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HIATUS-VINS 28

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 29-05-2025 01:40.
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    Parceval
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      VINS 28

      LUCAS FAIT SES TROIS JOURS

      L’amnésique, c’est lui n’est-ce pas ? Entendre et voir éventuellement ces gens lui dire comment il s’appelle, être opportuniste, jouer de sa capacité à percevoir, deviner intuitivement les autres, qui s’affirme avec le temps.
      D’où lui vient cette faculté étrange, dont il sent croître les potentialités ? Jusqu’à présent, il n’en a jamais abusé, et elle ne s’est vraiment révélée qu’en présence d’individualités manifestant une forte empathie, sympathie ou antipathie à son égard. Une manière de se protéger. Sans compter ce contact profond, cet échange par la pensée qui s’est produite avec Miss Dussarte.
      A l’autre bout de lui, son gourou personnel lui susurre à l’oreille : « Oui, mais tu étais sous hypnose. Pour le reste, chaque chose en son temps, tu trouveras bien une explication. En attendant contente-toi de te dire que tu as un don particulier qui a pu naître lors de la phase hard de ton atterrissage ici et maintenant. Et tu serais bien avisé d’en user pour essayer de te sortir de cette impasse. »

      Ce n’est qu’a la cérémonie officielle du hand-over qui se tient au pavillon administratif du centre hospitalier que le professeur Dussarte prend connaissance des derniers développements concernant « l’Inconnu de Vins ». Tout cela en portant un toast à la nouvelle patronne qui lui sert l’info sur un ton très « cocktail ».
      ― Ah, mon cher, votre petit protégé amnésique, figurez-vous que…..
      Sur le même ton, Edmond se réjouit de voir qu’une issue se dessine pour « Lucas ». Il n’aura pas le loisir de le rencontrer, pris entre deux avions.
      Pendant le vol Hyères Paris, le coté surprenant de ce rebondissement l’interpelle. Autant qu’il le sache, le signalement de Lucas avait largement été diffusé sans résultat les semaines qui avaient suivi son « apparition ». Il ne peut s’empêcher de penser que l’idée que Lucas puisse être la victime d’expériences «  border line » n’est peut être pas aussi farfelue que ça. Puis il chasse cette hypothèse plutôt moche et espère sincèrement que tout cela finira par aboutir au mieux. Car il a bien senti que Solange Garmeyer, par ailleurs excellente praticienne est avant tout une gestionnaire pour laquelle Lucas est d’abord un poids mort à faire sortir de l’hôpital. Il faudra qu’il passe un coup de fil à Sonia. « Fasten seat belt » s’affiche, et il a un agenda débordant…. En attendant de fêter la Saint Sylvestre avec de vieux amis.

      Finalement, tout le monde est content ou pour le moins satisfait de la tournure des événements :
      • Lucas qui compte bien exploiter à son profit l’audition de ces « témoins ».
      • Edmond Dussarte qui entame une nouvelle carrière avec l’esprit en paix et un certain optimisme.
      • Pierre-Louis Monthalier qui voit son dessein prendre corps. Il envisage même de produire, si nécessaire, une preuve matérielle, genre empreinte digitale, car il a tous les éléments des dossiers, le supposé Lucas Kervelec et Luc Debarjols. Un jeu d’enfant pour lui.
      La seule mécontente là-dedans c’est Sonia, après l’appel de son frère.
      Il y aura un autre invité pour le réveillon, du moins par la pensée. Du coup, pas moyen de s’éclater à cent pour cent. Il commence à lui courir, le sieur Lucas.

      L’année démarre sur les chapeaux de roues. Dés le lendemain de l’épiphanie, un agent de la brigade de recherche de Fréjus est là pour régler les modalités des auditions, avec Lucas et l’interne. Quelques explications écoutées avec une réserve craintive de bon ton, et l’adhésion de l’intéressé. On s’accorde sur le cadre – le salon d’accueil de l’établissement – et pour des interviews individuelles par demi-journée. On évitera ainsi que les « témoins » puissent s’influencer les uns les autres. Cela se passera sur un mode informel, on laissera chacun s’exprimer. L’interne et l’enquêteur se tiendront en retrait. Tout sera enregistré, image et son.
      On demande à Lucas de bien vouloir se raser : ces gens ont le souvenir d’un jeune homme imberbe… Pas d’objections soulevées, on commence après demain. Lucas perçoit le fonctionnaire parfaitement neutre. A priori, pas de piège.
      Pour deux de ses visiteurs, camarades du lycée technique, l’entretien se limitera à quelques échanges conviviaux. Mais non, décidément, ils ne peuvent affirmer qu’ils reconnaissent Luc Estrésiani en Lucas. Oui, c’est vrai, même taille et corpulence, couleur des yeux. D’autant qu’il ne peut réagir à l’évocation des copains et copines d’école, de tel ou tel prof. Le fait qu’il ne puisse rien apporter au niveau souvenirs est un lourd handicap, et il n’a rien senti ni identifié chez eux où s’accrocher. Un peu déçu. Demain peut-être ?
      Les auditions suivantes lui seront plus favorables : une déclinaison partant de l’acte de foi à quelques convictions plus raisonnées qu’il ne manquera pas d’exploiter au max.
      L’acte de foi vient d’un couple relativement âgé. Dès qu’ils sont mis en présence de Lucas, la dame prend convulsivement le bras de son mari en s’écriant :
      ― Mon Dieu, Gégé, c’est lui ; je suis sure que c’est lui ! Tu ne vois pas ? Il a juste un peu forci ! C’est un miracle, un miracle !
      L’autre opine, un peu moins exubérant, mais avec le même accent pagnolesque :
      ― Oui, oui, calme-toi. C’est à s’y tromper ! À Lucas : Tu ne nous reconnais pas ? Gérard et Mady. Tu nous appelais Tatie et Tonton. On t’a vu grandir ! On en a fait des virées en bateau ! Tes parents, quel malheur !
      Et ils se précipitent vers lui. Mady le prend dans ses bras, en larmes :
      ― Mon Luc, mon petit Luc !
      Il se dégage avec douceur, l’air gêné :
      ― Je suis désolé, madame, mais je ne vous connais pas. Je voudrais bien, mais je n’ai aucun souvenir de vous.
      ― Ah, c’est vrai que tu as perdu la mémoire. Mon pauvre garçon !
      Lucas les perçoit sincères dans leur démarche. Ils devaient avoir des liens très étroits avec les Estrésiani et ont été fortement marqués par leur disparition tragique. Par réaction, ils veulent croire à tout prix au retour du jeune homme. Une manière de compenser en quelque sorte.
      ― Mais si, mais si, tu verras, ça te reviendra… Comment as-tu été sauvé ?… Où étais-tu pendant tout ce temps ?
      Il tâche de ne pas les décevoir, en gardant une prudente réserve
      – Surtout, ne pas en faire trop – Mais en laissant transparaître une certaine émotion. Un coup d’œil interrogateur vers les deux observateurs : Ils opinent discrètement du chef et il peut laisser l’entretien se poursuivre. Noyé dans le flot d’anecdotes et de souvenirs de « Tatie », il apprendra quasiment tout de Luc et de ses parents adoptifs : Papa Serge et Maman Adeline, leurs voisins et amis. Il répondra par dénégations timides et questions étonnées. Pourra même échanger valablement dès qu’on sera sur le terrain nautique en puisant dans ses propres souvenirs.

      A suivre

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        Sybilla
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          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Ouf !
          J’ai de nouveau un peu de temps pour venir lire la suite.

          Cela avance…tout doucement… !
          Superbe récit !

          Je vais de ce pas lire l’épisode 29.

          Belle nuit Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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