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Sujet
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Prose: Elle parle au silence
Elle ne dort plus vraiment, ces soirs-là. Elle veille sans bruit, comme une ombre posée entre deux battements d’horloge. Il ne viendra pas, elle le sait, mais elle l’attend quand même. Ce n’est pas l’attente qui la ronge, c’est ce qu’elle y dépose — une tendresse sans abri, une fidélité sans serment. Alors elle parle… mais pas à lui. Elle parle au silence. À ce compagnon fidèle qui ne juge pas, ne s’en va pas, ne répond pas non plus.
Elle lui offre ce qu’elle n’a jamais su dire à voix haute : la douceur nue, les gestes suspendus, la fragilité d’une main tendue dans le vide. Elle l’écrit, parfois, dans le creux d’un cahier qu’il ne lira jamais. Non pas pour se délivrer, mais pour rester. Pour habiter le lien, même s’il est invisible, même s’il s’efface à chaque mot tracé.
Lui, il écrit pour fuir. Ses phrases sont des échappées, des clôtures, des mirages dressés pour ne pas tomber. Il jette les mots comme on jette l’ancre dans un ailleurs. Elle, elle écrit pour ancrer le présent, même s’il lui échappe, même s’il n’existe qu’à moitié. Deux écritures, deux solitudes. Deux routes qui se regardent sans se toucher.
Mais il y a parfois, dans la trame du temps, une fissure douce. Une soirée assez lasse pour qu’on relise ce qu’on croyait perdu. Un regret assez tendre pour réveiller une promesse oubliée. Et peut-être, ce soir-là, sans bruit, sans mot, ils entendront enfin ce qu’ils s’étaient dit sans se le dire.
Charef Berkani

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