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Sybilla, le 05-06-2025 01:36.
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5 juin 2025 à 1h36 #2720549
VINS 33
LE PARCOURS DU COMBATTANT
Il faudra deux bons mois avant que Lucas-Luc Estrésiani devienne un citoyen français comme monsieur tout le monde. C’est-à-dire enregistré comme tel et muni de toutes les pièces qui attestent de son identité. Le nombre d’aller-retours à Barjols, à la mairie de Saint Raphael, à la préfecture de Toulon… C’est déjà compliqué quand vous découvrez que vous êtes mort suite à un bug ou une erreur informatique, alors renaître quand on a été déclaré décédé il y a presque vingt ans ! Vous voyez la taille du problème pour relancer la machine administrative. Pourtant, la pugnacité de Madame Guilbert a fini par en venir à bout. Les Lefranck se sont également démenés et ont fait jouer toutes leurs relations dans le milieu politique. Au passage, ils ont ajouté au panier des items à régler, le fait que, dans la nouvelle situation, leur cher petit “neveu” a été spolié par l’Etat, qui a liquidé la succession Estrésiani, en l’absence d’héritiers. Là, ils ont mis le paquet, se sentant comptables des intérêts de Luc. Leur avocat est sur l’affaire…
Tout cela passe largement au-dessus de la tête de Lucas, ce qui prouve que sur cet aspect, il serait plutôt désintéressé. Non, lui ce qui lui importe en priorité, c’est de sortir de ce milieu hospitalier clos, même s’il s’est entrouvert, s’intégrer dans la vie civile et se trouver des moyens d’existence. Le plus discrètement possible, sans faire de vagues. Et la démarche de ses “Oncle et Tante” le gêne un tantinet.
Alors, voilà où il en est aujourd’hui : En possession de sa CNI plastifiée et d’autres cartes et attestations prouvant qu’il est demandeur d’emploi, inscrit à ANPE, titulaire de la CMU, du RMI ou RSA, il ne sait plus. Les prestations ont été servies avec effet rétroactif au printemps dernier, ce qui le met à la tête d’un petit pécule. D’un compte bancaire et d’une carte de crédit. (Redoutable, l’assistante sociale) Avec sa valise et son sac de voyage. Tout ce qui lui appartient : enfin, à part le trousseau constitué par “Tatie” Mady, on lui a rendu scrupuleusement, tout propres, son tee-shirt “ Ricard ”, son jeans “ Bobleu ”, son slip, ses mocassins canadiens et sa bourse avec les quelques francs qui s’y trouvaient il y a un an, donc une éternité…
C’est le briefing avant son départ, demain. Il a déjà pris congé de tous les personnels qui se sont occupés de lui, particulièrement de Claude et Odette, off course, les remerciant de leurs bons soins. Et des quelques compagnons de galère. Pierrot, le petit gros de la tablée, est inconsolable.
Il va devoir afficher ses choix parmi les options qui lui ont été proposées. C’est assez difficile car ils sont là : Non, il ne peut accepter leur proposition de venir habiter chez eux et prendre le temps de voir. Les Lefranck sont vraiment désolés, mais finissent par comprendre. De toute façon ils seront toujours en relation.
Il se rallie donc aux recommandations du staff de l’établissement, relayées et approuvées par madame Guilbert et Sonia Dussarte. L’assistante sociale a d’ailleurs fait le nécessaire en avance de phase : Une place lui est réservée dans une structure d’accueil spécialisée dans la réinsertion de personnes en difficulté, gérée par une association loi 1901, “REPARTIR”. Il y sera logé, pourra se frotter au milieu social, car il ne sera pas seul. Il sera évalué au niveau connaissances et compétences et orienté vers des filières de remise à niveau où d’emploi direct. A l’école ils appellent ça des conseillers d’orientation, mais ça correspond à ce qu’il cherche, et puis, maintenant c’est différent, il n’est lié par aucune obligation. C’est dit, il rejoindra Toulon dés demain. Madame Guilbert se rengorge et Sonia le félicite de sa décision et l’encourage. Une petite chanson dans sa tête : Fin de l’épisode Pierrefeu.C’est l’Assistante qui l’amène sur les lieux et le présente à l’équipe du foyer. Accueil cordial et bon enfant ; on lui explique l’organisation et les usages de la maison, horaires d’accès, repas, etc…
Il va pouvoir poser son sac dans une carrée minuscule, mais assez propre. A part un petit lavabo, les douches et toilettes sont communes. Les repas sont pris également en commun dans la salle à manger : une tablée d’une trentaine de convives au maximum. Chacun participe à l’intendance : cuisine, service, vaisselle et propreté, selon un tour affiché. Ça ne le gêne pas du tout.
Les pensionnaires se partagent en plusieurs catégories. Il y a des grands curieux exubérants qui veulent tout savoir, les un peu agressifs, qui affichent une fraternité de comptoir et d’autres, taciturnes ou enfermés dans un mutisme sombre. Il sourit à tous, balance quelques lieux communs, répond à minima. Il se promet de les « étudier » plus en détail pour se faire une place, en évitant les conflits : c’est sûr, il lui faudra jouer des coudes.
Un premier entretien dès le lendemain, avec les deux animateurs, Yvon et Félix, en charge de tout ce petit monde. Sympas, un peu psy sur les bords. Ils veulent cerner le bonhomme, avant d’aller plus loin. Normal, malgré le topo sans doute passé par l’Assistante.
― Présentez-vous, Monsieur Estrésiani, nous avons besoin de mieux vous connaître… Blabla…Blablabla, tout ça pour envelopper la chose dans du papier journal et ouvrir la case à confidences.
Il n’a pas envie de raconter sa vie et va leur servir une synthèse saisissante de concision :
― Voilà, je suis moi, mais je n’ai aucun souvenir de moi, en tant qu’individu, datant d’avant le printemps dernier. Amnésique. On n’y reviendra pas. Pour autant, j’ai gardé une culture et des savoirs acquis je ne sais où et quand, que je me suis efforcé d’actualiser depuis six mois à l’hosto. J’étais un poil décalé. J’ai l’espoir de trouver chez vous un cadre pour me réadapter à la vie civile, que je puisse repartir d’un bon pied avec des moyens d’existence autres que l’assistanat.
Là, ils sont un peut sciés. Celui-là, il sait ce qu’il veut. Ça les change un peu de l’ordinaire. Mais ça leur plaît. Il les met à l’aise en plaisantant, paraphrasant une pub qui passe souvent :
― Et bien, mon garçon, qu’est-ce que nous allons pouvoir bien faire de toi ? Et ajoute : Ah, oui, j’aimerais bien que l’on m’appelle Lucas, c’est le prénom auquel je réponds depuis que j’ai émergé.
La glace est rompue et l’on continue à converser en toute cordialité. De tout et de rien, l’actualité, la marche du monde, les loisirs, littérature, philosophie, celle des comptoirs et l’autre. Il n’est pas dupe de la démarche. Une petite heure qui se conclut par la proposition suivante : une série de tests psychotechniques censés évaluer précisément son bagage intellectuel et technique, en l’absence de diplômes qu’il a eu peut-être, mais qu’il ne peut faire valoir. Ils vont arranger ça avec un bénévole de l’éducation nationale, leur correspondant au centre de formation pour les adultes (CFPA) voisin et si nécessaire à la chambre de commerce. Ça lui va ? On le préviendra lorsque le premier rendez-vous sera planifié.
_En attendant, prenez vos marques, profitez-en pour découvrir le quartier. Vous êtes bien installé ? Pas de problèmes ? Non-non, je débarque à peine…A suivre
Parceval -
5 juin 2025 à 1h36 #3570815
Bonsoir Cher Ami poète Parceval,
Une nouvelle vie commence pour lui.
Toute une aventure compte tenu des circonstances !Superbe récit en partage !
J’ai hâte de lire la suite !
Belle nuit Cher Ami poète Parceval !
Toutes mes amitiés
SybillaLe r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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