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CASE PRISON (Antoine)
Plus qu’un gros mois de préavis. Jusqu’à présent, on lui a foutu une paix royale. Il en a profité pour préparer la suite, et du point de vue emploi salarié, ça n’est pas évident, il est quasiment sans spé, à part sa formation militaire initiale, son état de journaliste freelance ne conduit pas à grand-chose, il ne s’est jamais intégré au milieu, à part S&T, qui a pu lire ses papiers? Ses offres de services tous azimuts ne recueillent que peu d’écho… Il va falloir qu’il se crée son propre job. Quoi, il n’en sait rien encore. Ce qui est sûr, c’est qu’il aura besoin de cash, alors il lance la liquidation de son placement offshore. Ça à l’air de prendre du temps, il est contraint de relancer en termes plus nets.
Sans doute sa dernière prestation: Il est sollicité pour servir de guide touristique à un client étranger du groupe Sateg. Un VIP, découvrir Paname, nigth and day. En vingt quatre heures s’il vous plaît…Claudius Murenna, hôtel Brach, dans le 16ème. Mmm, ça sent le contrat d’armement à plein nez. Il passe un coup de fil, prend rendez-vous pour le lendemain.
Il a affaire à un quinqua jovial, un peu enveloppé. On convient du programme de la journée en prenant le petit déjeuner en terrasse. En fait il s’en remet entièrement à lui. D’accord pour marcher un peu? Ok, sauf monter à la tour Eiffel: Il a le vertige… Il a écarté tous les sites où il faut faire la queue au profit d’un circuit mêlant classique et pittoresque et retenu une table au Moulin Rouge pour clôturer la journée.
Un taxi, c’est parti pour la promenade: Trocadéro, Champ de Mars, Tour Eiffel, Champs Élysée et final au Quai d’Orsay. Ils embarquent sur une vedette qui remonte la Seine et les emmène jusqu’à L’Île de la Cité. Monsieur Claudius est aux anges. Antoine commente, wonderfull, on speake only english. On débarque, on admire Notre Dame et promenade dans L’Île pour atterrir dans un petit bistrot sympa et haut en couleurs pour casser une graine. Le touriste apprécie ce choix. Une échappée pédestre sur les quais bordés de bouquinistes et un tour par Le Marais. Une mousse au comptoir en attendant le taxi et c’est reparti: Les Buttes Chaumont, le Canal Saint Martin, Saint Ouen et les Puces pour finir Montmartre et le Sacré Cœur. Claudius se fait caricaturer, il se marre au résultat. On fait un break, retour à l’hôtel pour souffler et changer de tenue. Antoine reprend son client pour une soirée au Moulin Rouge. Revue et champagne: l’apothéose pour l’«invité» qui ne tarit pas de témoignages enthousiastes sur cette journée. En fin de spectacle, il raccompagne le sieur Murenna passablement éméché en taxi à son hôtel, le borde dans son plumard king size en le déchaussant. Ouf! Qu’est-ce qu’il faut pas faire… Il récupère sa 4L au parking pour rentrer à Vélizy; il ne passe pas loin de la rue où il avait son galetas lors de ses brefs débuts aux Arts et Métiers, se gare et décide de marcher un peu, histoire de décanter.
Face à l’immeuble toujours aussi crade, perdu dans ses pensées, il se laisse aller à ses souvenirs. Oui, c’était le bon temps, il bâtissait son avenir et il était aimé. Pourquoi Papa, pourquoi… Bien loin tout ça, une autre vie. Alors qu’il rejoint sa voiture, il perçoit les échos d’un pugilat, il se retourne, et là, tout va très vite. Un quidam est agressé par trois loubards, il en prend plein la gueule pour pas un rond, enfin si, à part ce qu’il a sur lui, il semblerait qu’on veuille ses clefs de voiture. Il se défend comme il peut. Dans un réflexe incontrôlé, il se porte à la rescousse en hurlant «Eh là! oh!». Ce qui lui vaut un bras d’honneur, avant d’être au contact. Il en donne et il en reçoit, savate, atemis, gnons. Soudain un éclair d’acier, le gars se fait proprement cisailler sa ceinture et arracher son veston. Je l’ai, on se tire, glapit un des assaillants. Ils sautent dans une BMW garée à proximité et démarrent sur les chapeaux de roue.
Antoine, à moitié sonné, essaye d’aider l’autre à se relever. Sans succès, Le gars est tout mou et se plaint dans un souffle. Les bras poisseux de sang, il comprend qu’il a une boutonnière au flanc. Ça pisse dru. Vite , son cache col pour faire une compression. Il beugle: à l’aide, a l’aide tant qu’il peut. Des secondes qui semblent des heures avant qu’une fenêtre s’ouvre sur un mec furax: C’est pas fini ce bordel? Des minutes qui semblent une éternité avant d’entendre le pin-pon de police secours, suivi des pompiers. Il explique le sang, on prend le relais de son bras ankylosé et on l’embarque manu militari avec la victime, malgré son refus, direction les urgences au CHU Necker. Le blessé, harnaché, perfusé, est pris en charge immédiatement et sa civière, cornaquée par des internes, se perd dans les couloirs. Lui-même fait l’objet de soins, on compresse son coquard, ses bosses, nettoie ses ecchymoses et on panse l’estafilade qui strie sa cuisse. Tiens, à chaud il n’avait rien senti. Il est ensuite interviewé par les policiers. Ses fafs, sa vie, son œuvre, qu’est-ce qu’il faisait là. Il dit la BMW. Non il ne connaît pas la victime. Il a affaire à des suspicieux. Au lieu de le laisser partir, suspecté d’être un des agresseurs, il se retrouve en garde à vue au commissariat de 15ème. En tôle! Le pompon! Il a du mal à garder le sens de l’humour: si l’inconnu passe l’arme à gauche, il va se trouver dans de sales draps!Aïe, aïe aïe … Quel pétrin!
A suivreParceval
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