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Sujet
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VINS 23
LA SOLUTION ?
Rendus au Cap Brun, il l’accompagne à l’étage. Il fait vraiment froid. En entrant, elle se soulage de ses vêtements de saison, enfile des mules fourrées en proposant :
― Je nous prépare un petit en-cas ?
― Merci, pas pour moi. J’ai fait le plein à la Madrague. Mais je ne dirai pas non à une tisane de thym.
― Bonne idée, je mets ça en train. Assied-toi, j’arrive. Alors dis-moi ce qui ne pouvait être entendu dans le taxi.
― Eh bien voila. J’ai actuellement un cas d’amnésie post traumatique… Et il brosse la situation de l’ « Inconnu de Vins ». Du moins les grandes lignes et l’impasse dans laquelle il se trouve.
― Tu comprends, le fait que personne ne l’ait identifié rend problématique l’établissement d’un état civil. Ça complique les conditions de sa réinsertion. J’avais pensé qu’avec le temps quelques souvenirs lui reviendraient, et donneraient une piste. Mais rien, à moins qu’il ne le cache. Improbable.
Le sifflet de la bouilloire sonne la pause et bientôt la vapeur odorante parfume la pièce. Edmond poursuit :
― Ce jeune homme n’est pas malade, il ne mérite pas de rester enfermé ou d’être traité en paria pour une stupide question de nationalité. Et d’un coup, tout à l’heure, j’ai pensé à toi.
― Que puis-je faire pour lui, tu as des psy sur place.
A quoi a-t-il pensé ? Il explique : Elle pourrait essayer de réveiller son passé sous hypnose, avec son accord, bien sur.
― Entendons-nous bien, ce serait à titre officieux, sous couvert d’une expertise externe visant à confirmer son profil psychologique. Tu serais d’accord ? Elle sourit.
― Un Psychiatre au grand cœur, ça existe, je l’ai rencontré…C’est un peu tiré par les cheveux ton truc, mais il m’est difficile de te refuser cela. OK, quand ?
― As soon as possible. Je souhaite l’essayer avant d’être parti.
― Bon, il faut compter deux demi-journées. Une pour justement voir le profil et le convaincre, l’autre pour opérer. Je regarde mes dispos et je t’appelle.
Ils sirotent leur pot de tisane. Une bise, bonne nuit ! Il redescend chez lui. Faut-il que l’affaire Lucas le turlupine pour qu’il ait ainsi sollicité Sonia, ce qu’il n’avait jamais fait auparavant.Il est bientôt neuf heures, le moment de son rendez-vous hebdomadaire avec l’interne de service. Une discussion à bâtons rompus sur l’air du temps et le sien : comment ça va, ses états d’âme, est-ce que quelque chose lui revient ? Un suivi classique censé permettre de voir comment il évolue. Depuis que le prof leur a fait savoir qu’à priori, il n’était pas « malade », l’entretien est bon enfant et plutôt l’occasion d’échanger des nouvelles en prenant le café.
Lorsque Lucas entre au réfectoire, il a vite fait de repérer son « coach » – aujourd’hui c’est Claude – prés du distributeur de boissons et constate qu’il est en charmante compagnie.
― Bonjour, je peux me joindre à vous ?
― Ah ! Lucas salut ! Laisse-moi te présenter Madame Sonia Dussarte, une consœur. C’est elle qui va te tenir compagnie ce matin.
Elle sourit, poignée de main franche et cordiale. Cheveux châtains mi-longs coiffés à la diable, de grands yeux verts, carnation mate, des lèvres à susurrer de douces confidences, taille moyenne, bien faite, selon ses critères, c’est-à-dire féminin discret, vêtements élégants mais confortables, de saison. Des boots, sac à l’épaule et trench-coat sous le bras. La trentaine épanouie. Clic clac, merci Kodak. C’est dans la boite.
― Enchanté. Lucas, enfin, je crois… Et il l’est, positivement. Il sait d’instinct que cette rencontre est importante.
Claude lui prépare un café avant de prendre congé, les laissant se débrouiller.
― Excusez si je suis indiscret, mais ôtez-moi un doute : vous êtes la fille du professeur Dussarte ? Elle rit :
― Ah, vous avez remarqué ? Mais non, seulement sa sœur… Mon frère a insisté pour que je vous voie en tant que psychologue. J’exerce à Toulon en libéral. Il m’a parlé de vos problèmes et sollicite mon expertise. Ça ne vous gêne pas que nous en parlions tranquillement…
Comment refuser quand c’est si gentiment demandé, surtout qu’il pressent que cet entretien ira bien au delà du simple état des lieux. Effectivement ce qui était devenu une formalité expédiée en moins d’une heure va prendre toute la matinée. Et ça ne l’a pas ennuyé du tout de refaire le chemin de ces six derniers mois, de parler de tout et de rien, et aussi de son désir de sortir d’ici et de reprendre ? De revenir à une vie normale. Car elle a la manière, la jeune dame, et du métier. Pas au point de lui faire déroger à sa ligne de conduite. Un moment très agréable, qu’il termine par :
― Bien, maintenant que vous savez tout, pouvez-vous m’informer de la motivation réelle de notre entretien ?
Elle tique un peu. Oh, oh, on ne l’endort pas comme ça, ce garçon ; mais tant mieux, droit au but, entrons dans le vif du sujet.
― Comme vous le savez, cela fait quelques temps que mon frère a entamé diverses démarches visant à vous faire attribuer un état-civil, préalable à votre sortie de l’établissement. Eh bien, il y a des difficultés et nous sommes partis sur un cursus long et incertain ; sans parler des conditions de votre intégration. Edmond doit rejoindre un nouveau poste à Paris et il n’en verra pas l’aboutissement. Il n’est pas certain non plus que son successeur aura la même persévérance pour faire avancer les choses. Il est sur que si vous retrouviez des souvenirs, même des bribes, ça pourrait régler le problème.
Lucas commence à comprendre qu’il n’est pas sorti de l’auberge.
― Je suis désolé, comme je vous l’ai dit, rien, rien de rien. Et alors ? ― C’est ici que je pourrais peut-être intervenir comme l’a suggéré mon frère. Ma spécialité de psy se double de la pratique de l’hypnose. Je peux essayer d’éveiller des échos de votre passé lors d’une séance. Avec votre accord, bien sur, et dans la discrétion, sous couvert d’une consultation « normale ». Je ne veux pas vous forcer la main, et j’ai moi-même à y réfléchir. Edmond rentre demain. Je lui passerai un coup de fil. Vous voyez, nous jouons cartes sur table.
Ils ont déserté le réfectoire, car c’est l’heure du déjeuner et déambulent dans le hall d’accueil.
― A demain pour décider.. Je conçois que ce n’est pas facile pour vous.
Sa poignée de main est chaleureuse.A suivre… (Aléa jacta est…)
Parceval
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