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Christiane, le 05-10-2010 08:16.
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3 octobre 2010 à 16h55 #2791162
C’est très touchant … cet écrit dont la disparition reste un mystére !
Merci d’avoir partagé ce secret. J’ai apprécié cette lecture.
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5 octobre 2010 à 8h16 #2612653
J’ai toujours rêvé d’être écrivain et d’obtenir, un jour, le prix Goncourt ! Petit enfant j’écrivais en cachette de mes parents sur un cahier d’écolier. Je noircissais les feuilles quadrillées d’une encre bleue. Je devais avoir quatorze ans et déjà un lourd passé d’émotions, de haines, de peur que je voulais sortir du plus profond de moi pour les poser définitivement à la face d’un monde qui m’était cruel.
Mais les mots qui décrivent la douleur n’existaient pas à l’époque de mon enfance, pas plus aujourd’hui d’ailleurs et puis les grands que l’on appelle adultes n’auraient pas compris. Ma mère aurait fondu en larmes, mon père se serait renfermé encore plus dans son mutisme, grand-père aurait passé un bras autour de mes épaules et se serait écrié : ces curés il faut les jeter dans la Loire !
Je n’ai rien dit. Je ne voulais pas que ma mère pleure, que mon père s’enfonce dans le silence et que grand-père vitupère le clergé et commette un sacrilège. A cette époque et malgré tout, je croyais encore en dieu.
Pourtant écrire me faisait du bien comme un remède médical. Je n’étais plus le seul à savoir, désormais je partageais ce lourd secret avec mon cahier d’écolier, mon chat et mon chien.
J’écrivais dans le grenier de grand-père. J’étais seul. Le chat venait sur mes genoux. Notre chien, Moulouque, avait compris ma détresse lui aussi. Quand ils me voyaient pleuré, le chat et le chien, se blottissaient sur moi comme pour me protéger et sécher les larmes de mes yeux. Après la Communale, je montais au grenier avec mon cartable. Ma mère croyait que j’étais assidu aux leçons de l’école et que je fuyais la présence de mes sœurs et cousines. L’école et ses instits je m’en foutais royalement. Non je grimpais au grenier, devenu mon lieu personnel pour écrire. Après chaque séance d’écriture, je rangeais mon cahier dans le tiroir d’une vieille commode Louis quelque chose !
Un jour mon cahier à disparu. Qui savait ? Je n’ai jamais su. Personne n’a parlé.
Mon secret, désormais partagé, ne m’appartenait plus. J’étais effondré. Quelqu’un connaissait en dehors de moi, de mon cahier du chat et du chien, la torture qui brûlait mon corps.Cela ne pouvait être ma mère, elle se serait effondrée, mon père peut-être, mon grand-père, non ! il aurait sorti le fusil et tiré sur le premier ensoutané qui passait. Une sœur, une cousine qui aurait cachée ou détruit mon cahier par vengeance de gosse?
Grand-père s’en est allé, peut-être engueule t-il, là haut, les bourgeois, les curés et les flics ? Le chat et le chien aussi sont morts. Mon père a suivi.
Je ne suis pas devenu écrivain. Je hais les prix comme je haïssais les images de la Communale distribué aux enfants sages, peut-être parce que j’en ai jamais eu ?
Je garde en moi la douleur qui m’a détruit et je n’ai jamais osé l’écrire. Comme grand-père, je hais les bourgeois, les flics et encore plus, mais j’ai de bonnes raisons, les curés.
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