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Sybilla, le 18-06-2025 23:55.
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18 juin 2025 à 23h55 #2720772
VINS 38
C’ÉTAIT ÉCRIT
L’été indien. On avait fini par penser qu’il ferait faux bond cette année. Mais non, il est simplement tardif, et ce dernier week-end d’octobre prend un air estival. Edmond Dussarte apprécie. Il est ‘descendu’ cette semaine pour la signature de l’acte scellant la vente d’une partie de la propriété familiale. Le lotissement de l’ensemble lui laisse un studio avec garage et l’immobilier restant revient à sa Sœur, moyennant compensation financière. Du boulot pour le notaire : graver sur pierre le nouvel état des lieux. Et c’est tout naturellement, qu’avec Sonia, ils ont décidé de fêter ça à La Madrague. Vous connaissez le petit bar-restaurant ‘Le Pescadou’ ? Mais oui, les fruits de mer et le loup grillé : voilà, vous y êtes ?
Les baies vitrées sont ouvertes sur le port, mais aujourd’hui, ils sont trois à table. Edmond a insisté pour inviter Lucas. Il a ignoré la moue de Sonia et veut juger par lui-même que son patient se tire bien d’affaire.
Ils font honneur au repas. Ambiance détendue et amicale. Lucas doit se soumettre au feu roulant des questions du prof, qui veut tout savoir de son parcours depuis janvier. Alors il raconte, la surprise de voir ces gens qui le reconnaissent, l’acceptation finalement de cette identité qu’on le reconnaît et dont il ne se souvient pas. Et l’itinéraire patient qui l’a mené jusqu’à ce jour, rempli d’anecdotes souriantes qui masquent les difficultés. Il n’oublie rien, l’aide et le soutien qu’il a reçus, tous ceux qui l’ont accompagné, et Sonia toujours présente lors des moments de doute. La place particulière des Lefranck, ses ‘parents’ de rechange. Autoentrepreneur, le pied à l’étrier. Tout baigne. Enfin presque. Il souhaiterait s’affranchir de son foyer de Fréjus-Plage et s’installer en région toulonnaise où il pense trouver un meilleur terrain pour ses activités ; mais vu le coût des loyers… Il n’occulte pas le malaise persistant qu’il ressent par rapport aux souvenirs toujours présents de cette autre vie et le fait que, malgré son environnement, rien d’autre ne revient sur son passé. Par moment, l’impression que tout le monde se trompe…. (Tartuffe, va !)
C’est le neuropsychiatre qui répond
― Ne vous mettez pas martel en tête, mon ami. Voyez-vous ce qui vous arrive n’a rien d’exceptionnel. J’ai eu à connaître des cas d’amnésie post-traumatiques restées irréversibles où le sujet est en proie aux mêmes doutes. Le rôle de l’environnement affectif, famille et amis, est l’élément central de l’apaisement progressif de cette idée.
― Merci de me rassurer, mais c’est très désagréable. C’est vrai que cela survient pendant les moments de fatigue.
― Pour le reste, Monsieur Estrésiani, ces souvenirs apocryphes, il faudrait en rechercher l’origine dans la période ‘blanche’ de votre mémoire. Nous savons tout de votre enfance, mais rien depuis 1991. Ne m’aviez-vous pas dit qu’ils s’estompaient ?
― C’est vrai, mais ils sont toujours là. Enfin, heureusement que cela ne m’empêche pas de vivre pleinement ce nouveau départ. Je suis à fond dans mon projet.
― A la bonne heure. Je pense toutefois que vous avez encore besoin d’être suivi par Sonia, du moins ponctuellement.
Elle opine. Ils en sont au dessert. Edmond propose le champagne et ils portent un toast à la prospérité de ‘LucMultiservices’. L’instant est à l’euphorie : on trinque à la carrière parisienne du patron, à la conclusion du lotissement du Cap Brun, à l’installation du Cabinet de Sonia…A cet endroit béni des Dieux. Et chacun laisse dériver paresseusement ses pensées, en dégustant son sorbet. C’est Dussarte qui rompt la trêve :
― Je suis en train de penser à un truc qui pourrait aider notre ami. Voilà, je serai d’accord pour lui prêter le studio meublé jusqu’à l’été prochain. Ça lui donnerait le temps de voir si Toulon est un terrain favorable à ses activités. Ensuite, ce sera à lui de s’installer.
Lucas réagit très vite. Décidément, cet homme a le don de précéder ses désirs. Juré craché, il n’y est pour rien.
― Vous parlez sérieusement ? C’est inespéré pour moi. Comment pourrai-je vous remercier.
― N’en faites rien et foncez ! Qu’en dis-tu, sœurette ?
Dans le feu de l’échange, ils n’entendent pas Sonia s’étouffer avec sa glace, et friser l’apoplexie. Ce qu’elle en pense, il vaut mieux qu’ils n’entendent pas.‘Putain, il n’en fera pas d’autres, le frangin. Non seulement c’est lui qui m’a mise dans cette situation pas possible, mais maintenant il veut quasiment que j’héberge ce mec qui me tourmente avec sa gueule d’ange, qui m’attire autant qu’il me fait peur. Mais tu es sadique, frérot, sadique et inconscient. Je ne veux pas, tu entends, je ne veux pas !’
Eh oui, elle ne veut pas, et elle s’entend dire, effarée :
― Pourquoi non, ce n’est pas une mauvaise idée.
Lucas à bien perçu son désarroi, il tâche mentalement de la rassurer, secrètement content de sa réaction. Et l’on repart là-dessus : oui, le mois prochain… vous allez visiter, il y a tout ce qu’il faut… et tutti quanti.
Après le café, ils optent pour une promenade sur le port.
― Vous savez ce que nous allons faire, vous allez nous suivre jusqu’au Cap, avant de rentrer à Fréjus, que je vous montre les lieux. Et chassez donc les pensées importunes, il ne peut pas y avoir le moindre doute sur votre identité, Monsieur Luc Estrésiani.
― Qu’est-ce qui vous donne cette certitude, Monsieur Dussarte ? Certes des gens m’ont reconnu, mais encore ?
― Ah, on ne vous a rien précisé ? Sonia, tu ne lui as rien dit ? Moi, c’est Madame Garmeyer qui m’a informé.
― Il ne m’a rien demandé. Je pensais qu’il savait. On a fini par retrouver des documents officiels portant ses empreintes digitales. Ça ne se discute pas : Lucas est Luc.
Le Luc en question a un moment d’absence. Le sol semble se dérober sous ses pas et il s’écroule sur un tas de cordages malodorants.
― Holà, mais c’est qu’il se sent mal, le bougre. Vite, Sonia…
L’homme de l’art dégrafe le col de sa chemise, et lui balance quelques baffes sympas. Sonia a filé au resto chercher de l’eau fraîche et le bassine généreusement. Il reprend pied.(Y a du souci pour Lucas)
A suivre
Parceval -
18 juin 2025 à 23h55 #3572570
Bonsoir Cher Ami poète Parceval,
Oups… cela se corse pour Lucas…
Merci pour ce superbe partage !
J’ai hâte de lire la suite !
Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
Toutes mes amitiés
SybillaLe r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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