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HIATUS VINS 17

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 02-05-2025 19:10.
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    Parceval
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      VINS 17

      ESPOIRS

      Pensif, le prof, il est loin d’être aussi optimiste qu’il l’a montré. Pas d’état d’âme sur son diagnostic, ni sur la démarche engagée. Ce garçon n’est pas fou, il est simplement amnésique. Une forme sévère et inédite, mais rien qui requiert son maintien en milieu hospitalier fermé au terme de la démarche de reconstruction. Si elle s’avère positive. Tout en pianotant sur son PC ses conclusions et ses instructions à destination de l’équipe soignante, il passe en revue les conditions dans lesquelles Lucas pourra être rendu à la vie civile. Du meilleur au pire : Sa requête auprès des administrations aboutit à l’obtention d’une identité légale pour « Lucas » et il aura de bonnes chances de se refaire une vie. Pas évident dans ces temps troublés et des fonctionnaires devenus très suspicieux. Dans le cas contraire, il ne pourra honnêtement arguer de raisons médicales pour le garder ici et le gars sera étiqueté « Sans papiers » et il y a de fortes chances pour qu’il se retrouve dans un centre de rétention. Ça sera nettement plus difficile de s’en sortir…
      Quant à ce qui lui est arrivé, il ne peut s’empêcher d’y penser car il a quelques heures de vol dans le métier, qu’il se pourrait bien que  « Lucas » soit un cobaye victime d’expériences engagées dans certains labos discrets, dont l’existence n’est pas prouvée. Juste possible, mais chut…. Secret d’État.

      La chambre est plongée dans une obscurité relative. La croisée ouverte renvoie l’image d’une nuit étoilée. Un trait blanc sous la porte souligne l’accès au couloir, toujours éclairé, même à minima. Pas un souffle de vent. Il fait une chaleur lourde, comme souvent en Août. Lucas repose sur les draps, les yeux grands ouverts. Détendu et assez satisfait du résultat de la consultation. Il envisage la suite avec un optimisme prudent, conscient des changements qui s’opèrent en lui et qui vont s’affirmant. D’abord la perception intuitive des autres, qui fait que chacun devient prévisible. Bien utile pour naviguer dans le milieu et nouer des relations amicales, susciter la sympathie, naturellement, sans calcul, du moins consciemment.
      Ensuite, il y a l’autre, émanation extérieure de lui-même, avatar spectateur de sa vie et critique de ses actes, qui lui permet de prendre de la distance avec ce qui est arrivé et calme ses angoisses métaphysiques. Qui lui prodigue des conseils, quelquefois ironique, avec humour et dérision. Son gourou à lui. Ils ont de longues conversations. Maintenant, par exemple…
      C’est quelqu’un de bien, ce professeur Dussarte, très humain. Certainement compétent, puisqu’il a conclu qu’il n’est pas foldingue. Il lui a dit plein de choses intéressantes. Beaucoup appris aussi. Il s’est senti écouté, soutenu, et adhère à cent pour cent à sa feuille de route. Il ne pouvait espérer plus conforme à ses vœux. Dommage pour le reste du diagnostic, car il se fourre le doigt dans l’œil, jusqu’au coude. Mais il a des excuses, les voyages temporels n’était pas abordés dans sa formation…
      Amnésique, mon œil. Il est sans hésitation convaincu d’être celui qu’il a dit être, et qu’il affirmera prudemment de plus en plus mollement jusqu’à l’occulter à terme. Ses souvenirs précis et clairs, qui vont de sa petite enfance avec ses parents jusqu’à son couple avec Annette, toutes ses anecdotes, ces moments intimes qui refont surface, ses amis, ses camarades, les noms, les lieux. Non, il ne peut pas les avoir fabriqués ou reçus avec ce niveau de détail et les émotions qui vont avec. Il est Lucas Kervelec. Qu’il l’admette ou non, il s’est trouvé projeté de 1966 à 2008. Comment ? Pourquoi ? Il n’en sait rien, mais c’est comme ça.
      Alors, il sait pertinemment qu’il ne pourra pas revenir en arrière, et puisqu’il est vivant, autant commencer une nouvelle existence et s’intégrer dans ce présent. Cadeau, on lui en donne les moyens, à lui d’en profiter. Un seul élément un peu déstabilisant, cet autre vieux Lucas qui existerait. On verra tout cela plus tard, chaque chose en son temps. Priorité à la mise à niveau.
      Et si malgré tout, il rêvait ? La belle affaire. Au réveil, sa vie d’avant reprendra son cours et s’il en garde mémoire, il aura de quoi écrire une nouvelle de SF. De lecteur, il deviendra auteur.

      Un rire silencieux. Qu’est-ce qu’il fait chaud. Il s’étire, se lève et va chercher un peu d’air à la fenêtre. Peine perdue. Reste la douche. Alors qu’il se décide, on toque discrètement et dans la foulée la porte s’ouvre sur la silhouette de l’infirmière de nuit, les bras chargés de bouteilles d’eau minérale et de gobelets, la sympathique Odette. A contre-jour l’effet est saisissant. Sur qu’elle n’a rien sous sa blouse… Elle chuchote :
      ― Monsieur Lucas, vous avez de quoi boire ?… Oh !
      Saisissant en effet, il se rend compte de sa propre nudité et plonge sous son drap, confus. Il entend la porte se refermer et avant d’avoir dit ouf, se retrouve chapeauté et a l’œuvre sur une partenaire aussi morte de faim que lui. Oh, pardon Annette ! Bref, mais intense. Juste leurs souffles mêlés. La fin de l’abstinence. Il a le sentiment de revivre. Une bise amicale et un seul mot : Chut ! Un doigt sur la bouche. Et elle est partie. Magie d’une nuit de canicule. Maintenant, il peut aller sous la douche. Brave Odette, à l’écoute de l’humanité souffrante. Il sait qu’elle reviendra de temps en temps. Il interprète cet intermède comme un signe du destin. En route pour une vie nouvelle ! Et il a un appétit d’ogre.

      La semaine qui suit, tout s’organise avec le concours de l’équipe soignante, les psys, le personnel infirmier et l’intendance. On lui donne l’accès aux moyens audio-visuels et en plus il hérite d’un téléviseur dans sa chambre. Il va pouvoir se mettre au courant de l’actualité, celle du moment, et celle des quatre décennies précédentes. Divers ouvrages lui seront prêtés par la bibliothèque municipale. La presse et les revues. Sa curiosité devra quand même rester raisonnable : il ne peut trop se disperser et les journées n’ont que vingt-quatre heures…. D’ailleurs il sera encadré et suivi par l’interne de service comme auparavant. Une chose après l’autre, et les espèces de télés avec un clavier qui excitent tant sa curiosité attendront un peu. Rome ne s’est pas faite en un jour, n’est-ce pas ? Il se sent comme une grosse éponge avide. Attention à l’indigestion ! Laissons-le se mettre au parfum de la vie ici et maintenant.

      A suivre

      Parceval

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        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
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          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Il va aller de découvertes en découvertes !

          Ton superbe récit me fait penser un peu à un livre que j’avais adoré ! :

          « La machine à explorer le temps » de H.G Wells »

          Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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