire élogieux
                        qui me touche beaucoup!
                        Cette histoire , je l’ai écrite avec beaucoup d’émotions car ici c’est Clément mais c’est un peu du vécu de mon père mais aussi une adolescente Laura privée d’amour de ses parents qui l’envoyaient de pensionnat en pensionnat toujours plus loin de la France et pendant les vacances, dans des familles qui
                        l’accueillaient dans tant de pays! Ses parents lui ont fait faire le tour de la terre car très riches
                        mais bien pauvres… Voir amputés de sentiments pour elle

                        Amitiés

                        Romane

                      • #3252435
                        Sybilla
                        Maître des clés
                          • Sujet: 5464
                          • Réponses: 79667

                          Bonsoir Romane,

                          Un écrit si émouvant sur les orphelins qui m’a extrêmement ému à la lecture !
                          Tant d’enfants vivent ces tristes événements…
                          Ta profonde sensibilité a su rendre les émotions palpables en ton merveilleux récit !

                          Belle soirée !
                          Mes amitiés
                          Sybilla

                          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
                        • #3254770
                          RomaneJones
                            • Sujet: 107
                            • Réponses: 2645

                            Bonjour Sybilla
                            Un grand merci à toi pour ton si beau commentaire… Et désolée d’y répondre si tard !
                            La souffrance des innocents de la vie me tient à cœur
                            Amitiés
                            Romane

                          • #3255862
                            Mascotte d'Oasis
                            TIZI MOHAMED
                              • Sujet: 1702
                              • Réponses: 25075
                            • #3256180
                              RomaneJones
                                • Sujet: 107
                                • Réponses: 2645

                                Bonjour ZAGHBENIFE

                                Un grand merci à vous pour votre commentaire sur cette lettre perdue…
                                Oui la souffrance d’un enfant privé d’amour est très dure et parfois irréversible pour l’avenir!

                                Amicalement

                                Romane

                            Vous lisez 11 fils de discussion
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