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Sujet
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Errements (1975)
Nelly est chez elle depuis six mois. Les combles ont été aménagées pour constituer un appartement mansardé d’environ quarante mètres carrés organisés en séjour-cuisine américaine, grande chambre et bloc salle de bains-sanitaire. Isolation et plafond de lambris, éclairage par deux vélux et fenestrons recyclés en fenêtre basses. Entrée indépendante servie par un escalier extérieur.
Au prix d’un prêt court terme négocié au mieux avec sa banque. C’est Byzance!
Ça devrait mais elle ne va pas bien. Sa vie sentimentale est en berne et pas que. Ce n’est pas l’ambiance qui prévaut qui pourra la sortir de sa morosité. Dans les années soixante et dix, la mouvance hippie s’essouffle; seules quelques communautés subsistent, animées par des gourous bien servis par des harems peace and love, qui tirent parti de cette utopie jusqu’à plus soif. Elles se morcellent peu à peu en élevages de biquettes ou culture bio dans les collines. On fume de l’herbe, on fait du fromage et de l’artisanat de pacotille. Par contre, les effets de la libération sexuelle sont bien présents pour une large tranche d’age de la population. La gent féminine ne voit pas toujours que sous couvert d’une émancipation au départ légitime, elle est réduite au rang d’objet sexuel. C’est le machisme triomphant. Les affaires dont elle s’occupe ont de plus en plus rapport avec les abus qui en résultent.Elle ne peut plus envisager de relation sans tomber sur de mecs qui trouvent normal de sauter les hors d’œuvre pour aller direct au plat de résistance et au dessert pervers, quand ce ne sont pas des invitations à participer a des soirées plurielles. Ses nets refus lui valent souvent d’être moquée ou carrément insultée: Elle n’est pas dans le coup! En réaction elle s’implique davantage dans l’exercice de ses fonctions. Trop: Empathie raisonnée, à d’autres! Elle se fait littéralement bouffer par les problèmes qui lui sont soumis… Des idées noires commencent à lui polluer le moral.
Sa copine Amandine sent bien le malaise, mais le week-end, elle monte souvent à Lyon voir ses neveux. Finalement c’est Derek, lui rendant visite un samedi matin, qui la trouve en larmes et prend la mesure de sa détresse. Il faut agir: Elle déprime grave. Il arrive à la convaincre de consulter. Il a un compagnon plus âgé avec qui il entretient une relation quasi filiale. Oui, il connaît bien un prof médecin-psychologue de renom à Marseille, et obtient un rendez-vous dans un délai très bref.
Elle est reçue très aimablement par le docteur Duplat qui la met en confiance et reçoit la confession de ses doutes, problèmes professionnels et personnels. Ses recommandations sont à la hauteur de sa réputation. En substance:
? Chère madame commençons par le début: vous aimez votre métier, mais il faut changer votre pratique. Il y a des parallèles entre les professions médicales et la votre. Comment croyez-vous que nous pouvons tenir le coup face aux situations dramatiques induites par la maladie? Il n’y a que deux façons: soit nous considérons le patient comme une entité qui dysfonctionne, et qu’il faut réparer hors de toute empathie avec le sujet. Oui, oui, ça existe. Ou alors soigner avec humanité selon votre devise. On en voit les limites. Comment passer outre? Par la méthode dite des tiroirs: J’en ai ouvert un en vous recevant, je le refermerai dés que nous en aurons terminé; je ne le rouvrirai que lorsque nous nous reverrons. Et ainsi de suite pour chacun de mes patients. Vous allez bien réfléchir à cela. Mon conseil: Dans l’immédiat, faites un break, un mois minimum. Je répugne à vous prescrire des anxiolytiques pour l’instant. Allez vous faire voir ailleurs, ailleurs sous tous les rapports. Allez vous faire voir chez les Grecs. Vous riez, c’est bon signe. Je vous revois dans un mois. Nous compléterons cet entretien.Pour les Grecs, elle le prendra au mot. Elle n’aura d’ailleurs pas le choix: Elle est quasiment mise dans l’avion par Derek, Amandine et ses parents. Destination finale: Corfou. Un petit hameau de maisons blanches, un petit port de pêche pas loin d’Ypsos. Elle loge chez l’habitant, des gens accueillants avec lesquels elle communique dans un charabia d’anglais. Une vie simple de gens simples accordée au rythme de la nature et de la mer. Elle y adhérera, et, petit à petit, se purgera de ses angoisses et questions existentielles. Et s’accordera un bon point. Bonne thérapie.
Parceval
Il est bien, ce Duplat . A suivre, bientôt. Et que devient Tony?
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