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Prose poétique — Au détour du matin
Il était là, minuscule phare planté au bord du jour, un chat maigre, un peu timide, comme s’il avait été déposé par la lumière elle-même.
Je marchais sans attendre, sans chercher, et pourtant la vie m’a arrêté net, d’un simple regard tigré qui ne demandait rien.
Autour de lui, les fleurs blanches hésitaient entre l’ombre et l’éclat.
Le vent caressait les pétales comme une main ancienne, celle qui apaise sans parler,
celle qui console sans s’expliquer.
Ce n’était qu’un chat. Et pourtant, dans la façon dont il a relevé la tête, il y avait l’allusion à quelque chose de plus vaste : peut-être l’enfance qui revient sans prévenir,
peut-être un souvenir que l’on croyait effacé, peut-être seulement le murmure discret d’un monde qui veut encore nous étonner.
Alors j’ai compris que la beauté ne s’annonce jamais. Elle surgit toujours ainsi : sur un trottoir banal, au pied d’un buisson fleuri, dans l’inattention d’une seconde qui vacille.
Et le chat, comme s’il savait, a cligné des yeux avec la lenteur d’un sage, m’accordant une bénédiction muette, un de ces instants minuscules où le cœur, malgré lui, se remet doucement à croire.
Charef Berkani 2025
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