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Sujet
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AU MUSÉE
C’est donc vrai, pense-t-il, c’est absolument vrai…
Il devait se rendre à l’évidence, le tableau qui s’offrait à sa vue représentait à l’identique le cadre de la vision qui hantait ses nuits depuis longtemps. Comment était-ce possible, il n’était jamais venu dans ce musée. Et pourtant, tout lui parlait, chaque détail lui était connu. Cette forêt majestueuse, cette rivière et surtout, cette harpe celtique posée là, sur la rive. Une idée de paradis, un Eden bucolique. Il avait suivi l’eau s’était désaltéré à la cascade, avait devisé avec ce promeneur, flatté l’encolure de son chien, s’était perdu dans les sentes ombragées…
Mais voilà, dans son rêve, cette harpe solitaire et muette l’avait enchanté de sa mélodie harmonieuse et tellement naturelle en ces lieux. Dans ses visions, c’était la fée Morgane en personne qui pinçait les cordes et qui tenait son cœur prisonnier. Il s’assit sur la banquette face au tableau, perdu dans ses pensées, désorienté, en proie à un déluge d’hypothèses toutes aussi farfelues les unes que les autres. Il avait été en ce décor, dans une autre vie, dans un autre temps. Les jardins d’Acadie ou Brocéliande ?
Il dut s’assoupir un peu, beaucoup, car il eut du mal à revenir au monde réel. Une main tapotant son épaule et une voix chantante qui disait : « Monsieur, Monsieur, vous vous sentez bien ? Avez-vous besoin d’aide ? » S’arrachant à sa rêverie, il ouvrit les yeux, les referma plusieurs fois de suite, pour être assuré de son éveil. Cette voix, cette jeune femme blonde à la longue tresse nattée, aux grands yeux verts interrogateurs ? Dieu du ciel ! C’était Morgane, Morgane en personne ! Avec un bel uniforme d’hôtesse d’accueil, mais sans baguette magique.
Il balbutia : « Merci, je vais bien, j’ai dû m’endormir. Ce tableau est magnifique ; il prête à rêver. Vous avez une idée du peintre ? » Elle répondit : « C’est une copie de Nicolas Poussin. Si vous voulez en avoir un exemplaire en petit format, nous pouvons vous le commander… Si vous vous décidez, demandez Marie-Morgane à l’accueil : c’est moi. Monsieur ? » « Nicolas Merlin, pour vous servir. Je vais y penser, mais peut-être pouvez-vous m’éclairer… Blablabla, et blablabla… » C’est qu’il en pince, le bougre !Parceval
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