- Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
Sybilla, le 10-05-2025 01:49.
-
AuteurMessages
-
-
10 mai 2025 à 1h49 #2719895
HIATUS VINS 20
UN CAS POUR LE VEILLEUR
Malgré la fraîcheur de novembre et la bise aigre, Lucas déambule dans le parc, perdu dans ses pensées. Il a changé. Plus de cicatrices à la tête, ses cheveux sont coupés en brosse et il porte une barbe courte, comme le veut la mode, pour être « dans le vent ».
Il est vêtu de ce qu’on lui donne, mais n’a jamais eu à s’en plaindre. Un bonnet de laine, vieille chemise et pullover, un caban qui a connu des jours meilleurs et dont il a relevé le col ; jeans usés et godillots. Un jour prochain, il l’espère, il quittera ces lieux et subviendra à ses besoins. Pour le moment, aucune nouvelle de son futur état civil. C’est long. Quatre mois. S’il y avait un problème, on le lui dirait ?
Il a bien usé de son temps, studieux, à l’écoute du monde. Il dort peu, à peine quatre heures par nuit, sans que cela ne le fatigue.
Sa culture de technicien lui a permis de prendre toute la mesure des « progrès » intervenus depuis 1966. C’est considérable, vertigineux. Une partie des bouquins de SF dont il était lecteur est quasiment dépassée. On a marché sur la Lune, la connaissance de l’univers a progressé. L’exploration spatiale est largement entamée, ouvrant de perspectives fabuleuses. Les communications ont tellement évolué qu’il a renoncé à s’instruire sur les nouvelles technologies pour en rester au niveau des principes. Lui qui en était au stade des premiers transistors et diodes de puissance et aux tout premiers amplis opérationnels. Les hyperfréquences, la télé, l’audiovisuel, la téléphonie, impossible de tout assimiler. Oui, en rester au niveau des principes et surtout apprendre à se servir des nouveaux outils. Car apparemment, il n’y a pas de pause, c’est la fuite en avant, vers l’ère du tout numérique. Les ordinateurs, par exemple : Avant on appelait ça des calculateurs, monstres qui occupaient de grandes salles… Il en était resté aux télétypes américains ASR 33 et aux bandes perforées pour causer à ces monstres. Sans parler de la sophistication des outils domestiques.
Depuis le Grand Charles, que dire de la géopolitique, de l’évolution des mœurs et de la société. Certes rien n’est fondamentalement différent, mais tout de même : L’effondrement du bloc de l’est et l’émergence de nouvelles puissances telles que la Chine et l’Inde, Sans parler du continent sud américain en devenir… On continue à se taper sur la gueule ici et là ; c’est une constante à laquelle il faut maintenant ajouter les menées terroristes.
Tout cela, il l’a plus ou moins digéré. Pour les ordis, il baratine sa copine Odette (Oui, elle est revenue de temps en temps, et, en dehors d’épisodes aussi chauds que brefs, ils sont devenus vachement potes). Elle lui montrera avec son PC portable si elle trouve le temps. En attendant, il regarde de loin les administratifs opérer leurs postes de travail.
Du coté de l’équipe soignante, ils en sont à rechercher une structure associative qui pourrait le recevoir et le préparer à une réinsertion dans la société civile. Une transition nécessaire.
Non, il n’a rien oublié. Et il s’est fixé des objectifs : d’abord s’assurer de moyens d’existence. Retrouver ses traces. Voir le problème de cet autre Lucas. Mener la quête pour comprendre ce qui s’est passé et comment c’est arrivé. Et vivre. Il en a bien le droit.
Et quand il prend du recul, il est d’accord et il s’approuve.Pierre-Louis Monthalier est surpris du coup de fil de son collègue du Renseignement Intérieur. C’est assez inhabituel que l’on attire son attention par ce canal. Il attend l’arrivée du dossier initial pour juger de la suite à donner. Et ça ne tarde pas. A première vue, un excès de zèle d’un rond de cuir de l’Etat-Civil, certainement un poil xénophobe. Mais il est arrivé que ce genre de signalement permette de tomber sur quelque chose d’important. Alors on lui pardonne, en ces temps troublés et gangrenés par des menées terroristes rampantes. Et on investigue…
Monthalier, c’est le patron d’un service discret dépendant des deux ministères en charge de la sécurité du territoire : la Défense et l’Intérieur. Ce qui n’empêche en rien les relations transverses avec le Quai, la Recherche et l’Industrie.
S’il avait à l’illustrer, il le représenterait comme un gros entonnoir dont l’extrémité aboutit à un grand réservoir. Convergent par le haut, signalements, observations, tout ce qui a trait aux évènements, insolites, bizarres, anormaux, paranormaux, farfelus, qui sortent de l’ordinaire et du cartésien. Parmi tout cela, l’accès et les entrées du SEPRA (Service d’étude des phénomènes de rentrées atmosphériques). Oui, les OVNIS et autres apparitions du même tonneau. Quant au réservoir, poubelle et mémoire, c’est son domaine, une méga-base de données qu’il gère et étudie. Lui pourrait se représenter comme le pêcheur à la ligne, patient et obstiné, en quête de la grosse prise. La base est organisée, classée par thèmes et date, chapeautée par une batterie de statistiques. Une équipe d’informaticiens s’y emploie. Il est assisté d’une douzaine de collaborateurs, spécialistes pluridisciplinaires. Ponctuellement ouverte à d’autres experts.
Son job, on le lui a confié, après une carrière exemplaire dans le renseignement, pour ses qualités de flair et d’intuition. Un setter avec un super pedigree. Sur que, là-dedans, il y a du grain à moudre, mais quoi, la masse d’info est tellement énorme… Au-delà d’un certain seuil, même avec l’aide des ordis, l’info tue l’info. Qu’est-ce qui est important ? Il chasse, de manière aléatoire, ou sur l’avis de ses experts. Avec suffisamment de résultats pour pérenniser le service, comme l’identification de trucs pas catholiques en gestation, sur lesquels il a pu lancer les Services.
Parce qu’effectivement, si officiellement « on » reste sourd et aveugle à tout ce qui n’entre pas dans le domaine rassurant du connu, « on » reste précautionneux, dès fois que… Même à ce niveau, « on » a des angoisses métaphysiques. On ne sait jamais. Pierre Louis est en quelque sorte le Veilleur de cet univers secret.
Tout cela se cache dans cette élégante bâtisse aux allures de gentilhommière entourée d’un parc bien entretenu de la banlieue orléanaise. Bureaux, sous sols hyper-équipés et résidence hôtelière pour les permanents. Qui s’étonnerait des caméras, des paraboles dans le parc et du gros transfo EDF qui s’intègre à la clôture ? Et des personnels d’entretien et de gardiennage occupant la conciergerie qui défendent jalousement l’accès aux lieux à qui n’est pas invité ?… Certains disent dans le coin que le château appartiendrait maintenant à un émir du Golfe ou que ce serait une résidence « de la République ». On dit tant de choses….Voilà, il dispose maintenant de la plupart des éléments de l’affaire. Certains étaient déjà dans la base, mais d’autres ont nécessité de lancer des requêtes, vu que tout ça est relativement récent. Comme souvent, on est bien loin du fait générateur, à savoir la fixation de notre zélé fonctionnaire sur le risque de voir attribuer la nationalité française à un peut-être étranger pas de chez nous.
A suivre, les cogitations du Veilleur
Parceval
-
10 mai 2025 à 1h49 #3566390
Bonsoir Cher Ami poète Parceval,
Se retrouver dans sa situation ne doit pas être chose aisée…
Merci pour ce superbe récit !
Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
Toutes mes amitiés
SybillaLe r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
-
-
AuteurMessages
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.
