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La Vingtième Heure

  • Ce sujet contient 2 réponses, 3 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Nataraja, le 14-08-2025 13:21.
  • Créateur
    Sujet
  • #2721433
    Georgiu Cornel
      • Sujet: 453
      • Réponses: 3002

      La ville était plongée dans une routine familière, mais une routine à l’orée de
      l’oubli. Les gens rentraient chez eux après une longue journée de travail, les
      rues se vidaient progressivement, et les réverbères s’allumaient, projetant
      des cercles de lumière jaune sur l’asphalte encore humide d’une averse
      matinale. Il y avait quelque chose de particulier dans l’air, une tension
      presque palpable, un léger bourdonnement électrique qui semblait
      s’intensifier à mesure que les aiguilles de l’horloge tournaient. C’était le genre
      de calme qui précède l’orage, non pas météorologique, mais le genre d’orage
      qui change le cours des choses.
      Sybilla, une jeune femme aux cheveux noir de jais qui tombaient en cascade
      sur ses épaules et aux yeux vert vif comme des émeraudes, se hâtait de
      rentrer chez elle. Son pas était pressé, presque une petite course, ses talons
      résonnants sur le trottoir silencieux. Elle avait passé la journée entière, de
      l’aube au crépuscule, à travailler sur un projet d’architecture important, un
      plan complexe qui avait absorbé chaque once de son énergie. Elle était
      épuisée, son esprit en même temps rempli d’idées et vide de fatigue. En
      marchant, elle jetait des coups d’œil impatients à sa montre à quartz, un
      cadeau de sa grand-mère. 19h55. Encore cinq minutes de marche et elle
      serait à l’abri, loin de cette atmosphère étrange et de cette solitude qui
      commençait à lui peser.
      Soudain, un frisson glacé lui parcourut l’échine, un pressentiment plus qu’une
      sensation physique. Elle sentit une présence derrière elle, une sorte de vide
      qui l’observait. Elle se retourna vivement, ses sens en alerte, mais il n’y avait
      personne. Les rues étaient désertes, si ce n’est pas un vieil homme qui
      promenait son chien à quelques mètres de là, une silhouette courbée sous la
      lumière vacillante d’un lampadaire. Sybilla haussa les épaules, tentant de se
      rassurer. C’était probablement la fatigue qui lui jouait des tours. Elle se
      détourna, mais une ombre fugitive lui sembla traverser son champ de vision.
      Elle secoua la tête, reprenant sa marche, plus rapide encore qu’avant.
      20h00 pile. Les cloches de la vieille église voisine, une horloge usée par le
      temps toujours d’une précision parfaite, retentirent dans l’air, faisant vibrer
      non seulement le verre de fenêtres, mais encore les os de Sybilla. Le son
      était grave, profond, comme si l’horloge ne sonnait pas l’heure, mais l’arrivée
      d’une destinée. Sybilla s’arrêta net sur le trottoir, levant les yeux vers le ciel,
      ses yeux fixant le carillon qui brillait faiblement dans l’obscurité grandissante.
      C’est à ce moment précis, à la dernière vibration du huitième coup de cloche,
      que tout bascula.
      Un éclair violet et aveuglant illumina le ciel, comme si le firmament se fendait
      en deux. Le flash fut suivi d’un grondement de tonnerre qui fit trembler le sol
      sous ses pieds, une vibration si puissante qu’elle se sentit déséquilibrée. Les
      réverbères s’éteignirent un par un, comme des bougies soufflées, plongeant
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      la ville dans une obscurité totale, si dense qu’elle semblait absorber le son et
      la lumière. Sybilla se retrouva seule, entourée de ténèbres, une main sur son
      cœur qui battait la chamade, l’autre sur le sac à main où elle cherchait
      frénétiquement son téléphone.
      Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle se trouvait dans un lieu inconnu. L’air y était
      plus lourd, chargé d’une odeur d’encens et de vieux papier. Les murs étaient
      recouverts de tapisseries anciennes, dont les motifs complexes paraissaient
      bouger à la lueur des flammes. Des candélabres en cuivre poli éclairaient la
      pièce d’une lumière douce et vacillante, projetant de longues ombres dans
      les coins. Devant elle, un vieil homme à la barbe blanche et aux yeux d’un
      bleu d’azur, un sourire énigmatique sur le visage, l’attendait. Il portait une
      robe ample, brodée de symboles qu’elle ne parvenait pas à déchiffrer.
      — Bienvenue, Sybilla, dit-il d’une voix basse et rauque, qui paraissait venir
      d’un autre temps. Je vous attendais. Vous avez franchi la porte de la
      vingtième heure.
      Sybilla était perdue, son esprit luttant pour comprendre. Elle se rappela
      l’histoire fantastique qu’elle avait lue enfant, des histoires de portails et de
      mondes parallèles.
      — Qu’est-ce que cela signifie ? demanda-t-elle, essayant de cacher la peur
      qui serrait sa gorge.
      Le vieil homme, qui se présenta comme Arion, sourit à nouveau.
      — À 20h00 pile, les portes du temps s’ouvrent. Les secrets se dévoilent, les
      destinées se croisent, et les chemins s’entremêlent. Le temps, tel que vous le
      connaissez, n’est plus une ligne droite, mais un carrefour immense. Vous
      avez été choisis pour franchir cette porte, Sybilla. C’est l’appel du destin, un
      appel que peu entendent et que très peu acceptent.
      Sybilla était sceptique, sa raison se rebellant contre cette explication.
      Simultanément, elle sentait une curiosité grandissante en elle, une faim
      d’inconnu qui prenait le pas sur sa peur. Elle suivit Arion à travers les couloirs
      du bâtiment. Il l’emmena dans une bibliothèque gigantesque, remplie de
      livres anciens dont l’odeur sucrée de parchemin remplissait l’air. Elle vit des
      cartes mystérieuses qui semblaient représenter des constellations inconnues
      et des objets étranges, des mécanismes complexes qui tournaient sur euxmêmes dans le silence.
      Ils arrivèrent enfin dans une grande salle, baignée d’une lumière lunaire, où
      se trouvaient des dizaines de personnes venues de différents endroits du
      monde, et peut-être même de différentes époques. Sybilla aperçut un homme
      avec une armure médiévale à côté d’une femme habillée en tenue futuriste. Il
      y avait un poète de la Renaissance, une chimiste du XIXe siècle, et un
      nomade du désert. Elles étaient toutes là pour la même raison : franchir la
      porte de la vingtième heure.
      — Vous avez le choix, Sybilla, dit Arion, d’une voix plus solennelle. Vous
      pouvez retourner dans votre monde, reprendre le cours de votre vie là où
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      vous l’avez laissée. Ou vous pouvez rester ici et explorer les secrets de la
      vingtième heure. Mais, attention, une fois que vous aurez franchi cette porte,
      une fois que votre choix sera fait, il n’y aura pas de retour en arrière possible.
      Votre destin sera à jamais lié à celui de ce lieu.
      Sybilla hésita. Elle pensa à sa vie, à son appartement cosy, à ses amis
      qu’elle retrouvait chaque vendredi, à sa famille qui l’appelait tous les
      dimanches. Une vie normale, rassurante. Mais, elle pensa également à la
      curiosité qui la dévorait, à l’envie de découvrir de nouvelles choses
      inexplicables, à la sensation de faire partie de quelque chose de plus grand
      qu’elle.
      Elle prit une profonde inspiration et fit son choix, son regard se fixant sur
      Arion.
      — Je reste, dit-elle, les yeux brillants d’excitation et d’une nouvelle
      détermination.
      Arion sourit, un sourire de connaisseur.
      — Alors que votre voyage commence.
      La porte invisible de la vingtième heure se referma derrière elle, faisant naître
      un faible bourdonnement qui se propagea dans toute la salle. Sybilla venait
      de changer son destin, et elle était prête à affronter ce qui l’attendait de
      l’autre côté.
      Au fil des jours, des semaines, des mois, Sybilla découvrit les secrets de la
      vingtième heure. Arion et d’autres initiés lui enseignèrent que les portes du
      temps s’ouvraient à 20h00 pile, non seulement dans leur bâtiment, mais dans
      des points de convergence à travers le multivers. Ces portes permettaient
      aux gens de voyager à travers les époques et les dimensions. Elle rencontra
      des personnes venues de mondes où la magie était une science, et d’autres
      où la technologie avait atteint son paroxysme. Chacun avait été choisi pour
      une raison précise, et chacun avait un destin à accomplir, une pièce à jouer
      dans le grand échiquier du temps.
      Sybilla s’aperçut que la vingtième heure n’était pas juste une heure sur une
      montre. C’était un passage secret, un portail vers un monde parallèle où les
      règles de la réalité étaient différentes, plus fluides. Elle commença à explorer
      ce monde, ce « Nexus », comme l’appelaient les autres. Elle découvrit des
      paysages étranges : des forêts aux arbres qui chantaient, des océans d’encre
      où les étoiles se reflétaient, des cités suspendues dans le vide. Elle étudia
      des cartes stellaires qui représentaient des galaxies inconnues et apprit à
      naviguer entre les différentes réalités. Sa curiosité insatiable et sa logique
      d’architecte faisaient d’elle une élève remarquable, capable de comprendre
      les mécanismes subtils qui régissaient ce monde.
      Sybilla ne fut pas la seule à découvrir les secrets de la vingtième heure. Un
      groupe de personnes, les « Écorcheurs du Temps », mené par un homme
      mystérieux, nommé Kael, cherchait à utiliser les portes du temps pour leurs
      propres fins. Kael n’était pas un simple humain, mais un être venu d’une
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      dimension où le temps s’était figé. Il avait passé des siècles à étudier les
      portes, il en connaissait les rouages mieux que quiconque. Il voulait voyager
      à travers les époques et les dimensions, non pour la découverte, mais pour
      des raisons égoïstes et destructrices. Il cherchait à réécrire l’histoire des
      mondes, à remodeler la réalité à son image et à en extraire la puissance,
      créant un empire éphémère cependant redoutable.
      Sybilla se retrouva face à un dilemme. Elle devait choisir entre la soif de
      connaissance qui la dévorait et le devoir de protéger le Nexus. La porte de la
      vingtième heure était un cadeau, mais elle pouvait aussi devenir une arme.
      Elle prit une profonde inspiration et fit son choix : elle allait protéger le monde,
      même si cela signifiait renoncer à ses propres désirs et ambitions. Sa mission
      était de s’assurer que l’équilibre du temps et de l’espace soit préservé.
      La bataille pour la vingtième heure venait de commencer. Sybilla se prépara
      à affronter les défis qui l’attendaient, armée de sa curiosité et de sa
      détermination. Elle commença à rassembler les autres élus, les initiés qu’elle
      avait rencontrés, forgeant un lien de confiance avec le guerrier, le poète et le
      chimiste.
      Sybilla se retrouva face à face avec Kael. L’homme dégageait une aura de
      pouvoir glaciale.
      — Vous êtes une menace pour tous les mondes, dit Sybilla, essayant de
      cacher sa peur. Vous voulez utiliser les portes du temps pour détruire les
      autres dimensions et régner sur les restes.
      Kael rit, un son sec et dénué d’émotion.
      — Vous êtes intelligente, Sybilla. Mais, vous ne comprenez pas la véritable
      nature des portes du temps. Elles ne sont pas juste un passage, mais un outil
      pour façonner l’univers, pour corriger les erreurs de la création. Je
      reconstruirai le multivers de manière parfaite. À ma manière.
      Sybilla secoua la tête.
      — Je ne vais pas vous laisser faire. Je protégerai ce qui est, même si cela
      signifie de vous arrêter.
      Kael sourit d’un air de pitié.
      — Vous êtes courageuse, Sybilla. Cependant, vous êtes également seule.
      Vous allez avoir besoin d’aide pour m’arrêter. Il y a d’autres personnes, bien
      plus puissantes que vous, qui croient en ma vision. Vous n’êtes qu’une
      architecte, tandis que je suis un bâtisseur de mondes.
      Et Sybilla, cette architecte ordinaire d’un monde lointain, se retrouva ainsi à la
      tête d’une armée improbable de personnes venues de différents mondes et
      dimensions. Ensemble, ils se préparèrent à affronter Kael et ses sbires, dans
      une bataille qui allait déterminer le sort de l’univers. Le Poète inspira les
      troupes avec ses vers passionnés, le Guerrier enseigna ses techniques de
      combat, et le Chimiste créa des dispositifs technologiques inédits.
      La bataille finale fut épique. Sybilla et ses alliés se battirent avec tout leur
      cœur et leurs âmes, utilisant toutes les connaissances et les compétences
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      qu’ils avaient acquises. Sybilla, avec sa compréhension de l’architecture,
      trouva les faiblesses dans les structures temporelles que Kael avait
      manipulées. Elle utilisa le Nexus lui-même comme une arme, réorientant ses
      flux d’énergie. Kael, incapable de contrôler cette force imprévisible, fut
      vaincu. Les portes du temps furent protégées et l’équilibre restauré.
      Sybilla avait sauvé le multivers. Elle se sentit fière et accomplie, sachant
      qu’elle avait fait ce qui était juste, même si cela avait changé sa vie à jamais.
      Elle avait perdu une vie, pour en gagner mille. Au fil du temps, Sybilla devint
      une figure respectée, presque légendaire, dans le monde complexe et
      fascinant de la Vingtième Heure. Elle ne cherchait pas le pouvoir ni la
      renommée, mais son nom résonnait dans les couloirs du temps et de
      l’espace. Les êtres venus de partout, de toutes les époques et de toutes les
      dimensions, venaient demander son aide et son conseil. Elle était devenue
      une sorte de guide inter dimensionnel, une sage, une personne capable
      d’aider les autres à naviguer les complexités et les dangers de la Vingtième
      Heure. Elle enseignait la prudence, l’équilibre, et surtout, l’importance de la
      curiosité respectueuse plutôt que de la soif de domination.
      Sybilla supervisait l’entretien des flux temporels, aidait à résoudre les
      paradoxes mineurs, et veillait à ce que de nouvelles menaces ne se profilent
      pas à l’horizon. Le Gardien du Seuil, voyant en elle une digne héritière,
      commença à lui transmettre les derniers secrets de la Vingtième Heure, des
      connaissances si profondes qu’elles touchaient à la nature même de la
      création. Sybilla avait trouvé sa véritable vocation, son rôle dans le grand
      schéma des choses.
      Sybilla sourit, un sourire teinté de sagesse et de sérénité. Elle avait changé
      son destin, passant d’une existence routinière à une vie extraordinaire. Elle
      avait découvert non seulement les secrets de la Vingtième Heure, mais
      encore les profondeurs de son propre courage et de sa détermination. Le
      chemin n’était pas terminé, de nouvelles explorations et de nouveaux défis
      l’attendaient sans doute, mais elle était prête. Armée de sa curiosité
      inaltérable et de sa résolution inébranlable, Sybilla embrassait pleinement
      son rôle de gardienne des réalités, une sentinelle au seuil du temps et de
      l’espace. Le monde, ou plutôt les mondes, pouvaient désormais respirer.
      Comme chaque nouvelle nuit, à 20h00 pile, une nouvelle porte s’ouvrait, et
      une nouvelle aventure commençait.
      Elle avait trouvé son foyer.
      Georgiu Cornel

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    • Auteur
      Réponses
      • #3576808
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonjour Cher Ami poète Cornel,

          Un texte Ô combien cosmique et cosmologique plein de lumière divine !

          Merci pour ce superbe récit en partage !

          Belle journée Cher Ami poète Cornel !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
        • #3579499
          Mascotte d'Oasis
          Nataraja
            • Sujet: 141
            • Réponses: 4371

            La vingtième heure

            Un conte fantastique qui nous emmène de ta talentueuse plume dans ces mondes d’illusions .
            Personnellement, ce qui concerne « les portes du temps »s’ouvrant vers d’autres mondes me fascine depuis longtemps .

            J’ai un souvenir d’un rêve dans mon enfance qui me reste gravé dans la mémoire avec les images……
            Je me retrouvais à vivre au moyen âge ……

            Bravo Cornel

            De véritables dons d’écrivain .

            —————-

            Diana Gabaldon a écrit plusieurs tomes où l’héroïne passe sans le désirer « une porte du temps » dans un lieu assez magique : un cairn .
            Son œuvre a fait l’objet de films à épisodes : Outlander !

            Les haillons de l’amour ne se reprisent pas .
            Nataraja.
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