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« Supplique pour être enterré sur la plage de Sète » (G.Brassens)

  • Ce sujet contient 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Nebula, le 13-01-2011 10:44.
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    Plume d'or
    ★★★★☆☆
    Nebula
      • Sujet: 148
      • Réponses: 564

      La Camarde qui ne m’a jamais pardonné
      D’avoir semé des fleurs dans les trous de son nez
      Me poursuit d’un zèle imbécile.
      Alors cerné de près par les enterrements
      J’ai cru bon de remettre à jour mon testament
      De me payer un codicille.

      Trempe dans l’encre bleue du Golfe du Lion
      Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion
      Et de ta plus belle écriture
      Note ce qu’il faudra qu’il advînt de mon corps
      Lorsque mon âme et lui ne seront plus d’accord
      Que sur un seul point : la rupture.

      Quand mon âme aura pris son vol à l’horizon
      Vers celle de Gavroche et de Mimi Pinson
      Celles des titis, des grisettes
      Que vers le sol natal mon corps soit ramené
      Dans un sleeping du Paris-Méditerranée
      Terminus en gare de Sète.

      Mon caveau de famille, hélas ! n’est pas tout neuf
      Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf
      Et d’ici que quelqu’un n’en sorte
      Il risque de se faire tard et je ne peux
      Dire à ces braves gens : poussez-vous donc un peu
      Place aux jeunes en quelque sorte.

      Juste au bord de la mer à deux pas des flots bleus
      Creusez si c’est possible un petit trou moelleux
      Une bonne petite niche
      Auprès de mes amis d’enfance, les dauphins
      Le long de cette grève où le sable est si fin
      Sur la plage de la corniche.

      C’est une plage où même à ses moments furieux
      Neptune ne se prend jamais trop au sérieux
      Où quand un bateau fait naufrage
      Le capitaine crie : « Je suis le maître à bord !
      Sauve qui peut, le vin et le pastis d’abord
      Chacun sa bonbonne et courage ».

      Et c’est là que jadis à quinze ans révolus
      A l’âge où s’amuser tout seul ne suffit plus
      Je connus la prime amourette
      Auprès d’une sirène, une femme-poisson
      Je reçus de l’amour la première leçon
      Avalai la première arête.

      Déférence gardée envers Paul Valéry
      Moi l’humble troubadour sur lui je renchéris
      Le bon maître me le pardonne
      Et qu’au moins si ses vers valent mieux que les miens
      Mon cimetière soit plus marin que le sien
      Et n’en déplaise aux autochtones.

      Cette tombe en sandwich entre le ciel et l’eau
      Ne donnera pas une ombre triste au tableau
      Mais un charme indéfinissable
      Les baigneuses s’en serviront de paravent
      Pour changer de tenue et les petits enfants
      Diront : « Chouette, un château de sable ! »

      Est-ce trop demander : sur mon petit lopin
      Plantez, je vous en prie une espèce de pin
      Pin parasol de préférence
      Qui saura prémunir contre l’insolation
      Les bons amis venus faire sur ma concession
      D’affectueuses révérences.

      Tantôt venant d’Espagne et tantôt d’Italie
      Tout chargés de parfums, de musiques jolies
      Le Mistral et la Tramontane
      Sur mon dernier sommeil verseront les échos
      De villanelle un jour, un jour de fandango
      De tarentelle, de sardane.

      Et quand prenant ma butte en guise d’oreiller
      Une ondine viendra gentiment sommeiller
      Avec rien que moins de costume
      J’en demande pardon par avance à Jésus
      Si l’ombre de ma croix s’y couche un peu dessus
      Pour un petit bonheur posthume.

      Pauvres rois, pharaons, pauvre Napoléon
      Pauvres grands disparus gisant au Panthéon
      Pauvres cendres de conséquence
      Vous envierez un peu l’éternel estivant
      Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant
      Qui passe sa mort en vacances.

      Vous envierez un peu l’éternel estivant
      Qui fait du pédalo sur la plage en rêvant
      Qui passe sa mort en vacances.

      "La sagesse est d'avoir des r?ves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit" (O. Wilde)
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