Oasis des Artistes

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

VINS 9

  • Ce sujet contient 2 réponses, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Parceval, le 22-04-2025 06:07.
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    Parceval
      • Sujet: 1168
      • Réponses: 1943

      C’EST EN SEPTEMBRE …

      Petit à petit, l’Idée fait son chemin : Ah, si on pouvait acheter un petit cabanon dans le coin. Pas cher, ils n’ont que peu de moyens. Titin et Emilienne seront leurs agents sur place.
      Première alerte en juin : Il parait que le vieux Fernand vendrait son pigeonnier. Le pigeonnier, ils connaissent, juste à l’entrée est du village. Super ! Dés le samedi suivant, ils toquent à l’huis de l’ancêtre, qui les reçoit aimablement, du haut de ses quatre vingt douze ans. Bon pied bon œil : l’air de la campagne. Patatras : il l’a déjà vendu, juste avant-hier ! Rien de signé, mais ici, une parole vaut engagement. Voyant leur déception, Fernand leur propose un terrain dans la pinède de l’Ubac de Viéra. « Je vous y mène ? » On veut. Il attrape sa canne. Las, c’est par un sentier muletier que l’on accède au site où poussent quelques pins rachitiques et beaucoup de cailloux. Sec comme l’amadou. Désolés, ils ne pourront rien faire là, malgré la poignée de figues qu’en demande Fernand.
      Tant pis, tant pis. Par contre ils prendront date pour les congés : une semaine fin septembre. A Titin de leur trouver une chambre meublée pas cher. Et de continuer la prospection.
      Enfin les vacances. Ils logent chez Camille, la sœur du facteur, enfin l’ancien, qui est mort il y a deux ans. Confort sommaire, mais propre et sympa. Et puis, la cerise sur le gâteau, cueillie le soir en promenant sous le grand platane… Celui de la petite place triangulaire en face l’église. Quelques-uns occupent le banc de ciment qui ceinture l’arbre vénérable. D’autres prennent le frais assis sur des chaises ou des pliants devant leur porte…
      Le gâteau, c’est que l’on compte dans l’assemblée vespérale Alexandre Touscanin et sa femme Noémie. Titin salue :
      ― Oh, Sandre, ça fait un bail… 
      Il présente le novi ; Annette fait la bise. On échange les nouvelles. Emilienne confie :
      ― Les jeunes, ils aimeraient bien trouver un cabanon ou un petit terrain par ici. Pas de chance, celui de Fernand leur est passé sous le nez ce printemps… 
      La cerise, c’est Sandre qui commente :
      ― J’aurais bien une vigne vers Brignoles. Les ans passent et les parcelles sont trop dispersées. 
      Chez les jeunes, ça fait tilt :
      ― Ah, oui ? Et où c’est ? 
      ― C’est au croisement du Val, quinze ares en bord de rivière. Trois cent pieds de vigne. Vous voulez voir ? 
      Ça n’est pas tout à fait ce qu’ils cherchent mais ils veulent bien.
      Rendez vous est pris pour le lendemain. On attellera Coquette. Coquette, c’est la jument. Sandre drive la carriole. Lucas et Annette sont aux anges, sûr qu’à Venise, ils n’ont pas ça. Au bout du chemin, ils garent l’attelage sur l’esplanade coté rivière. C’est là : Une vigne un peu à l’abandon. La parcelle jouxte la route et va jusqu’au Caramy. Propriétaire riverain ? Oui, jusqu’au milieu du cours. De grands arbres touffus sur la rive : des feuillus. Un remblai partage le terrain : c’est le ballast de l’ancienne voie ferrée du train de la mine.
      Ils s’y voient bien, les jeunes. Lui, a déjà bâti le cabanon dans sa tête. Il s’est déchaussé et patauge dans l’eau. Pourvu que ça soit dans leurs moyens. Grosse discussion. On finit par trouver un compromis. « A ce prix là, je garde les parts de coopérative. Oui, vous pouvez récolter… » On tope. Et ici, quand on tope, c’est comme si on avait signé. Retour triomphal des amoureux au village. Ça s’arrose !

      Il reste seul à finir son café devant la table desservie, un poil assoupi. Antoine s’est retiré pour sa sieste habituelle. On l’entend ronfler à l’étage. Emilienne et Annette sont à la cuisine et font la vaisselle. Lucas n’est pas un fana de la sieste mais n’a rien contre sa version crapuleuse. Pour aujourd’hui, c’est râpé : voilà-t-il pas que ces dames décident d’attaquer la confection de doubles rideaux pour le séjour, dés la plonge terminée ! Lui au milieu, ça va plutôt gêner.
      Des justifications à son euphorie : Il est repu, plein comme un œuf. Le repas a été exceptionnel : Lucullus dîne chez Lucullus. Apéro, safranés grillés au feu de bois (qu’ils ont cueillis dans la pinède la veille) suivi d’un farci pas piqué des hannetons, crottin de biquette frais et tarte aux fraises maison. Arrosés d’un rosé du Val. Arrosé aussi, le café. Les hommes y ont fait honneur. Lui n’a pas l’habitude de manger comme ça. Il flotte entre deux eaux. Ensuite, le terrain de Touscanin. Inespéré. Rendez-vous chez le notaire fin octobre.
      La conversation à tourné autour de l’ouverture de la chasse, et des vendanges, tardives cette année. Avant que Lucas ne la fasse involontairement venir sur l’histoire du facteur. Parce que finalement, c’est dans sa chambre qu’ils dorment. Il en connaît les grandes lignes par Annette, pour qui c’est une affaire de vélo et de gendarmes. Mais là, il a droit à tous les détails. Quant aux suites, on en parle, mais avec réticence. On dirait bien qu’ils ont des reproches à se faire. C’était il y a huit ans. Voilà deux ans que Marcelin a pris le chemin du jardin sous l’église, accompagné de tout le village. Il paraît qu’il ne leur à rien manqué dans l’oraison funèbre du Père Comtal. Du coup, tout le monde veille depuis à ce que Camille ne manque de rien. Et lui, il comprend pourquoi il ne fallait surtout pas interroger Camille là-dessus.
      Ça y est, on va le virer, Annette se pointe avec la machine à coudre. Il décide d’aller promener. « A tout à l’heure ! » Elles répondent à peine, occupées à s’installer.
      L’air de dehors lui fait du bien. Sa rêverie quitte les bords du Caramy et le futur cabanon pour se focaliser sur ces événements, propres à aiguiser l’imagination de l’amateur de science-fiction. Il prend machinalement le chemin qui mène à l’oratoire.
      Itinéraire bucolique, qui s’achève sur le banc de pierre : idéal pour une digestion un peu laborieuse. Il rêvasse, revit l’histoire, prend la place du facteur sans la bouteille et s’endort, bercé par le chant des cigales.
      Lorsqu’il émerge, c’est frais et dispos, avec le souvenir du roman qu’il a bâti dans son sommeil et dont les dernières lueurs s’évaporent comme des bulles de champagne. Eh bé, quatre heures et demie ! Il en a écrasé un petit ! Il reprend le chemin du Bosquet vers le village.

      Lucas et Annette. Elle a fait vingt ans en Mai, et lui passé vingt-trois en Août. Ils ont convolé en Décembre soixante-cinq. Presque un an déjà qu’ils mordent à pleine dent dans un bonheur tout neuf et se chamaillent avec délice. Ils sont mignons, ces jeunes gens, pas vrai ? Bien assortis, des projets plein la tête. Attendrissants. Mais rien que de très banal, finalement. Pas de quoi casser trois pattes à un canard. Une histoire à l’eau de rose. Quatre pages dans « Nous deux ». Ils vont tracer leur chemin, se colleter avec les aléas de l’existence, qui est un long fleuve tranquille, tout le monde sait ça. « Et au milieu coule une rivière ». En deux mots, écrire le roman de leur vie. On leur souhaite le meilleur…
      Alors, exit les Novis ? Comme le Voyageur ? C’est à voir… Peut-être.

      Le pigeonnier de Fernand

      A suivre

      Parceval

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      • #3564027
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Et l’histoire se poursuit avec toujours autant d’anecdotes.

          À bientôt pour la lire la suite.

          Très beau récit en partage !

          Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
        • #3564057
          Parceval
            • Sujet: 1168
            • Réponses: 1943

            Ce n’est que le début. D’accord, d’accord?
            Merci de tes lectures
            Mes amitiés

            Parceval

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