-
Sujet
-
Derrière les fenêtres
Prologue
La nuit était bien avancée, c’était une heure où les gens dorment. Entendons par « les gens », la plupart, ceux qui vivent une vie normale. Mais Zacharie lui… non… ne dormait pas…
C est assez difficile à porter Zacharie comme prénom, ca parait bizarre et puis trois syllabes c est long. Aussi loin que porte sa mémoire tout le monde l’appelle Zac. Il aime beaucoup d’ailleurs, ça claque comme un fouet et puis on raccourcit toujours les prénoms pour rallonger l’affectif. C est comme ça, génétique, tout ce qui est petit est joli…
Depuis qu’il ne travaillait plus, étant célibataire et seul, il n’avait plus de contrainte. Il pouvait sortir quand il voulait, pouvait dormir jusqu’à point d’heure et petit à petit, au gré de ses décalages, de ses excès et de ses gueules de bois, ses nuits ont fini par remplacer ses jours. Evidemment, cette situation, ce nouveau rythme de vie ou bien encore cette déchéance comme il vous plaira de la nommer, a fini par l’éloigner de ses amis, si tentés que l’on puisse dire, qu’il aie déjà eu des amis un jour.
Sa vie sociale était un désert, aride métaphore. Pourtant lui, ne s’en souciait pas plus que ça. Il a toujours été très solitaire, s’accommodant très bien de la muse dans sa solitude, car oui, précisons le, Zac a une âme de poète et il est, de surcroît, un poète heureux.
Ainsi, à cette heure tardive, pour reprendre le fil du propos, Zac est toujours éveillé et ne dort pas du sommeil du juste. C’est une pensée qui lui traverse l’esprit et elle le fait sourire.
– « Comment savoir si l’on est un juste? »
– » Aux yeux de qui et par rapport à quoi? »
– « Qui ou quel tribunal peut s’octroyer ce droit et trancher cette décision? »
De toute façon, se dit Zac, il y a toujours un bon vieux dicton bien nase, ou le semblant d’un adage au rabais, pour bien caser les choses et les moments de vie sur la bonne étagère, dans le bon placard… L’hirondelle ne fait pas le printemps, en avril ne te découvre pas d’un fil, en mai fais ce qu’il te plait, toutes ces conneries, une vie simple, un corps simple, un esprit simple…Il est vrai que l’on vit une époque cruelle et dangereuse, qu’on a besoin d’être rassurés et de se sentir en sécurité comme a l’abri dans un cocon tissé aux soies des certitudes. Car on a l’impression de bien mener sa vie, elle nous fait moins peur, lorsqu’on est certain ; certain que l’on ne risque rien, certain d’être fort, d’être aimé, certain de suivre le bon et droit chemin, de ne pas être trop dégueulasse…
Surtout il se dit, qu’avec ce genre de principes, d’idées reçues pré conçues et pré mâchées, on fait fi du grain de folie, celui là même transporté par les fougues et les élans de l’âme.
Quant à ce fichu cocon douillet et rassurant, il est blanc, et il recouvre tout. C est de la foutue neige qui, sous son lourd manteau tissé à gros flocons, ankylose les élans, la course et le rythme de nos insouciances.Il fut un temps jadis où, au cours de ce qu’on appelle l’Ancien régime, tout le monde s’entendait à croire que la « novelté est un mauvais usage ». C’était un temps où tout à chacun s’agrippait farouchement à ses privilèges, dans une société régie par les traditions, ou usages. La vie était réglée sous le regard de dieu et l’horizon balisé par le clocher des églises. Aujourd’hui le mot « nouveauté » a remplacé « novelté ».
Celui qui a pondu cette phrase, que tout le monde à l’époque, a pris pour une vérité absolue, pour de la science infuse, est un roi. Le roi soleil même, Louis XIV, roi de droit divin, excusez le du peu, ça veut juste dire qu‘il est l‘égal de Dieu. Il crut bon d’inculquer à travers quelques lignes à son fils, à la génération future donc, les règles, les ficelles et les combines de son « métier » de roi, afin que le Dauphin, c’était le titre de noblesse de ce fils choyé, puisse se la couler douce à l’ombre de son règne, dans un monde de requins.
Et toute l’histoire, dans le cadre d’une monarchie absolue, notez bien cette notion d’absolutisme et, qu’on ne plaisantait à l’époque. Heureusement qu’aujourd’hui nous avons définitivement semé les graines des démocraties qui ont su faire germer les libertés.
– « Mais tout a fait entre nous, se dit Zac qui pense maintenant comme s’il dialoguait avec un interlocuteur invisible, tu crois et tu affirmes que le monde a changé depuis ces siècles d’obscurantisme? »
– « Foutaises, va donc parler des vertus de ta démocratie et de ta liberté au peuple palestinien. Tous, nous voulons gravir les échelons sociaux, jouir de privilèges toujours plus grands, souvent en les volant, pour briller dans cette société d‘apparat et connaitre les fastes de ce bon roi soleil dont tu me parles. Et ton clocher d’antan n’est il pas remplacé par les cheminées d’usines qui crachent de spectrales volutes de chômage et de crise? »
– « Et tu penses que les gens se sont détournés de Dieu? »– « Le Très Haut faisait la pluie et le beau temps sur terre et dans le cœur des hommes hier. Aujourd’hui, on s’est détourné du Religieux c’est vrai, mais ne vénère t on pas une autre déesse, païenne elle, et qui s’appelle finance. Pour ainsi dire c’est comme si l’on avait vaincu la peste pour que vive le choléra. Et le sang coule autant aujourd’hui qu’il a coulé les siècles passés et c’est les croisades toujours recommencées au nom de la foi ; contre le « grand Satan », contre le « perfide Jihad » et pour le pétrole, juste des octaves financiers dans les tons de la finance. »
– « Je te le dis, rien n’a changé, l’homme a toujours eu besoin de guides comme il aura toujours besoin de sa mère, de son aile et de son sein. Et ne prends pas ces propos à la légère, ce sont ces guides qui nous inculquent notre morale et notre façon de penser. Un jour, il y a très longtemps, il y eu un premier homme, juste capable d’exprimer ses besoins vitaux et ses humeurs les plus basiques. Comment explique tu les dogmes religieux? Pourquoi fait on offense quand aujourd’hui on tend sa main gauche en gage d’amitié et non la droite? Comment se fait il qu’on aie écrit sur tant de choses, qu’on aie crée tant de philosophies mais que l’on reste incapables de concilier science et religion? »
– « Il a bien fallu quelques raisons, des érudits, de la sagesse, des fanatismes. L’Homme aimerait sortir souvent des chemins qu’il a toujours suivi parce que la boue de son histoire est trop profonde et trop collante mais, il n empêche qu’il s’inventera toujours des prophètes comme lorsqu’il domestiquait le feu pour éclairer ses cavernes, et qu’il suivra toujours celui qui sait le mieux ouvrir la mer en deux, éloquence »
Zac suit ainsi le flot de sa pensée et s‘avoue alors, vaincu presque, qu’a trop avoir de grandes idées sur tout, on a surtout des idées trop grandes. Lui aussi est figé, à l’instar de tous ceux qui lui font défaut, pris sous le grand manteau de neige, dans la léthargie.
Puis il pense à Mylène, Mylène Farmer, la belle diva rousse. Ca fait déjà longtemps qu’il la suit et elle ne l’a jamais déçu. Là encore, un privilège gagné par sa nature humaine, penser que la chanteuse pourrait le décevoir, lui qui n’est rien, qui n’a jamais rien réussi dans sa vie alors qu’elle, a déjà réalisé tant choses, très souvent belles, à travers sa carrière de star. Croire qu’en des sphères supérieures, certaines personnes peuvent se permettre d’être déçues, d’autres non.
Et il aime ajouter, gravement, qu’il n’est pas « fan », le terme étant juste une réduction du mot « fanatique » et qu’il n’est fanatique de rien. Il arrange donc la vérité en affirmant qu’il l’apprécie très particulièrement, ce qui ne change pas tellement la donne mais ca redore le blason de sa personnalité en tant que personne à part entière. Je pense, donc je suis. C’est son petit supplément d’âme, l’invitation acceptée au voyage vers les contrées farmeriennes, il y tient beaucoup.
Mylène a déjà écrit et chanté tout ce pour quoi Zac blanchit sa nuit ; il ressasse quelques vers du titre « Lonely Lisa », de la poésie pure, selon lui. En fait, pour Zac, tout ce que fait Mylène n’est que pure poésie…
Une révolution
Tous pour la même, même partition
Et la routine n’a que du bon
A moins de rêver!Il nous faut une révolution
Pour créer l’envie, l’âme est ainsi
Y’a pas de génie sans grain de fo…
Sans grain de folie!Révolution, ô muse! Mais fort de ses idéaux révolutionnaires, il n’éprouve cependant pas la nécessité du grand changement radical de la face du monde, tout simplement il éprouve le besoin d’apporter du piquant et du beau à sa vie, l‘égoïste. En esthète il voit dans ces lignes de Mylène, non pas UNE, mais DEUX révolutions, cerise sur le gâteau. Il y a la révolution, soulèvement armé, et la révolution, cycle, trajectoire d’une planète, d’ une comète. Se rendre d’un point A à un point B, de la naissance à la mort, notre révolution de vie, notre génie, alors autant rêver et faire la révolution, elle a trop raison, elle est trop forte, y’ a pas a dire, et il sourit à nouveau.
– « Je fais que ça rêver, on me l’a souvent reproché d‘ailleurs. On a très souvent trouvé que j étais trop souvent déconnecté de la réalité, ô morale quand tu nous tiens ! Morale faite par des gens immobiles sur la grande chaire d’un tribunal jugeant les actes des autres, actes qu’ils n’auraient jamais osé tenter eux même. Et ils se complaisent dans leur intolérance, se pâment dans l’onde de leurs certitudes, faut pas rêver, c’est immonde, faut pas toucher, ils sont vieux, ils ne tentent rien, ils sont morts, morts sous la neige »
– « Mais moi je rêve d’eau, je rêve de feu, je rêve d’ombre et de lumière, je rêve de vie, je rêve de mort, je rêve du Haut, je rêve du Bas, je rêve de tout mon être, de haut en bas, et j’écris mes lignes sur de grandes pages blanches de vie. Ce sont mes rêves, les traces de moi, ma liberté, je fais louange à mon existence »
Hasta siempre, Libertad
Excusez moi du peu mais je vous fais tribune
Voyez là païen feu, attisé par ma lune
Vous bâillonnez la muse dont je suis le héros
Par la science infuse, Académie des mauxJe persiste et je signe dans tous les flots que j’ose
A glorifier le Cygne, l’envol, l’apothéose
Vos récits à l’instar de tous vos tons altiers
C’est chanter un canard pour lui compter les piedsJ’expose ma face humaine aux airains d’un volcan
Et j’explose de lave, exalte mes sommets
Si l’on vous fait entrave, enneigez vos sonnets
Ne stoppez en vos veines tout l’afflux de vos sangsVienne la nuit, sonne l’heure
Mélancolie, je demeure
Ces idylles saphiques causent tout le Tourment
Qui face à l’extatique, n’est que vil BeuglementA cette heure avancée, c’est maintenant le matin, Zac rêve. Poésie, Mylène, mélancolie et liberté. Il pense à cette vie morne qu’il aimerait changer. La nuit et son silence c’est son cocon à lui, les cieux sont plus cléments et ils sont étoilés. Et parmi tous ses rêves, qu’ il voudrait par l’alchimie de sa poésie transformer en étoiles, il en est une qui brille encore plus que les autres. Il voudrait l’écrire, la raconter cette voie lactée.
Il était loin de se douter que le fameux recueil de ses rêves allait bientôt le devancer, que l’histoire est déjà écrite et que la révolution de Zac brille déjà dans une autre sphère étoilée, au ciel d’un autre poète.
Puis bientôt les assauts de Morphée triomphèrent de ces bribes de pensées, un galop immiscé comme on en fait à Troie. Et la dernière étoile est celle de Brassens
– « Je suis de la mauvaise herbe, braves gens. Moi j’vis seul et c’est pas demain que je suivrai leur droit chemin »
On pourrait croire que, vraiment, dans sa grande traversée, il n’y aura décidément pas d’amis.
Anamorphose
A suivre…
Je suis un cart?sien d?sabus? : Je pense, donc je suis mais.... je m'en fousLa solitude aspire d?s lors o? nous aspirons ? ?tre solitaires
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.


