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Sujet
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Nous roulions à vive allure sur l’autoroute des deux mers, laissant le canal du Midi aller plus loin, vers son destin, bordé de platanes.
Les acacias aux grappes odorantes coulaient leur lasure de ciel bercé. Saules argentés, talus parsemés de genêts et de pyracanthas, défilaient sans l’ombre d’un jour.
Comme le vent s’éparpille, autant de touffes d’églantiers, de sureaux que d’azéroliers dans les prés, se séparaient l’une de l’autre pour couvrir l’aventure de leurs rames cotonnées, faisant et refaisant le paysage de chez nous.
Nous approchions les Corbières. La lande que j’aime. Vallons qui sèment la route des sillons et des sources languedociennes.
Puis. Sans que rien ne prévienne. Grottes qui viennent aux siennes, les Hauts cantons de l’Hérault, annonçaient la fin des Cévennes au fond de l’écho.
Le ciel était sombre. Les monts trempés dans l’arrière-pays, sous les flots du mistral et des lances répétées des pluies.
Un désert de larmes blanches. De terre griffée de branches. De pierres désolées. De nuages ensablés. De domaines qui s’évanouissaient à l’horizon, d’encre renversée dans un buisson.
Nous irions quand même rejoindre le fond rêvé. Où les chemins promènent l’Eternité. L’histoire des cathares à travers les genêts.
J’étais au temps. J’étais au vent. A la pluie. Un jour qui ne se lèverait pas, au soleil de l’envie.
Tout semblait perdu d’avance au mont de l’ombre qui déchirait les Gorges d’Eric, la Forêt des Ecrivains pour la citer, et les derniers contreforts de la Montagne Noire pour la situer ; les brumes fermant dans l’enveloppe les prémices du printemps et les villages noyés.
Martelés d’averses. Tonnerre en sourdine. Au bout de la colline, les moulins glissaient dans un gouffre d’eau, ciselant le silence.
J’avançais collée à la peau de la patience. J’attendrai le moment crépusculaire où je verrai la « femme allongée » sur les rocheuses… mystérieuse, inachevée, envoûtante.
Sabot traçant le circuit d’un thème familier dans les rochers, sur une houppe de forêts et de terres cuivrées… elle est venue, pareille au fusain qui vient à son tableau.Plus vite, que la marée n’avance des lunes et trempe la jetée… un corail de sables et de salines blanches éblouissant mes yeux, sous une pellicule de nacres, limait les étangs de la mer.
Comme si l’instant n’avait rien de sûr. A saisir le murmure, tout penchait des hauteurs prêtes à tomber dans le ravin qui renvoyait ses nappes éclatantes à ses parois de lagunes.
Enfin le ciel renaissait sous mes yeux qui attendaient la vue.
Nous marchions vers l’azur, où tout commençait les arbres et le sentier.
Bouquets de thym, de bruyère blanche. Fleurs de lin et satins ouvrant leurs pétales. J’avais l’œil irisé, les doigts en quête d’étoiles, en passant ma main sur mon visage qui, d’une lueur bleutée, aux confins d’un orage qui persistait dans sa douleur, pleurait autant de fois qu’il regardait le miroir.
La multitude et la solitude dans les avoines folles, et les vignes pour les boire. Un bâton de réglisse pour goûter au poivre. Quel privilège pour une âme captive qui cherche sa voie dans les détours étroits des lignes !
D’être… Où perchaient les abbayes, quelques églises gothiques, au milieu des oliviers enterrant les pierres, cloître murant les eaux de la clairière…
Je pensais haut ! Je cueillais tout !
Et tout me ramassait dans ses plages !
Seule. L’écorchure était ma joue qui passait sous un nuage, que j’essuyais toujours. Qui graverait dans mon grenier, l’escalier des courants sauvages, paliers de haies vives et de collages.
Telle serait ma nuit au creux de l’oreiller. Je peindrai. J’écrirai. J’assemblerai tout.
Puis je m’endormirai dans le soupir des pins, de la garrigue. Dans le chai des Corbières. En plein ciel. Submergée de lumières. Exposée au vent. Libre. Jusqu’à ne plus voir la vie, pour oublier qu’elle était là, à chercher son mât, au bout de mon éventail, dans la vallée de l’Orb.
Un pont d’aurore. De lauriers roses plantés comme des cyprès, pour la note, qui rendra au vent marin, ses chuchotements.EMA 😆
Toi l'ineffable devenir,
Dont je bois les mots de l'autre c?t? des choses.
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