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Raizes, racines ou le chant du silence …suite 5

  • Ce sujet contient 2 réponses, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par vinicius, le 18-12-2025 09:49.
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    Plume de platine
    ★★★★★☆
    vinicius
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      …/
      La nuit était tombée sur Itapúa, douce et enveloppante. Le sable tiède sous mes pieds, le murmure des vagues, et le tambour de Mateus qui s’était tu. Il ne parlait plus, mais son silence était plein. Il m’invita à le suivre, sans un mot, vers une petite cabane en bois, cachée derrière les filaos. À l’intérieur, une lumière vacillante, des objets anciens, des photos en noir et blanc, et une atmosphère de mémoire.
      Mateus s’est assis sur un tapis tissé et me fit signe de m’asseoir en face. Il a sorti d’un coffre une boîte en cuir, usée, nouée par une ficelle qu’il a posée entre nous, l’a regardée longuement, puis dit enfin :
      « Ce que j’ai gardé, ce n’est pas un secret. C’est une douleur. Et une promesse. »
      Il a ouvert la boîte. Elle contenait : une lettre d’Isadora écrite à la main sur un papier fin presque transparent. Elle parlait de son choix, de son amour pour Joaquim, mais aussi de ce qu’elle avait vu en lui, en Mateus. Elle écrivait avec une tendresse qui ne trahissait rien, mais qui révélait tout. Elle disait : « Tu es le rythme que mon cœur n’a jamais oublié. »
      Mateus ferma les yeux. « Elle m’aimait. Mais elle ne pouvait pas me choisir car moi, je ne pouvais pas rester, j’appartenais à l’errance, à ce souffle nomade qui ne s’attarde jamais trop longtemps au même endroit. »
      Il m’a adressé un regard triste : « Pourtant, ce n’était pas l’amour qui manquait. Ce n’était pas l’envie de rester, ni même la peur de partir. C’était autre chose, plus profond, plus ancien. Une promesse, comme une fidélité à ce que j’étais avant même de rencontrer Isadora, une route que je n’avais pas choisie mais que je devais suivre. Je ne pouvais rester sans trahir une part de moi-même, celle qui m’a toujours poussé à chercher, à fuir, à comprendre. Isadora l’avait compris. Sa lettre n’était pas un adieu, mais une reconnaissance. »

      Elle avait vu en lui ce battement insaisissable, ce rythme qui ne se laisse pas enfermer. En choisissant Joaquim, elle ne reniait pas Mateus, elle l’aimait assez pour le laisser partir. »
      Il sortit ensuite un petit carnet, rempli de fragments de chansons. Des débuts, des refrains, des mots isolés, tous inachevés. Tous marqués par une absence. « Joaquim et moi avions commencé à écrire un album, un seul pour raconter notre histoire. Cependant après Isadora, il n’y a plus eu de fin possible. »
      J’ai feuilleté les pages. Chaque ligne vibrait. Chaque mot était une corde tendue entre deux âmes. Et j’ai compris que ce que Mateus avait gardé, ce n’était pas seulement la douleur d’un amour perdu, c’était la musique d’un lien brisé, jamais reconstruit.
      Il a dit : « Tu es venu pour comprendre alors écoute, pas mes mots mais ce que nous n’avons jamais pu dire. »
      Il m’a tendu le carnet et par ce geste, il m’a confié plus qu’un passé : il m’a confié une mission.

      Je suis resté longtemps à contempler le carnet que Mateus m’avait donné. Les pages étaient pleines de débuts, de promesses musicales, de mots suspendus comme des feuilles prêtes à tomber. Rien n’était terminé, mais tout vibrait. C’était une œuvre inachevée, oui, mais vivante. Comme si elle attendait que quelqu’un ose la réveiller.
      Mateus ne disait rien. Il m’observait, les mains posées sur son tambour, le regard tourné vers la mer. Il n’avait pas besoin de parler. Son silence était une invitation.
      J’ai pris une page au hasard. Elle portait un titre à demi effacé : « Raízes », Racines. En dessous, quelques vers griffonnés :
      Sous la terre, le tambour bat
      Sous la peau, le passé chante
      Et dans le vent, les voix reviennent
      Pour dire ce qui n’a pas été dit.
      Je lus à voix haute. Mateus ferma les yeux. Puis, laissant le tambour, doucement, il a pris sa guitare et s’est mis à jouer. Un rythme lent, profond, comme une marche vers l’intérieur. J’ai senti les mots se poser sur les accords comme s’ils avaient toujours été faits pour ça.
      Alors j’ai compris : ce n’était pas à moi d’écrire la fin. C’était à nous.
      J’ai pris un crayon, et sur une nouvelle page, j’ai écrit :
      Je suis le fruit de vos silences
      Le souffle de vos mémoires
      Et je viens pour relier les fils
      Que le temps a voulu défaire.
      Mateus a souri. Il ajouta une ligne musicale, une variation rythmique, puis me tendit la guitare. « Essaie, » m’a-t-il dit simplement.
      J’ai joué, maladroitement d’abord, puis avec plus de confiance. Le son était brut, mais sincère. Et dans ce dialogue entre nos gestes, entre nos voix, entre nos silences, quelque chose naissait. Une chanson nouvelle. Une chanson qui ne cherchait pas à réparer, mais à relier.
      Ce soir-là, sous les étoiles d’Itapúa, nous avons commencé à écrire Raízes. Non pas pour Joaquim, ni pour Isadora, ni même pour Mateus. Mais pour tous ceux qui portent en eux une histoire inachevée. Pour ceux qui cherchent dans la musique le chemin vers leurs racines.
      Le lendemain matin, la lumière d’Itapúa semblait différente. Plus douce, plus dense. Comme si la nuit avait laissé derrière elle une promesse. Mateus m’attendait devant sa cabane, le carnet de chansons à la main, le regard tourné vers l’horizon. Il ne dit rien, mais je compris que quelque chose allait se passer.
      « Aujourd’hui, on joue pour les vivants, » murmura-t-il.
      Nous avons marché jusqu’à une cour cachée derrière une école abandonnée. Là, sous les cocotiers, des musiciens s’étaient réunis. Des visages que je ne connaissais pas, mais qui me saluaient comme un frère. Ils portaient des instruments anciens, des tambours, des berimbaus, des guitares usées par les années. Et dans leurs yeux, il y avait une attente. Une écoute.
      Mateus s’est avancé. Il a posé le carnet au centre du cercle, comme une offrande. Puis a frappé le tambour. Une fois. Deux fois. Et …silence. « Cette chanson n’a pas de fin, elle est faite pour être reprise. Pour être transformée. Pour être partagée. »
      Alors, un à un, les musiciens ont commencé à jouer. Chacun ajoutait une nuance, une voix, un souffle. Les paroles que j’avais écrites la veille se mêlaient aux rythmes, se transformaient, devenaient autre chose. Une mémoire collective. Une guérison.
      J’ai pris la guitare. Mes doigts tremblaient, mais le son était juste.
      J’ai chanté, doucement, les mots de Joaquim, ceux de Mateus, les miens.
      Et dans ce cercle, j’ai senti que nous étions tous liés par la musique, par l’histoire, par les racines.
      Des enfants s’approchèrent, curieux. Des voisins s’arrêtèrent. Et bientôt, la cour fut pleine. Pas d’applaudissements. Juste des regards. Des larmes discrètes. Des sourires silencieux.
      Mateus me regarda. « Tu as fait ce que nous n’avons jamais osé, tu as ouvert le cercle. »
      Ce jour-là, Raízes devint plus qu’une chanson. Elle devint un pont entre les générations entre les douleurs et entre les silences. J’ai alors compris que mon voyage ne s’arrêtait pas là. Il venait juste de trouver sa voie.

      "Ce qui a le moins vieilli en moi c'est ma jeunesse"...Et il escaladait l'échelle qu'il avait appuyée ? rien pour aller marier une girouette au vent .
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      • #3597512
        Administratrice
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Jacques,

          Merveilleuse suite de cette histoire contée avec beaucoup d’émotions très fortes !

          Belle soirée Cher Ami poète Jacques !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
        • #3597554
          Plume de platine
          ★★★★★☆
          vinicius
            • Sujet: 401
            • Réponses: 2340

            Bonjour Sybilla,
            Merci pour m’avoir gratifié de tes lectures et commentaires…

            Amitiés

            "Ce qui a le moins vieilli en moi c'est ma jeunesse"...Et il escaladait l'échelle qu'il avait appuyée ? rien pour aller marier une girouette au vent .
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