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AMARINAGE(repost)

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 21-06-2023 16:57.
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    • #2702905
      Parceval
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        AMARINAGE
        ALERTE EN HAUTE MER ! PROBLÈME A BORD :Le skipper a disparu !
        On revient sur ce cauchemar

        Sète. Ils se sont arrêtés à la poupe du voilier qu’ils doivent convoyer. Ventru, taillé pour une confortable navigation, le Pégasus attend.
        On embarque avec le barda. Le roof est spacieux. On doit pouvoir naviguer à six sans problème. Quatre bannettes en deux pseudo-cabines, plus les banquettes salon à l’avant. Commodités, coin cuisine ; placards, frigo bien garnis. Bigre, un Volvo in-board cent chevaux et un hors bord Yamaha de vingt-cinq en secours. La bête démarre au quart de tour et ronronne sagement.
        ? Ho, Pierre, y a le feu ? 
        ? Non, mais je préfère partir avant l’aube, c’est plus tranquille. 
        ? Tu sais quoi, j’ai l’impression qu’on nage en plein polar ; on file à l’anglaise ?
        Ricanement puis fou-rire. Sur instructions du capitaine, Norbert largue les amarres. Le bateau déhale de son poste, vire et prend le chenal. La jetée passée, on met plus de gomme, cap plein sud. Départ on ne peut plus discret. Il fait frisquet. Le ciel pâlit à l’est. Il est cinq heures.

        Une semaine plus tard… Norbert nage dans les eaux troubles d’un demi-sommeil nauséeux. Il a l’impression d’être sur une balançoire. Dans un jardin venteux et plein de bruits. Peuplé de sifflements, de froissements et par les battements d’une lente horloge qui fait : CLANG ! CLANG ! En plus, il a du laissé son sac de billes ouvert et elles s’échappent sur le parquet…
        Enfin il opte pour le réveil et entrouvre laborieusement les paupières. Bon sang, mais il fait jour ! Le bateau roule bord sur bord. Il reprend conscience lentement avec la gueule de bois et mal au cœur. Pas étonnant, il s’était sanglé large sur la bannette et il suit le mouvement. Putain, qu’est-ce qu’il y avait dans cette saleté de café ! Il se lève, hésitant. Six heures ! Bordel, Pierre, qu’est-ce qui se passe ? Tu ne m’as pas réveillé ?
        Quand il émerge sur le pont, le siège du skipper est vide, la barre libre et il a juste le temps de baisser la tête pour éviter la bôme qui balaie d’un bord à l’autre, voile faséyant. Quel tintamarre ! Le Pégasus est désemparé. PIERRE, PIERRE ! Il a hurlé dans les embruns. Un œil circulaire : Non, c’est pas vrai, pas possible, pas lui !

        Dans un état second, il est à la barre et reprend le contrôle du voilier, verrouille le cap. Il inspecte le bateau : pas trace du copain. Comment cela a-t-il pu se produire ? Et quand ? Pour couronner le tout, pour une fois, la mer est désespérément vide. Il va pourtant tirer une fusée de détresse. La radio, vite ! Le certif de radiotéléphonie restreint de Pierre est scotché dessus. Il va pouvoir alerter Saint-Lys Radio! Fébrile,il configure le poste, micro en main, prêt à s’identifier, alerter sur la situation, lorsque son regard accroche la brassière rangée à coté du siège, puis le bout de sauvegarde qui traîne la bouée dans le sillage. Descendant en cabine, il remarque : la couchette impeccable, les sacs faits et bien rangés, rien qui traîne… Il suspend son geste, le temps d’intégrer ces données et soudain explose : Ah, le con ! Il n’y a que lui pour faire un coup pareil ! Il a tout combiné pour me mettre à l’épreuve.
        Tout lui revient sous un éclairage différent : l’espèce de briefing d’hier soir, le café pourri, drogué, off course. Tout de même, il y va fort, Pierre. Habité d’une rogne pas possible, il décide de jouer le jeu et de mener le bateau jusqu’à Malte. Il va rien lui manquer, car c’est sur, il sera à l’arrivée, rigolard et satisfait de lui, , comme du temps où il collectionnait les tours pendables. La différence, c’est qu’aujourd’hui, Nono a troqué la place du complice pour celle de la victime.
        Désormais il se consacre entièrement à relever le défi, porté par une rage froide. Là, vraiment, il a dépassé les bornes qui gardent l’amitié. Bon, c’est le moment de mettre en pratique le fruit de ces huit jours d’entraînement. D’abord, faire le point. Bien, quasiment sur la bonne route. Le vent est portant ; s’il se maintient, il devrait être sur zone demain, fin de matinée.
        Pratique, la colère : ça l’empêche de raisonner, de se poser les bonnes questions et d’analyser sainement la situation. Mais petit à petit, comme les bulles cherchant la surface, elles commencent à remonter. Surtout maintenant. Il consulte le livre de bord, constate qu’il est à jour. Perplexe, il revient vers les bagages : oui, la pochette étanche de Pierre contient tous ses papiers, brevets et permis mer, un peu d’argent, une carte de crédit, un portable et un petit agenda. Stupéfiant, il n’avait rien sur lui !
        Du coup, réflexions et questions affleurent, emmerdantes et têtues, du genre :
        – Et si Pierre s’était tout bêtement foutu à la baille.
        – S’il avait alerté Saint-Lys Radio, comment aurait-il expliqué ?
        Pour faire un coup pareil, il faut une sacrée logistique et donc une préparation bien en
        amont. Oui, mais tout ça pour une mauvaise blague à un copain ? Le vent est passé à
        force quatre: obligé d’être attentif à la manœuvre, il bride ses cogitations. Ah, il va y avoir
        une sacrée explication de gravures à l’arrivée.
        Alors que le soleil vient de disparaître, il distingue un feu droit devant, c’est la signature du phare de Gozo. Le vent faiblit vers onze heures. Il passe la nuit à la barre, veille entrecoupée de brefs moments de demi-sommeil.
        Lorsque l’aube pointe, la balise est laissée au nord-ouest ; d’autres feux et de vagues lueurs annoncent Malte. Il est au large de la cote sud. Il garde le cap, prend le temps du breakfast. Il met en ordre le roof, range ses affaires. Finalement, il ne s’en sort pas mal, non ?
        Vers midi, l’extrémité orientale de l’île se profile. Il infléchit sa route au nord-est, puis longe la cote nord en tirant des bords. Il y a du monde sur l’eau. Prudemment, il réduit la voilure et démarre le Volvo. A trois heures, il croise devant La Valette, louvoyant parmi le trafic. Rien. Vaguement inquiet, il décide de poursuivre quelques miles à l’ouest avant de virer de bord. Bon Dieu, s’il s’était trompé du tout au tout ! Dans quelle galère s’est-il embarqué. Dans tous les cas, il est dans de sales draps ! Alors qu’il s’apprête à engager la manœuvre pour rebrousser chemin, un élégant runabout se détache des bateaux alentour, fait deux fois le tour du Pégasus et se présente pour venir bord à bord. Quelqu’un fait de grands signes. ENFIN !

        Parceval – 26/03/2023

      • #3453242
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonsoir Parceval,

          Superbe récit avec beaucoup de suspens que j’ai beaucoup aimé lire !

          Belle soirée cher ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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