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Amour qui n’est qu’Amour___ THéodore Agrippa d’Aubigné

  • Ce sujet contient 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par cyrael, le 10-05-2023 12:27.
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    cyrael
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      Amour qui n’est qu’amour

      Théodore Agrippa d’Aubigné

      Stance XXI.

      Amour qui n’est qu’amour, qui vit sans espérance,
      De soi-même par soi par soi-même agité,
      Qui naquit éternel vif à l’éternité
      Qui surpasse en aimant l’âme et la connaissance,
      Que cet amour est près de la divinité !

      On dit qu’amour est feu, le feu est de deux sortes :
      L’un se mêle confus avec les éléments,
      Pour engendrer, nourrir par leurs tempéraments,
      L’autre assiège du Ciel tout céleste les portes,
      Prenant en soi la vie et tous ses mouvements.

      Le premier s’asservit sous les lois de la nature,
      Se mêle, se démêle et se perd quelquefois.
      Quand le vivre lui faut, l’autre n’a d’autres lois
      Que son cours, son esprit, son âme belle et pure,
      Et feu est toujours feu, sans le secours du bois.

      L’homme par la raison tient, augmente et possède
      Le feu qui n’est vrai feu, mais un bien que des dieux
      Le larron Promethée eut le moins précieux,
      L’autre qui en beauté tout le dessous excède
      Ne pouvant être Ciel est le plus près des Cieux.

      Je veux du feu terrestre et de l’élémentaire
      Comparer deux amours, dont l’un a pour objet
      Un désir, un plaisir, imparfait et abject,
      L’autre se mire en soi, et tout seul se veut plaire
      Il est la cause et fin, sa vie et son subject.

      Amants qui abaissez votre amour de la vue,
      Qui l’endormez enfant au berceau du loisir,
      De qui le coeur enflé engrossa de désir,
      Vous voyez l’espérance à la poitrine nue,
      Faire téter amour au lait de son plaisir.

      Si votre oeil fasciné un coup se défascine,
      Si le coeur perd sa fin ou se contente un jour,
      Si fortune effrayant de quelque lâche tour
      La nourrice d’amour a séché sa poitrine,
      Tout meurt, votre désir, l’espérance et l’amour.

      Mais ceux qui sont épris des plus célestes flammes
      Ne sont haussés du trop et abaissés du peu,
      Leur amour n’est enfant de peu de choses esmeu,
      Rien ne le fait mourir : En ces heureuses âmes,
      Sans espoir et sans bois vit l’amour et le feu.

      Un peu d’eau fait mourir une flamme commune.
      Les larmes font mourir les amours et les feux
      Des amants espérants, les autres amoureux
      Triomphent sur les pleurs, commandent la fortune
      Car l’eau est sous le feu comme il est sous les Cieux.

      Ah ! que le feu terrestre a sur soi de nuages !
      Ah ! que l’autre est couvert d’une belle clarté !
      Que l’un a de fumée et l’autre de beauté !
      L’un sert même aux enfers, aux peines et aux rages,
      L’autre aux Cieux, aux plaisirs de la divinité.

      Pour cause, en mon amour j’aime pour ce que j’aime,
      J’aime sans désirer que le plaisir d’aimer,
      Mon âme par son âme apprend à s’animer,
      Je n’espère en aimant rien plus que l’amour même
      Et le bois de ce feu ne se peut consumer.

      Si on dit votre amour est simple et stérile,
      Sans produire, sans croître et est sans action
      Le feu pur est ainsi sans dépérition.
      S’il ne meurt point, pourquoi doit-il être fertile ?
      Croître et diminuer sont imperfection.

      Belle divinité qui mon âme a ravie
      En ton Ciel avec toi, mon âme a pris des yeux
      Pour contempler de toi le beau, le précieux,
      Pareil au bienheureux est son heure et sa vie,
      Car être au paradis, c’est contempler les dieux.

      Mais ne puis-je espérer de mes beaux feux estaindre ?
      Mais dois-je désirer d’esteindre ces beaux feux ?
      Non, c’est ne vouloir point le plaisir que je veux,
      Je ne puis le vouloir et n’oserais le craindre,
      Mon amour ne craint pis et n’espère rien mieux.

      Je vois de mon beau ciel les espérances vaines
      Des amants abusés, l’un ne peut s’esjouir.
      Possédant un défaut, l’autre ne peut fuir
      Le manque et l’imparfait des amitiés humaines
      Et l’amour sans l’espoir est plus que le jouir.

      Je ne désire rien, que faut-il que j’espère ?
      Et je n’espère rien, que puis-je désirer ?
      Mon amour sait ravie, et non par martyrer,
      Et sur mon bien parfait, qu’est-ce qui me peut plaire ?
      Si mon bien ne peut croître, il ne peut empirer.

      L’élément en hauteur surpasse toute flamme,
      Le feu est le plus sûr de tous les éléments,
      Mon âme aime plus haut que tous entendements,
      Il n’est rien de si beau que le beau de ma dame,
      Elle efface tous beau, et moi tous les amants.

      Théodore Agrippa d’Aubigné, Stances

      l'Amour rayonne quand l'Ame s'?l?ve, citation maryjo
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