Oasis des Artistes

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

Evocations (repost)

  • Ce sujet contient 7 réponses, 6 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Anne, le 16-04-2024 18:28.
  • Créateur
    Sujet
  • #2710795
    Anne
      • Sujet: 344
      • Réponses: 1740

      plumedoiseau
      Envoyé le : 20/4/2013 13:29
      Plume de platine

      Inscrit le: 10/4/2013
      De: Province de Liège
      Envois: 2603
      En ligne
      Evocations
      EVOCATIONS

      Elle porte, sans le vouloir, des cheveux comme ceux des filandières de jadis, des cheveux à chignon guimpé. Un rai de lune exorcise, où qu’elle se tienne, la pâleur du visage. Quant à l’oreille, elle dessine un fœtus où se perdent, lointains, des fils enchevêtrés d’un cantique d’autrefois, ou d’un lai de tendresse. Mon regard s’arrête, s’étonne d’un air d’ailleurs et de présent indicible aux curieux. Le mouvement qui l’anime, dont elle vit, s’étoffe d’un climat de grâce et de contemplation, sans que jamais le jet ardent du sang, sous la chair, ne s’épuise. Comment saisir ce tableau, qu’un diapason de paix habite sans heurt ? Rien ne reste, hormis ce troublant appel balancé par un geste peut-être. Et des couleurs de songes, d’étoiles, fleurissent, irisent les cheveux de ma vie serpentine. Un peigne d’or les coiffe.

      Je l’ai rencontrée, non loin d’un mas aux volets de mélèze, arboré d’un micocoulier. Ma mémoire me la rend, me l’esquisse, comme l’ombre d’une forme que le souvenir manifeste en reconnaissance. D’où la connaissais-je ? D’un secret passé ignoré, d’une vie dont les cathédrales, comme un jaillissement d’opium, font exalter les blés en gerbes recueillies ? La source a charrié, pour que rien de finisse sans errer, des nuits d’oublis dont les lettres et les sons, décalqués d’âge en âge, tricotent, pour se peindre, des bouts d’histoires d’eaux. J’y glane une rime, j’y vole quelque treille complice, une rame, où des ailes d’oiseau de feu sont arrimées… Des embruns de mer cendre, par touches d’opaline, glissent doucement, frôlent, pour mieux se fondre, les pastels de mes voiles… Dans mon sommeil de pérégrine millénaire, un profil de prêtresse officie. Je nage vers l’autel de l’oracle. Un doute me traverse et le destin avorte, oublieux de ses Muses. Incertaine des brumes, tour à tour guide ou pèlerin des marées, je vais où l’on n’ose. Le fossé des douves, empoissé de gargouilles démones, me tourmente. Qui est resté aux oubliettes d’antan ? Un homme. Sans cercueil ? Sans pierre ? Latente, ma hantise d’un lien me le donne. J’écoute la voix de l’eau, la voix qui dort à l’heure où s’éveillent d’inconnaissables ténèbres. Pourtant muet des clameurs de fin des choses, son souffle m’avertit. J’entends l’écho d’une rixe meurtrière, l’écho d’une plume qui gratte, épie, puis fige le grimoire. L’attente d’un instant, quand le silence, gourd des froideurs des hivers, se grave si souvent, se fait festin sous l’égide des vents que je chausse dans les matins d’hier. Car j’emporte, châtrée de ma terre, un doux manteau de deuil, de larmes, de souvenances. Où partir labourer les prémices d’un Etre estropié de son sperme, de qui les ossements vivifient, sans qu’ils ne l’aient cru, les sols de nos vies ?

      Sur le chemin de ciel arrosé de mes pleurs de sel, je cueille, pour éclore, une âme de moniale. Le lieu où je descends dans le silence m’absorbe, native au monde invisible des Mages. Dans le jardin de mai, la fleur chuchote, ordonne les mots de pain perdus dans le brouillard des Ombres. Alors que je crois m’enliser, je danse, dans ma robe aux teintes de lumière, la séguedille ourlée des cadences des corps. Alors que je m’enclave, je germe des sarments. D’alcôve en mansarde, je promène un ventre à enfanter. Ephémère gestation, impalpables odeurs… La roue des résurgences et des aurores tourne toujours et ressème au passage les oublis oubliés dans nos champs de cimetières.

      Tandis que je me meurs, je nais…

      … Rien n’existe vraiment, sinon l’eau, le feu, la terre et l’air, permanents dans nos siècles. Et mon image chante ou rêve depuis des lustres. Quels sortilèges de fils se trament dans le temps ? Je reviens, apaisée, aux reflets indéchiffrables d’un portrait de femme. Une femme en gerbe dont je m’habille, dont je me crée. Alors, dans le verger, de sa silhouette oscillante, de sa chevelure de soie qui se dénoue pour qu’ondulent et qu’embrasent nos vagues, nos désirs, nos regrets ou nos cris trop fragiles, un parfum de miel s’exhale…

      Anne De May

      Octobre 1991

      http://poesieetsculpture.jimdo.com/

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      La po?sie c'est une lettre d'amour adress?e au monde.
      Charlie Chaplin

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    • Auteur
      Réponses
      • #3507077
        Modérateur
        sion yohann
          • Sujet: 1422
          • Réponses: 21170

          Bonsoir Anne , nous découvrons chaque jour une nouvelle vie je crois. Sommes nous témoins inconsciemment d’un autre nous dans un autre temps en rêve ou d’une autre façon , une vision ? Un message ?
          Ton poème me fait beaucoup réfléchir et tant mieux
          J’aime beaucoup
          Mes amitiés
          Yohann

          la nostalgie est un bouquet de fleurs enfoui au fond de votre coeur ,
          qui vous embaume quand remontent les souvenirs du bonheur ,
          yohann
        • #3507092
          Sybilla
          Maître des clés
            • Sujet: 5464
            • Réponses: 79667

            Bonjour ma Chère Amie poétesse Anne,

            J’ai lu et relu plusieurs fois ton texte avant de me lancer dans mon commentaire mûrement réfléchi…

            J’ai ressenti énormément d’émotions en te lisant.

            D’une part, ce retour dans le passé comme si quelque part, il resurgissait en toi des siècles après cette histoire.
            En quelque sorte, une transmutation des énergies ou le karma de ce passé qui s’est réincarné en ton âme, ton esprit, ton corps et ton coeur.
            Une réincarnation comme celle des bouddhistes du Dalaï-lama…. entre autres…

            Mais là, dans l’histoire que tu as narrée avec tant de passion et de fougue, j’ai ressenti cette flamme du passé qui s’est incarnée en toi, ton entité entièrement subjuguée par le feu et l’amour de cet homme.

            J’avoue que c’est assez troublant…

            Les âmes se côtoient et communiquent en traversant la temporalité.

            Sans doute le fruit d’une prise de conscience de ta propre identité à travers ce vécu dans l’infinitude du temps…

            C’est extrêmement intéressant !

            Je te remercie pour ton texte qui m’a fort émue, je te l’avoue humblement !

            Magnifique partage émotionnel !

            Belle journée Chère Amie poétesse Anne !
            Toutes mes amitiés
            Gros bisous
            Sybilla

            Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
          • #3507271
            Fran?ois
              • Sujet: 300
              • Réponses: 49951

              Bonsoir plumedoiseau, de belles et touchantes pensées que la plume évoque

              Amitiés

              La po?sie, c'est comme la cuisine, le mot faitout

              00063312-1

            • #3507324
              Lyria
                • Sujet: 80
                • Réponses: 6608

                plumedoiseau,
                Un magnifique poème en prose aux connotations ésotériques et aux nombreuses métaphores entourées de mystère qui créént une atmosphère de rêve et nous amènent dans un autre temps à la rencontre d’une femme qui est supposée être votre reflet et qui joue un rôle important dans la construction de votre moi actuel car comme vous le dites vous même il s’agit d’une « femme en gerbe dont je m’habille, dont je me créé » La vie en votre être et en celui de tout humain n’a jamais cessée de se manifester car par -delà les siècles  » la roue des résurgences et des aurores tourne toujours… »C’est ce qui vous fait dire: »Tandis que je me meurs, je nais… »La réminiscence de cette femme vous donne un sentiment d’apaisement car elle vous relie à cette part d’éternité qui est en vous et c’est pourquoi « un parfum de miel s’exhale… » de »sa silhouette oscillante, de sa chevelure de soie… »
                Amitiés poétiques

                Mes recueils de po?sies et de nouvelles publi?s aux ?ditions Amalth?e.

              • #3507537
                Anne
                  • Sujet: 344
                  • Réponses: 1740

                  Un immense Merci à ceux passés me lire ou me commenter pour ce texte écrit en 1991, et pour lequel je me suis relevée la nuit pour le continuer! Il était basé sur une contrainte, qui ne s’aperçoit pas à la lecture, mais cela m’a surprise et passionnée. Je ne savais où j’allais, c’est le cas de le dire! J’ai été très touchée par vos impressions, et vos retours, Sphyria, Yoledelatole4, Sybilla, Franie, Emmanuelle, Evilfranck et Lyria.

                  Il était repris dans les proses et va bientôt y retourner. Il a été beaucoup lu… et je pense qu’il peut dérouter justement par un certain irréel qui s’en dégage….

                  Je vous souhaite un tout bon we ensoleillé en ce printemps qui nous arrive enfin….

                  Et je vous embrasse très cordialement

                  Plumedoiseau

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                • #3507548
                  Mascotte d'Oasis
                  TIZI MOHAMED
                    • Sujet: 1702
                    • Réponses: 25075
                  • #3507923
                    Anne
                      • Sujet: 344
                      • Réponses: 1740

                      Merci Zaghbenife pour ta lecture et ton commentaire sur ce texte un peu particulier, mais qui évoque pour moi une reliance à l’inconnu de nous par diverses impressions que la vie nous propose….est-ce souvenir??? en tout cas résonance….

                      Cordialement et belle soirée

                      Plumedoiseau

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