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HIATUS-VINS 43

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 28-06-2025 23:41.
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    Parceval
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      VINS HIATUS 43

      Les tourments de SONIA

      Il s’anime :
      ― Je verrais bien tout ça avec une plaque un peu plus visible du genre : « Sonia Dussarte – Psychologue-hypnothérapeute. Sur RDV » et à côté « Luc Multiservices» …
      ― Hé Bé ! Tu vends vachement bien tes projets. (Elle rit) ça vaut le coup d’y réfléchir… En attendant, il faut se changer les idées. Demain, repos dominical. Ça te dirait une virée par le bord de mer ? Il y a le marché de Noël à Sanary. Moi j’adore. On pourrait déjeuner quelque part vers Saint-Mandrier. Tu es partant ? OK. A huit heures.

      Juste un café brûlant avant de prendre la route au petit matin. Et le petit matin, en cette saison et à cette heure, c’est juste une promesse d’aube frisquette. Ils se sont serrés dans l’Austin Mini, emmitouflés dans des parkas. Cette promiscuité incite Lucas à se réfugier dans une prudente torpeur. Elle doit faire les frais de la conversation puis abandonne, faute d’écho. Circulation clairsemée, ils traversent Toulon sans problème. Les premiers rayons de soleil accrochent des reflets orange sur les murs du fort de Six Fours. Superbe ? Oui, superbe, il convient. Enfin la mer, ils trouvent à se garer au parking du bout de la plage ; payant, off course. Il est surpris de l’importance du marché et marmonne pour lui-même :
      ― De mon temps, il tenait sur les quais du port.

      Le ciel est d’un bleu électrique, la couleur qui va de pair avec le mistral qui se lève. Il fait un froid de canard. Pourtant il y a déjà du monde : les étals, les baraques sont illuminés à giorno, les guirlandes tracent les allées où tout un peuple se presse autour des santonniers et de toutes les productions artisanales de circonstance, cadeaux, charcuteries et friandises. Le frais aussi, fruits, légumes et poissons. Ils se perdent dans la foule, ambiance festive et bon enfant. Lucas retrouve le sourire. Ils partagent, goûtent par ci, par là. Soudain, il tombe en arrêt devant un chariot tricycle surmonté d’une énorme galette distillant une odeur caractéristique : celle de la galette de maïs
      ― Bon sang, je rêve ? Un marchand de cade. Je me régalais quand j’étais petit : pas de marché sans cade, en bas du cours Louis Blanc.
      Et il achète deux portions. Découvre le regard surpris de Sonia. Zut, ça lui a échappé. Il s’excuse presque :
      ― Toujours ces souvenirs idiots, mais c’est bon, hein ?
      Un cornet de marrons grillés et un chocolat chaud pris au comptoir plus loin, ils déambulent sur le port, bras dessus, bras dessous. Il demande :
      ― La suite du programme ?
      ― On va jusqu’au Brusc, au Gaou, on se fait le cap Sicié, Notre Dame du Mai et l’on redescend sur les Sablettes et Saint Mandrier. Cela convient-il à Monsieur Luc ?
      ― J’achète, tu es un ange.
      Dans la foulée il lui plaque deux bises sur les joues. Terrain brûlant, mais il maîtrisé…. Comment lui dire qu’elle lui offre un pèlerinage sur les lieux de son enfance. Et il se lâche, tant pis. Ils longent les résidences cossues, qui bordent la plage de la Coudoulière, il murmure, dans un état second :
      ― Tu vois, ici, c’était une garrigue, avec un camping. Et le bord une butte de terre rouge. Quand il y avait l’orage, la mer se colorait d’ocre.
      Le port du Brusc, en face des Embiez :
      ― Les Ricard les ont drôlement transformées. Avant, on ne pouvait pas y aller …
      Ils arrivent sur l’esplanade du Gaou. La statue callipyge de pierre coquillière est bien érodée, mais toujours là. Il dit :
      ― On passait sur l’île à gué, avec le vélo, pour passer la journée.
      Alors qu’ils repartent vers Six Fours, il indique :
      ― Pas la peine de passer par Janas pour monter au Mai. Là, tu prends à droite, on devrait trouver un chemin. C’était une piste forestière, mais depuis, ils ont dû la rendre carrossable jusqu’en haut. Enfin, on verra bien…
      Et ils trouvent. Le chemin est goudronné et serpente en lacet parmi la pinède, les bruyères, les arbousiers et les eucalyptus. Des villas, quelques rares cabanons, puis la nature seule a droit de cité. De minces filets d’eau font boire le massif. Enfin la crête et la dernière aire au pied du relais de télévision. La vue est magnifique, avec le mistral, tout se détache avec netteté.
      ― Viens, on monte à la chapelle.
      Il l’entraîne d’autorité. Elle est complètement dépassée, presque atterrée : le voilà reparti dans ses délires, mais il a l’air tellement heureux. Là-haut, il faut s’accrocher aux branches et le froid est mordant. Il l’amène à l’abri face au sud. Intarissable dans ses commentaires, rien de ce qui les entoure n’est omis : la vue de La Ciotat à Porquerolles, le sentier des douaniers en contre-bas qui permet la randonnée de Fabrégas au Gaou. Le sémaphore et toute la vue sur l’isthme des Sablettes, la malédiction du grand émissaire. Et la mer moutonneuse qui fuit vers d’autres horizons.
      ― Je ne m’en lasse pas. C’était et ça reste grandiose. Néanmoins, sauf ton respect, on se les gèle, alors courage, fuyons !
      Un vrai gamin. Elle prend à droite la corniche vers Fabrégas. Il ajoute en passant :
      ― Elle n’était pas ouverte, à l’époque. Au passage : oui, en dessous, la zone naturiste, limitée par un rocher qu’on appelait le bœuf. Quand on était jeunes et boutonneux on allait mater les dames en tenue d’Eve…
      ― C’est qu’il était coquin, le petit Luc.
      Elle rit, pour masquer son désarroi. Ils arrivent sur Fabrégas par le chemin du Vallon, poursuivent vers les Sablettes. Tout aussi intarissable sur le coin, tel qu’il était avant. Il est deux heures passé. Elle renonce à aller plus loin, trouve une pizzeria ouverte au port de Saint-Elme et le pousse à l’intérieur. Au chaud, vue sur le Cap et ses deux îlots. Miracle, une pizza et un rosé honnêtes. Il continue ses anecdotes et remarques, l’hôtel Lamy, à côté, et Tamaris… Pour Sonia, c’en est trop, les yeux dans les yeux, elle lance, véhémente :
      ― Mais comment tu peux savoir tout ça, Luc enfant, c’est plutôt Fréjus, que je sache ?
      ― Ce sont mes souvenirs, mes souvenirs idiots, les seuls que je possède. Aujourd’hui, ils m’envahissent, et, tu sais quoi, j’y prends beaucoup de plaisir.
      ― Luc, je t’en supplie, arrête avec tout ça, tu te fais du mal.
      Pour un peu, elle en pleurerait. Il l’a bien senti et la calme :
      ― Ce n’est qu’un mauvais passage. Tu verras, demain, tout sera rangé au fond d’un tiroir. Aujourd’hui, on purge Bébé. Et avec qui puis-je partager cela, sinon avec mon amie Sonia.

      (Et elle n’en demandait pas tant….)
      A suivre
      Parceval

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      • #3574202
        Sybilla
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          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Arf… tous ses souvenirs qui reviennent en mémoire…
          J’avoue être un peu désorientée également… Retournera t’il un jour dans son époque…?

          Merci pour ce superbe récit !

          Et j’ai hâte de lire la suite !

          Belle nuit Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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