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HIATUS- VINS 2

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 03-04-2025 23:46.
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    Sujet
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    Parceval
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      • Réponses: 1943

      2 – UNE ÉTAPE PITTORESQUE

      Deux tables de fer pliantes et chaises assorties devant l’enseigne du Bar des Amis. La salle est basse de plafond. Un zinc tout en longueur avec la boite à cacahuètes et le percolateur. De quoi jouer au 421, sur fond de bouteilles alignées. Une fraîcheur bienvenue. A peine un relent de tabac. Il salue et s’installe près de la porte-fenêtre qui donne sur un jardinet fleuri. Une tablée de vieux mécréants qui tapent le carton lorgnent l’ « estranger » avec curiosité. Le Patron laisse sa femme s’enquérir de la soif du nouveau venu. Quelques paroles aimables, le temps qu’il fait, oui, un Cinzano, merci, et la salle s’emplit d’un coup d’une foule bruyante et animée, à majorité masculine : la sortie de la messe.
      Marginalisé dans son coin, il le serait encore sans la curiosité de ces gens : « C’est à vous la bagnole rouge ? ». Un sésame qui lui permet de s’intégrer, pastis obligé. Ces gens qui s’apostrophent par leur prénom : Juju, Zé, Titin, Fernand, Pascal, Sandre…. On ne consomme pas d’Orangina. Le service assure. Et de quoi parle-t-on, en cette mi-septembre à part de la voiture ? Eh bien, de la prochaine battue au sanglier, des vendanges qui débutent mercredi sur le canton, de ceux qui bossent à la mine. Le tournoi de pétanque et des potins du village. La politique, l’actualité aussi. Le Petit Varois est largement commenté : la guerre d’Indochine, l’Algérie et Orléansville détruite par le tremblement de terre. Mendès-France. Les faits divers. Il y en a même un qui a vu des martiens à Trans! Grosse rigolade. Il est bientôt une heure et la salle enfumée pue le tabac. Une gamine d’une douzaine d’années entre et appelle : « Titin, Emilienne te fait dire que si tu rentres pas, elle donne la daube au chien ! ». C’est comme un signal. L’heure du casse-croûte. Il ne reste bientôt plus grand-monde.
      Tiens, le curé qui débarque, se commande un pastaga pour faire passer le vin de messe et vient s’asseoir à sa table. « Vous permettez ? » Il permet. Sympa l’abbé. Curieux, plus que les autres. Les plaques rouges, Afrique ou Asie ? On cause. A l’heure qu’il est, il commence à s’inquiéter où manger. Il demande au patron : « Vous pouvez me faire un sandwich ?» La soutane intervient: « Albert, Josiane aura bien quelque chose à proposer à Monsieur ? Quand y en a pour un… » Il explique qu’il déjeune ici en invité tous les dimanches. Josiane roumègue un peu mais consent. Ils se quittent à trois heures. Il a tout appris du village, (sa vie, son œuvre), et abondamment donné de l’anecdote tropicale. Aux petits oignons, le repas. Mais le Père Comtal insiste pour qu’il passe au presbytère ce soir après les vêpres. Passionné par l’Afrique. Dakar, le Sénégal…. Bon, il lui doit bien ça. Tant qu’il ne cherche pas à le convertir. L’interlude devient plaisant.
      Après un dernier petit noir, il descend le raidillon qui mène à la rivière. Il longe le petit cimetière. Juste sous l’église : circuit court. Et les jardins potagers en terrasse. La route à traverser et le fameux pont, dit romain. Vieux, mais là, quand même ! C’est comme la légende : des promis qui, pour échapper à l’exercice du droit de cuissage d’un seigneur concupiscent, se seraient jetés du parapet et noyés et criant « Carami ! », baptisant ainsi le cours d’eau. Vu le niveau de l’onde pure, ils se seraient plutôt brisé les os. Bercé par le vent dans les feuillages et le chant de l’eau coulant de la chaussée, il se laisse aller à sommeiller sur un banc accueillant et ombragé. Il se réveille deux plombes après et va promener en suivant vers l’aval. Quelques centaines de mètres plus loin, il tombe sur une zone industrielle genre carreau de mine. Le lit de la rivière est bétonné. Tout est rouge même les repousses de peupliers. Pouah. Il traverse le Caramy par une passerelle d’acier, les rails, puis une autre passerelle sur un canal dérivé avant de rejoindre la route. Peu après, il peut remonter au bourg par le chemin du pigeonnier. A l’embranchement : un banc de pierre et un petit oratoire marial. Il va faire bientôt sept heures. Tant pis, il a promis. Il va être obligé de retourner à Brignoles de nuit pour dîner et dormir. Il rejoint l’église. Soirée philosophique mais pas triste et réflexions sur la marche du monde. Non seulement le prélat sait cuisiner mais il lui offre gîte et couvert. Sacrée soirée !
      Le lendemain tôt, il va reprendre la route, après un déjeuner frugal avec son hôte ecclésiastique. Congé chaleureux. Il se promet de repasser par là à l’occasion. On sait bien ce que valent les promesses. Tout de même, il sourit, enchanté de cette escapade : dormir au presbytère, ça n’est pas commun.
      Déjà, il a l’esprit ailleurs, rejoint sa route par Brignoles, à cause des vendanges, direction Saint Raphaël. Parce qu’a Saint Raph’, il y a la mer, la mer et Adeline. Il va lui faire la surprise…
      Dommage, dommage, il serait resté un jour de plus, il aurait pu témoigner d’événements qui allaient mettre en émoi ce paisible village.
      Exit, le Voyageur. Il n’a fait que passer, mais nous maintenant, nous connaissons bien les lieux…

      A suivre (Si vous le voulez bien…)

      Parceval

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      • #3561171
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Que de rebondissements !

          Heureusement, la route a été retrouvée !

          Merci pour ton récit en attendant la suite !

          Belle nuit Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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