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Sujet
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LA DEMOISELLE DE TOULON
Annette habite à Toulon, ou, plus exactement, quartier
Baulieu, situé entre la Ville et La Valette-du-Var. Une petite rue
en cul de sac étranglée par une passerelle piétonne qui enjambe un
ruisseau. Les pavillons et maisonnettes qui donnent sur la rue sont
égayés de jardinets fleuris et de potagers. Calme et tranquillité.
Convivialité aussi : tout le monde se connaît, depuis le bistrot qui fait
angle avec la route de Hyères jusqu’au ruisseau d’en bas. On
échange les nouvelles et les produits du jardin.
On retrouve là, voisines, la maison familiale et celle des Tornari,
Antoine et Emilienne Tornari, fonctionnaires retraités qui l’accueillent
régulièrement chez eux dans leur propriété de Vins pendant les
vacances.
Le père d’Annette travaille à l’Arsenal maritime et sa
maman joue de la machine à coudre en virtuose. Un monde
sympathique avec ses petites histoires.
Tandis que l’eau du Caramy contribue avec plus ou moins de
bonheur à maintenir le niveau du lac de Carcès, la « Petite » poursuit
sa scolarité. Pour tout dire, elle grandit au fil des saisons. Elle qui
déjà promettait, passe au statut de jeune fille épanouie, bien dans ses
bottes de teenager, avec un cœur gros comme ça. Le temps des
copains et des surboums, du club de gymn de Toulon USAM. Les sorties à la plage. Des amies fidèles. Bref, elle goûte aux plaisirs de son âge.
Les garçons donc, mais on reste prudemment au stade flirt. Pendant quelques années, en septembre, la traditionnelle quinzaine à Vins chez Titin et Emilienne. Elle y a sa cour. Claude, le fils du boucher, ne lui lâche plus les baskets.
Scolarité de premier cycle terminé, exit l’école. Elle bosse ici et là : Baby-sitting, ménage et couture (au noir pour un tailleur chic du centre ville). Les vendanges aussi dans un domaine alentour et à Vins. Et à seize ans, le permis moto et on peut se payer la Vespa. D’occasion. Youpi! Du coup, un vent de liberté surveillé de l’œil sourcilleux et inquiet de Papa Maman. Ce qui n’empêche en rien les conneries, comme chacun sait.
C’est la grande époque des blousons noirs, des « caves » où l’on danse le rock et où l’on ne fume pas que des gauloises. Elles sortent entre copines, à trois, comme les mousquetaires, circonspectes mais « dans le coup ». Il y a bien Claude, un soupirant fidèle mais timoré, dont elle se moque avec la cruauté des jouvencelles
Un samedi, elles sont parties à Hyères. A la plage. La Capte en autocar. Se baigner puis danser au « Rêve », une paillote les pieds dans l’eau. Jus de fruits Pam-Pam, et glaces en cornet.
Ça swingue. Rock, chachacha et slows langoureux. Elles n’ont pas manqué de cavaliers entreprenants. Mais là, il s’est passé un truc. Un mec qui danse comme un pied, qui lui massacre les orteils en l’esquichant comme une sardine, mais qui la rend toute chose avec sa gueule de chérubin.
Aussi lorsqu’elles se lancent à la recherche d’une voiture avec chauffeur pour rentrer à Toulon, c’est le trio du chérubin qui est sollicité. Bingo ! Ils seront six à s’entasser dans la Vauxhall, ce qui facilite la conversation. Bon, ils se contenteront de quelques bises voraces avant de les ramener. Il s’appelle Lucas et elle accepte un rencart pour demain. Amoureuse, déjà ?A suivre
Parceval
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