Oasis des Artistes

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

HIATUS-VINS 34

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 09-06-2025 01:07.
  • Créateur
    Sujet
  • #2720587
    Parceval
      • Sujet: 1168
      • Réponses: 1943

      VINS 34

      REPARTIR

      Il lui faudra trois jours pour faire le tour des gens du foyer. Yvon et Félix, animateurs orienteurs se chargent de proposer une stratégie d’intégration pour chacun. Motivés et engagés dans leur job. Deux autres, Paul et Xavier assurent l’encadrement et l’intendance. Des gens certes dévoués, avec le recul et l’autorité nécessaire pour que la structure tourne rond. Un bénévole qui vient en journée faire de l’écoute. Un sacerdoce. Chacun s’épanche sur ses malheurs. Ça fait du bien de parler. Un bon auxiliaire pour Yvon et Félix. Clean, les mecs ; de bonnes ondes. Les pensionnaires : quatre qui viennent direct de la rue, une majorité de cabossés de la vie, en rupture de ban, et quelques cas « sociaux ». Difficiles à gérer, les gus. Une majorité de détresses et d’envie plus ou moins réelle de s’en sortir. Il y en a quelques-uns qui sont là pour foutre le souk : des “ victimes ” professionnelles et des petits délinquants qui jouent les caïds.
      L’important c’était d’identifier les éléments susceptibles de lui nuire. C’est chose faite et il est sur ses gardes. Ça ne tarde pas : sa carrée a été visitée et débarrassée de la petite monnaie. Puis les trois loulous détectés l’entreprennent au café sur le mode : t’as un chouette blouson et lui expliquent qu’ici c’est eux qui font la loi. Il devra jouer “ Laisse béton ” armé. Avant de prendre quelques torgnoles, ils ne comprendront pas pourquoi, brusquement, ce minus les a quasiment paralysés de trouille. Lucas, face au danger, à focalisé son agressivité sur eux, et involontairement ses petits talents ont fait le reste. Désormais, ils éviteront de l’approcher et de s’en prendre trop visiblement aux autres.
      Les vacances de pâques arrivent à point nommé pour que le prof bénévole soit entièrement disponible. Cinq après-midi d’évaluation en culture générale. Ça l’agace un peu, il a l’impression de se retrouver à l’école. Le prof le met à l’aise et lui distribue des bons points, une plaisante façon de terminer leurs séances. Il n’a pas trop perdu, ça ne fait que six ans que Lucas a quitté le cursus scolaire. Le verdict, niveau bac plus trois, avec quelques lacunes.
      Pour cerner la ou les formations techniques qu’il a pu recevoir et ses compétences, il faudra se déplacer au CFPA voisin. Il va subir une batterie de tests psychotechniques suivie d’une tournée des ateliers. Le verdict des profs techniques : Large panel de compétences, il sait se servir de ses mains. On le suppose technicien, Niveau DUT orienté électromécanique et électronique avec une bonne remise à niveau à prévoir.
      Comme il dit et prouve qu’il a des notions d’anglais, Yvon lui conseille de passer des tests de niveau à la Chambre de Commerce. Il ira et reviendra avec un certificat. Wahou !
      Les conclusions du staff ne vont pas du tout dans la direction qu’il attend : Dans son cas, on lui recommande fortement de reprendre ses études pour acquérir les diplômes correspondants. Il devrait y arriver sans trop de difficultés.
      Dans sa tête, il a vingt-cinq ans mais physiquement plus de trente, alors retourner à l’école pour trois ou cinq ans en visant le CAP ou un DUT, qui correspond à son brevet de technicien des arsenaux, très peu pour lui, et tant pis pour les diplômes. Trop long, il n’a plus le temps. Et il le dit. Ce qu’il veut, ce sont d’éventuelles formations courtes lui permettant d’accéder rapidement à l’emploi, quel que soit le niveau. La discussion est animée.
      Devant son obstination, ils ne voient que le moyen de stages, apprentissage exclus, à cause de l’âge et du cursus CAP associé. Ils ont vraiment du mal à cacher leur déception, mais ils vont travailler là-dessus. “On va voir ce qu’on peut faire.” Madame Guilbert fait carrément la gueule.

      C’est Yvon qui se charge de faire le tour de la question. La moisson qu’il présente est relativement fournie. Ce sont des stages de courte durée, trois à cinq jours, un sur la quinzaine.
      Il le laisse compulser la liasse des fiches. Pas de quoi pavoiser : Training à l’entretien d’embauche, une espèce de speed dating. Rédiger un Curriculum Vitae. Rechercher un emploi (un comble). Découverte du milieu de l’entreprise. Les métiers du commerce. La communication. Les emplois de service. Créer son entreprise. Initiation à l’économie. Les associations. L’entreprise unipersonnel. Initiation à l’informatique. Découverte d’internet. Le bénévolat…. Et autres du même tonneau.
      Et toutes ont un prix. Yvon précise : à part deux qu’on peut subventionner, les moyens de « REPARTIR » ne permettent pas plus qu’une participation minime. Lucas demande si on peut l’inscrire d’office sur les sessions “gratos” et se retire dans sa turne, avec la doc : pour le reste, il a besoin de réfléchir.
      Certes, il a son petit pécule, mais ça n’ira pas bien loin, il faut gérer au mieux. Donc le choix de trois stages : Informatique, Internet et Économie. Pour la suite, il apprendra sur le tas. Il a un handicap : le permis de conduire, et un besoin urgent, garant d’une certaine liberté, un téléphone portable.
      Il s’en ouvre le lendemain à Yvon. Pas d’aide possible pour le permis. Il peut téléphoner ou être appelé par le biais de la cabine de l’association. C’est d’ailleurs par ce canal que les Lefranck et Sonia prennent de ses nouvelles. Ils discutent un moment là-dessus. Pour le financement des sessions payantes, il lui faudra avancer l’argent de l’inscription. Yvon en remet une couche : avec son niveau, il va perdre son temps.
      En attendant les dates de réservation, il commence à tourner dans le quartier, emprunte les transports en commun, fait de menus achats. Le foyer est situé entre LaValette et La Farlède, dans une énorme zone industrielle et commerciale, cernée de barres d’immeubles qui vont jusqu’à la colline : Grand-Var.
      De Lavalette, il rejoindra à pied le quartier Beaulieu, méconnaissable. Quelques repères, dont l’hôpital de Brunet. Il ne retrouvera pas l’immeuble qui abritait son jeune couple, sans doute détruit, car remplacé par une résidence de standing. Mais la rue Alsace est toujours là, ouverte maintenant, miraculeusement intacte avec la maison de ses beaux parents, parmi d’autres vieux pavillons. Juste une véranda ajoutée. Que sont-ils devenus ?
      L’estomac noué par l’émotion, il se promet de prendre le temps de retrouver toutes les traces de sa vie passée, enquêtera sur tous ceux qu’il a connus dés qu’il aura regagné l’indépendance et les moyens, patience, patience. L’“amnésique” fait mentalement un bras d’honneur aux démons qui lui ont infligé cela. Il décide de s’en tenir là, trop long, trop compliqué sans moyens de transport.

      A suivre

      Parceval

    Vous lisez 0 fil de discussion
    • Auteur
      Réponses
      • #3571291
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Lucas a un parcours assez pénible devant lui…

          Superbe récit que j’ai aimé lire !

          J’attends la suite avec impatience !

          Belle nuit Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
      Vous lisez 0 fil de discussion
      • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.