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[url=https://zupimages.net/viewer.php?id=23/35/ch8s.jpg]
[/url]Au fond des yeux…TOI! ( Lettre fictive. Prose)
(Une lettre perdue, celle de Léna, un page écrite à l’encre de l’injustice.
Dans le secret de sa mémoire, un aveu qui s’envole dans le tourbillon des ans.)Je me prénomme Léna mais dans leurs yeux moqueurs, je resterai toujours Helena. C’est ainsi qu’ils m’appelaient depuis mon plus jeune âge, déformant mon identité à leurs convenances. J’ai vingt ans et je vis avec ma mère dans une petite maison sans prétention à l’orée de la forêt.
Les villageois avaient collé une étiquette sur ma famille estimant que nous étions étranges et peu fréquentables, nous inventant mille défauts et tant d’histoires à dormir debout. Traitant mon père de rustre et d’ivrogne, ma mère d’asociale et moi de simple d’esprit, un jugement qui traversa les ans et c’est ainsi que le rejet d’autrui poursuivit son chemin.
Il était vrai que papa buvait un peu et que maman semblait effacée mais ils m’aimaient tant, jamais de cri à la maison, seulement nous trois dans un cocon de tendresse sans paroles, juste des gestes et des regards bienveillants. On ne se mêlait que très peu à eux et nous parcourions tranquillement les sentiers de votre vie en harmonie dans notre belle nature environnante.
L’été de mes neuf ans, on découvrit dans le bois près de chez moi le corps sans vie d’une jeune fille à demi-enseveli de terre et quelques branchages à côté du grand chêne où je jouais souvent à cache-cache avec mon père. Dans les jours qui suivirent, deux autres dépouilles de jeunes femmes furent déterrées non loin du premier cadavre. Elles avaient disparu à plusieurs mois d’intervalle et désormais, mon aire de jeux ressemblait au cimetière de l’innocence perdue entachée de ces crimes mêlés de sang et de perversion! Les gendarmes firent une enquête, les réponses restèrent vaines, la peur s’empara du bourg et ces alentours. On m’interdit de mettre un pied là-bas, trop dangereux pour une fillette! Ne trouvant pas d’assassin, les rumeurs commencèrent à suspecter mon père, à coup de déductions tellement faciles… On logeait si près de ces meurtres comme en première ligne, il s’enivrait et nous étions si louches! Voilà comment l’on devient l’ennemi public numéro un. Dans l’impossibilité de se défendre car ils en avaient déjà fait le procès, fou de douleur, papa se pendit dans ce même bois avec une corde serrant son cou si fort sous le poids de sa honte. Le froid s’installa dans notre existence, le doigt toujours pointé sur ma mère et moi, si naïve Helena…
Les années passèrent en retrait d’eux dans nos murs n’oubliant jamais le mal qu’ils avaient engendré. Fière du sang qui coulait dans mes veines, je les maudissais si fort mais pour l’heure, je serai celle qu’ils avaient créée de toutes pièces aux ricanements de leur méchanceté, une adolescente crédule et bien mal-née
Belle de mes vingt ans, j’ai des atouts pour détruire l’homme que j’avais croisé ce triste jour en bordure de forêt. Monsieur le pharmacien, je serai votre pire cauchemar et vous tenterai en diablesse. Quand vous poserez vos mains sales sur mon corps et que vous penserez me prendre en maître, sachez que je m’offre à vous pour venger mon père et toutes les victimes de votre âme malsaine. Vous tombez dans le piège comme elles sont tombées dans le vôtre. Quand vous penserez me violer, ma main commencera à petit feu à vous tuer. J’ai tout vu de votre crime, j’étais là dissimulée derrière un buisson et même à neuf ans, on comprend l’horreur de la situation. Quand vous m’aviez croisé sur le chemin devant chez moi, vos vêtements portant les traces de votre acte, vos ongles noirs marqués à la terre, vous m’aviez demandé les prunelles ivres d’excitation:
– Joues-tu parfois dans le bois? Car il ne faut pas c’est dangereux pour une petite fille comme toi.
Je répondis le regard plein de candeur et l’air ailleurs:
– non Monsieur, je n’y vais jamais car j’ai peur des grands arbres et des bruits qu’il y a là-bas.
Pas de doute pour lui, la jeune folle ne pouvait mentir. Je n’avais rien raconté et de toute façon qui m’aurait cru à part mes parents.
Votre stupidité habillant mon être de l’apparat de vos démons, nul n’avait regardé derrière les apparences. Une intelligence qu’ils se refusaient de voir bouillait en moi, je les ai tous analysés au fil du temps, des hommes et des femmes sans surprise et si prévisibles nourris de rigidité et d’intolérance. Dans mes yeux d’enfant, la vérité s’est écrite à jamais, ma haine muette, je vais l’exhumer! Toi le meurtrier, qui se sert de moi en secret, ce soir dans les bois sans trembler, de ma main, je t’ai condamné! Personne ne saura, nul ne soupçonnera la pauvre Helena. Les larmes de mon enfance au fil des hivers de gel sont devenues des armes de glace. Ce soir quand la neige tombera, elle recouvrira le reste de TOI!1,2,3, je n’irai plus aux bois…
1,2,3,vengeance pour mon papa…
Partant avec ma mère dans une grande ville
Si loin d’ici pour espérer tout simplement vivre.
Impossible d’oublier, mais peut-être mieux respirer
Déchirant ce voile si lourd, celui des apparences
Devenir libre, devenir femme
Devenir juste moi…LENA.Romane.
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