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[center]Les ponctuations
par Charef BerkaniJe suis le point final, gardien de la clôture,
Je scelle les discours, j’impose la rupture.
Je mets au repos l’âme, et calme la raison,
Car toute phrase doit trouver sa maison.Je suis la virgule, une brève respiration,
Un souffle suspendu, une douce hésitation.
Je lie sans enfermer, je sépare sans briser,
Je garde les amants sans jamais les lasser.Je suis le point-virgule, étrange funambule,
Entre pause et départ je marche et je bascule.
Je relie deux pensées qui s’aiment en secret,
Je fais d’une coupure un discret baiser.Je suis le point d’interrogation, courbé,
Toujours en quête d’ombre, de lumière à trouver.
Je penche vers la nuit, cherchant une réponse,
Comme un cœur inquiet que le silence ponce.Je suis le point d’exclamation, éclat vif,
Un cri de joie, d’effroi, parfois d’instinct naïf.
Je dresse ma hauteur comme un phare en détresse,
Et j’embrase le mot d’une vive tendresse.Je suis les trois points, l’inachevé, l’attente,
Je prolonge la voix d’une fièvre latente.
Je laisse place au rêve et j’ouvre l’horizon,
Car toute fin hésite à trahir sa passion.Nous sommes les ponctuations, cadence et battement,
Les signes discrets du cœur et de l’instant.
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Prose – La confidence des ponctuations
Les ponctuations sont les battements du langage. Elles respirent là où les mots seuls ne suffisent pas. Le point ferme la porte comme un dernier regard qu’on retient à peine. La virgule, elle, s’apparente à un souffle partagé, un temps donné pour reprendre haleine, pour prolonger le baiser d’une phrase.
Le point-virgule, souvent oublié, ressemble à un lien secret : il rapproche sans confondre, il sépare sans briser, comme deux âmes qui se rejoignent à distance.
Le point d’interrogation, toujours penché, est l’image de nos doutes et de nos désirs. Il est la caresse inquiète qui attend une réponse, la main tendue dans l’ombre. Le point d’exclamation, au contraire, est l’élan : il crie la joie, l’urgence, parfois même l’effroi. Il est l’éclat soudain qui bouleverse le silence.
Et puis il y a les trois points, mes préférés. Ils sont le murmure des phrases inachevées, les secrets qu’on ne dit pas, les promesses suspendues. Ils contiennent plus que des mots : ils contiennent l’attente, le rêve, l’écho de ce qui reste à venir.
En vérité, les ponctuations sont les gestes de l’amour : une pause, une hésitation, une question, une clameur, un silence… Elles rappellent que l’essentiel n’est pas toujours dans le mot, mais dans l’espace fragile qui l’entoure.Charef Berkani
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