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Une autre histoire – 20 –
Vendredi matin, pas de surprise chez le Notaire. Les vendeurs son représentés par le premier clerc. RAS sur les diagnostics. Vidéo d’état des lieux. Signatures, virements bancaires. Il est stipulé que la vente doit être effective le trente juin au plus tard.
Cette fois ça y est, il n’y aura pas de regrets, une page se tourne, c’est ici qu’il se bâtit un avenir. Sa démarche n’est pas exempte de risques : il va devoir tout liquider et repartir quasiment à zéro. Rien n’est acquis d’avance. Il va falloir passer une période difficile : Installation, travaux, relancer son activité sans doute sur de nouvelles bases. Aurait-il été jusqu’au bout de son projet sans une certaine miss Laure Brémond ? Pas sûr, pas sûr…
Sorti de l’étude avec le précieux document, il rejoint en piéton le cours du marché. Sur le chemin de l’agence, il est brusquement saisi d’un coup de mou, d’une impression de vide qui l’amène à s’arrêter au premier bistro rencontré. Plongé dans un abîme de réflexion, comme une mouche attirée par la mousse de son demi de bière, il peine à analyser le flot des idées qui lui passent par la tête. Désorienté, Bastien, désorienté.
« Voyons, de quoi te plains-tu ? Tu as réalisé les projets tels qu’ échafaudés avec Florence. Oui, mais sans Florence, ça n’aboutit qu’a une coquille vide. Que vas-tu faire seul dans ta grande maison ? Un nouveau départ ou encore un naufrage ?»
Il vaticine, se repose la question : Pourquoi est-il venu ici ? Certes, sur le projet ébauché cinq ans plus tôt, mais il convient maintenant que c’était un prétexte, voire un alibi pour sortir du ghetto où il s’était enfermé depuis. Il va laisser dormir Florence et clore la boite aux souvenirs. Prisonnière et contente de l’être, il en est sûr, en repensant aux propos des Lavigne, qu’il a tenus informés de ses démarches. C’est le prix à payer, et maintenant il se sent libre de penser au futur.
Il émerge de l’état second où l’avaient mené ses pensées et reprend pied dans la réalité : animée, colorée et sonore, car c’est jour de marché. Un bain de vie bienvenu. Requinqué, il siffle son demi et file à l’agence. Comme il est midi passé, il sonne directement chez Laure. C’est Juliette qui ouvre.
? Monsieur Renoux, entrez, quelle surprise!
? Bonjour, votre sœur a accepté aimablement de m’héberger le temps des formalités chez le notaire.
Il note un éclair moqueur briller dans les yeux de la dame. Il aurait du y penser, elles déjeunent souvent ensemble. Pour le reste, deux solutions : soit Laure l’a mise au parfum, soit elle a deviné. En tous les cas le résultat est là : Laure l’accueille avec deux bises semi chastes.
? Alors ça s’est bien passé à l’étude Lacroix ? Au fait tu as déjeuné ? Nous, on est en train, mais y en aura bien pour trois…
Et Juliette, un sourire entendu, rajoute un couvert. Le couvercle ôté de la cocotte laisse filtrer le fumet tentateur d’une daube provençale. Il y en aura pour trois. Largement. Le repas se passe dans la bonne humeur mais il est obligé de débrieffer sa matinée.
Laure sait faire un bon café. A deux heures, elles vont redescendre rouvrir l’agence. Il demande à rester sur place, il a des tas de papiers à ranger, et à préparer le planning des actions à engager. Il compte rentrer sur Paris demain. OK, OK, il reste du café.
En milieu d’après-midi, Laure le rejoint, le temps de demander :
? Tu es vraiment obligé de partir demain ? C’est le week-end…
? Euh, pas vraiment, je pourrai peut-être attendre Dimanche matin, si tu veux.
Elle lui sert des arguments très convaincants avant de redescendre au bureau.
La soirée les retrouve en grande discussion. C’est qu’elle veut tout savoir, épluche le compromis, s’inquiète de la suite. Il doit détailler ce qu’il lui reste à faire avant de conclure, et même après.
? Pour le déblocage des fonds ça devrait aller et même permettre l’achat avant le délai maxi. Le plus compliqué c’est de délocaliser mes activités, organiser un hand-over sans histoire avec mon employé. Je dois attendre pour mettre à la vente mon appart d’Athis-Mons, le gérer. Mettre à niveau le petit Casino pour reprendre mon travail au plus tôt. Il faudra rénover la façade, trouver des artisans, débarrasser le rez de chaussée et le réaménager, mobilier de bureau et rayonnages, se raccorder à la fibre, … J’en passe et des meilleures. Il faudrait que je sois opérationnel pour octobre, sinon je vais y laisser des plumes.
Elle écoute, opine, fait siens les problèmes à venir.
? Tu verras, je t’aiderai, je connais pratiquement tous les artisans dont tu auras besoin. Tu pourras te connecter sur ma box en attendant . On pourra faire un mailing auprès des entreprises du secteur….
Ce on résume tout : elle est avec lui, et il ne peut envisager de continuer sans elle. Il calme tendrement le flot de ses propositions.
? Tu sais, je n’ai rien pris pour dîner, on va trouver une pizzeria pas loin. Allez, viens, on a besoin de prendre l’air.
Sitôt dit, sitôt fait. Il fait encore clair aux derniers jours de mai. Les rues sont animées et ils se coulent dans le flot des passants, jusqu’à
« Chez Mario ». Ils dégustent une margarita suivie d’un Banana Split . Tranquilles, leurs préoccupations sont restées à la porte.
Pas de télé, off course, direct au lit, le beau programme. Quand il va vers la chambre, elle dit :
? Non, ce soir c’est chez moi que je t’invite…
Il y est sensible : Elle a trouvé la force d’exorciser le passé, elle aussi. Bon, c’est l’heure :
? Tu sais quoi ? Accorde moi un crédit de durée illimitée à un taux raisonnable et je ne te rembourserai jamais. Ti amo, Laure, ti amo.
Les mots qu’elle attendait. Sans rien dire, elle exige qu’il règle les arriérés. Au taux de l’usure, évidemment.Octobre 2019. Pézenas : en bas, place Saint Jean, l’agence Brémond , immobilier, ventes, locations saisonnières, gestion, garde pignon sur rue et veille en centre-ville. En haut, Impasse Gardiane, c’est une belle maison, avec une façade insolite refaite à neuf. La plaque de laiton qui orne l’entrée mentionne :
Le Petit Casino
Bastien RENOUX
Avocat ConseilLaure et Bastien, chacun leur job. Ils ne se sont pas fait l’honneur de s’accorder leur main, le lien qui les unit est plus fort que les conventions et usages. Mais un jour, peut-être… Tout baigne, l’avenir leur sourit. C’est le début d’une autre histoire, écrite à Pézenas.
Tiens, on commence à parler d’une espèce d’épidémie en Chine, Mais ça, c’est une toute autre histoire.Pins-Justaret, Novembre 2022
Voilà, , fin de l’histoire
J’espère que ça vous a plu
Merci du partage, c’était un plaisirBonnes vacances
Amitiés deParceval
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