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Sybilla, le 02-06-2025 00:16.
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2 juin 2025 à 0h16 #2720359
VINS 29
AUDITIONS
A la fin de l’entretien, Gégé est presque aussi convaincu que sa moitié d’avoir affaire à Luc. Lucas l’a bien senti, mais ils sont épuisants. Tant mieux qu’il ait l’air perturbé et fatigué, ça ajoute à la vraisemblance. Ces deux-là, il y a fort à parier qu’il les reverra souvent….
Ses trois autres visiteurs : Un prof d’éducation physique du Lycée technique, à la retraite. Un plaisancier dont le bateau occupait l’anneau voisin au quai, quadragénaire, et enfin un camarade de classe du lotissement voisin, avec qui il aurait été vachement pote. Tous s’accordent à lui trouver une certaine ressemblance avec le Luc qu’ils fréquentaient il y a dix-sept ans.
Avec eux, il va trouver un peu de grain à moudre.
Le prof a gardé le profil du sportif, Grand, pas un poil de gras, cheveux et barbe courte poivre et sel. Ils s’observent un court instant avant de se serrer la main en souriant
― Albert Sengard, apparemment ça ne te dis rien… Il admet : Alors, ce serait toi, mon garçon ?
En face, la réponse est muette, mais éloquente : Quien sabe ; je ne sais pas… Lucas sent son interlocuteur partagé, mais ouvert. Il va consciencieusement évoquer les anecdotes du parcours de Luc en EPS scolaire et extrascolaire, en espérant faire émerger un écho. Et le dialogue s’engage, d’abord hésitant. Lucas va s’efforcer d’y participer valablement.
Bon, il était un poil cossard en athlétisme, pas très actif dans les sports d’équipe. Excellent en natation avec le premier degré de nageur-sauveteur. Dans les arts martiaux, le judo, ça, c’était son truc. Il devait passer ceinture marron l’année de sa disparition. C’est là où Lucas va pouvoir s’exprimer, parce que lui aussi, il a pratiqué trois ans. Alors, tout de suite, ils se trouvent en terrain connu, entre « pros » !
Dans l’échange à bâtons rompus qui suit, Albert Sengard lâche :
― Ah, tu vois, au moins ça, ça t’est resté…
Et Lucas s’attribue royalement un wasa-ari.
Voyons le beau gosse plaisancier : Brice de Nice bien bronzé, un peu de bouteille et l’assurance d’un mec à qui tout parait avoir réussi. Franc du collier, sympa. Il semble le reconnaître. Approche directe, en lui serrant la main, il masque une certaine émotion en plaisantant :
― Alors les sirènes t’on jeté ?
Devant la réponse embarrassée de Lucas, il l’embarque dans une longue croisière au fil des souvenirs, destinée à coup sur à lui réveiller la mémoire.
― Et tu te rappelles ci, celle-ci, celui-là. Et quand on a fait ça….
Pour résumer, Yann, car c’est ainsi qu’il se prénomme, a eu auprès de Luc le rôle du grand frère. Et ce, d’autant plus naturellement que les Estrésiani étaient déjà sexagénaires à cette époque, dynamiques, certes, mais has been. La jeunesse est sans pitié…
C’est donc lui qui l’a initié à la voile sur le petit dériveur attaché au cabin-cruiser de ses parents à lui. Confident du garçon, il a aussi fait son éducation. C’était un sacré tombeur. Il collectionnait les succès féminins. Il a contribué largement à ce que Luc oublie d’être timide avec les filles s’intègre dans le cercle des boums un peu chaudes des années 90. Bref, sous sa houlette amicale, Luc a appris à danser et l’usage précoce des bonnets de nuit.
Face à ce déluge d’anecdotes, la participation de Lucas a été très pragmatique. En substance, sans jamais tomber dans le : Ah oui, je me souviens, il s’est inséré dans un dialogue complice, sortant des lieux communs en puisant dans ses propres souvenirs, mais toujours sur le mode impersonnel.
Pas franchement de quoi nourrir une conviction : Sur ce coup-là, Lucas ne s’accorde pas plus qu’un yuko.
Le voisin bon copain, enfin, celui de Luc, prend le temps de la réflexion avant d’entamer l’approche, puis se détend et prend Lucas aux épaules.
― Je veux bien être pendu : si ce n’est pas toi, c’est vachement bien imité. Tu ne reconnais pas ton vieux pote Pascal ? Ah, j’oublie que c’est rideau pour toi. Quelle merde ! Sortant la photo de classe du lycée : regarde, j’ai plus changé que toi en dix-sept ans …
Et c’est parti dans la ronde des souvenirs. Ils se fréquentaient bien au-delà des activités scolaires, toujours fourrés l’un chez l’autre. Les quatre cent coups, bien sur. Connus dans le quartier pour leurs exploits motorisés destinés à épater les filles. Amateurs passionnés de BD et bouquins de SF, qu’ils s’échangeaient et commentaient à l’ envi… Lucas sent qu’il y a peut-être là une ouverture et se lance :
― Et on lisait quoi en SF, Fleuve Noir, Le Rayon Fantastique ?
― Un peu, mon neveu ! Les conneries de l’époque, Guieu, Bessières, Randa et les autres. Mais le must, c’est quand tu as dégotté un stock du Rayon Fantastique chez ce bouquiniste de Toulon.
Lucas risque :
― Ah oui, la librairie Chevalier Paul ? Une affaire, l’édition avait disparu depuis belle lurette…
Bingo ! L’autre ouvre de grands yeux. Il pousse son avantage, jouant à quitte ou double :
― Il y en a un qui m’a vraiment fait planer, tu te rappelles « Ceux de nulle part » de Francis Carsac. D’ailleurs tous les autres étaient extra : « Ce monde est nôtre », « La vermine du lion », « Pour patrie l’espace » ; et Asimov, et Van Vogt ; et les autres. Un vrai trésor, ce lot !
Et on bascule vite fait dans l’univers de spécialistes fanatiques du genre. Comment Lucas a-t-il deviné qu’il partageait cette passion, pour la SF et pour cet auteur en particulier ? C’est venu d’instinct, comme une évidence. Comme si Pascal le lui avait soufflé. Et lui avait en stock le souvenir de ses lectures.
Lorsqu’ils redescendent sur terre, le copain de Luc avoue :
― Tu sais je suis resté friand de cette littérature, mais j’avoue que rien n’égale aujourd’hui ce qui a été publié dans la période bénie des années cinquante-soixante : On ne sort pas des scénarios catastrophe et des sagas de super héros baroques….
Lucas pense avoir engrangé sur cet échange un avantage certain : les titres cités sont devenus des raretés pour quelques-uns. Il aurait tendance à décréter l’ippon, mais pas sur que les juges soient d’accord. Toujours pareil, rien que des témoignages, de quoi convaincre, mais pas d’éléments concrets.
Et il a raison de douter, c’est ce qui ressort du débriefing de ces trois journées. Son interne préféré a beau lui assurer qu’il mettrait sa main au feu, la gendarmique engeance souhaiterait s’appuyer sur plus solide que ces interview, bien que faisant état de fortes présomptions allant dans le bon sens.Portrait de Lucas
A suivre
Parceval
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2 juin 2025 à 0h16 #3570437
Bonsoir Cher Ami poète Parceval,
Cela semble retirer une épine du pied à Lucas.
J’ai hâte de lire la suite !
Superbe récit en partage !
Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
Toutes mes amitiés
SybillaLe r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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