- Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par
Sybilla, le 02-06-2025 00:25.
-
AuteurMessages
-
-
2 juin 2025 à 0h25 #2720343
VINS 30
L’ÉVANGILE SELON SAINT LUC
Lucas n’a pas à forcer son talent pour afficher sa fatigue, ses doutes et ses incertitudes après ces trois jours d’épreuves, bien qu’ils soient d’une toute autre nature en ce qui le concerne.
Il se plaint amèrement de son impuissance à reconnaître les gens qui sont venus. A part ces quelques flashs sur le judo et les livres, (mais pas sur ceux qui en ont parlé) c’est toujours le brouillard complet que ces témoins ont essayé d’éclaircir avec leur souvenir de Luc. Surtout ce couple si touchant. Il ne sait plus où il en est….
La sollicitude de Claude est donc bienvenue. Il s’épanche largement auprès de l’interne et d’Odette, qui ne manque pas de venir le consoler et lui redonner du moral la nuit suivante (Les nouvelles vont vite…).
C’est de bonne guerre, il lui faut assurer ses arrières, car si sa planche de salut ne tient pas, on ne pourra pas lui reprocher d’avoir voulu être Luc à tout prix, bien au contraire. Il se met dans la position de celui qu’on doit convaincre qu’il est bien celui-là.
Rasséréné des dispositions prises, il peut tranquillement attendre les conclusions de l’enquête. Enfin, tranquillement, c’est beaucoup dire, car demain il a rendez-vous avec Sonia Dussarte, psychologue de son état et hypnotiseuse à ses moments perdus…Conciliabule devant la machine infernale censée distiller des breuvages comestibles. Claude et Sonia jouent à caméra café. Elle vient d’arriver.
― …Ah, finalement tu tombes bien : une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise : notre amnésique est toujours amnésique. La bonne : Après ce j’ai vu et entendu, il y a vraiment de grandes chances pour que Lucas soit effectivement Luc Estrésiani. Personnellement, j’en serais convaincu. J’espère que l’administration ne va pas compliquer les choses et valider cette identification. Paradoxalement, c’est Lucas-Luc qui m’inquiète.
Sonia vide son gobelet avec une grimace. Décidément le café est toujours aussi dégueulasse. Elle lâche :
― Et pourquoi, il devrait être soulagé, non ?
― Ben non ; il est plutôt déboussolé et d’un pessimisme, lié sans doute au fait qu’il n’a reconnu personne ; rien ne lui est revenu de ces gens, pas la moindre étincelle. Il a besoin qu’on lui remonte le moral, et qu’il admette cette nouvelle donne.
― Pour ce qui me concerne j’aurais plutôt tendance à croire que tant que ces messieurs de l’état-civil n’auront pas décrété officiellement qu’il est Luc Estrésiani, il sera entre deux eaux…
― Je te prête mon bureau jusqu’à seize heures ; ça te va ? A toi de jouer, chère consœur, car voila l’homme qui se pointe…Effectivement, il a l’humeur maussade, son patient. Le local de l’interne doit faire six mètres carrés en étant généreux. Ils sont face à face, de chaque coté du minuscule bureau.
― Eh bien, monsieur Lucas, ça n’a pas l’air d’aller bien fort aujourd’hui. Pourtant, si j’en crois les nouvelles, vous avez toutes les raisons de vous féliciter de la tournure des évènements ; c’est peut-être la fin de vos soucis qui se profile…
― Oui, oui, j’aimerais bien partager votre point de vue, mais ça m’est difficile : l’incertitude me ronge et pas seulement, d’autres questions me taraudent.
― Cool, cool, restons cool ; essayons de faire le point, vous voulez bien ? Et d’abord racontez-moi tout, car je n’ai eu qu’un résumé succinct de votre semaine…
Il la sent en attente mais reste volontairement dans le rôle ambigu qu’il a choisi. Et donc, hésite, – à quoi bon – se laisse convaincre, – il n’attendait que ça – et elle a droit au récit détaillé des auditions assorti des quelques commentaires désabusés déjà servis à Claude : Si « on » le reconnaît majoritairement, lui ne reconnaît personne et ça le met mal à l’aise. Il s’accorde un sourire intérieur : dans une autre vie, il a sûrement été jésuite. Elle opine :
― C’est normal que vous ayez des doutes, mais un peu de patience. On ne devrait pas attendre trop longtemps les suites : Soit les éléments recueillis sont jugés suffisants et je vous aiderai à endosser le costume de Luc en dépit de votre amnésie, soit on est ramené à la situation de départ et nous poursuivrons les démarches engagées par mon frère. Alors, qu’est-ce qui vous tracasse ?
― A vrai dire : l’ensemble… Et d’abord, vous ne trouvez pas bizarre, vous, que tout d’un coup, comme ça, on retrouve ma trace, alors que les recherches ont été sans doute abandonnées depuis des mois ? A part une intervention à haut niveau de votre frère, je ne vois pas quoi ou qui a pu relancer les investigations…
― Mon frère ? Allons donc, il m’en aurait parlé. Mais enfin, je lui demanderai. Vous savez, le hasard, ça existe, et des fois, il fait bien les choses…
― Admettons. Admettons même que je sois reconnu comme Monsieur Estrésiani junior. Ça ne règle rien : avec l’absence de souvenirs, même partiels, j’aurai toujours l’impression d’être un usurpateur. Et puis encore, qu’est-ce qui m’est arrivé tout ce temps ? Comment j’ai atterri à Vins ? Et les seuls souvenirs que j’ai qui concernent un Lucas qu’on m’assure que je ne suis pas. Vous voyez, je peux avoir l’esprit en repos… (Et il s’attribue le rang de Général des jésuites)
Sonia est saisie par la pertinence des propos. Certes, elle n’a jamais sous-estimé Lucas, aussi convaincue qu’Edmond que cet homme n’est pas malade, inquiète et fascinée par ce qui est arrivé le mois dernier. Qui est-il donc ? Et ça l’énerve, ça l’énerve… elle le fusille du regard :
― Et c’est tout ce que tu as à me dire ?
Un mouvement de recul, effarée : Elle a parlé à haute voix, presque crié. Ce tutoiement, en plus, il a le don de lui faire perdre les pédales. Une horreur, ce mec. Qui se penche vers elle, lui prend les mains…
― Calme-toi, petite sœur… Je voulais juste être sûr qu’on était sur la même longueur d’onde…A suivre
Parceval
-
2 juin 2025 à 0h25 #3570438
Bonsoir Cher Ami poète Parceval,
C’est toujours très flou et pour cause !
Superbe récit en partage !
Je vais devoir patienter jusqu’au 3 juin maintenant pour lire et commenter la suite… !
Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
Toutes mes amitiés
SybillaLe r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
-
-
AuteurMessages
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.
