-
Sujet
-
VINS 39
DE FRÉJUS A TOULON
― Alors, on a fait un malaise ? Il répond piteusement :
― Ça doit être la fatigue, et puis j’ai peut-être abusé des bonnes choses. – il plaisante – trop de bulles sous le plafond. Mais ça va mieux maintenant.
― Mmm, le pouls est bon. Vous devez avoir raison. Il faut savoir se ménager. Mais il n’est pas question que vous preniez le volant après ça. Sonia, tu prends sa Renault et on rentre. Ma voiture de location est nominative… On se retrouve chez nous.Sonia est au volant de la Kangoo. Quel tank ! Mais ça se manœuvre facile. C’est vrai qu’à côté de sa Mini Cooper… Luc semble somnoler dans son coin. Aussi muet qu’une carpe. Elle le sent proche d’elle, mais préoccupé.
Inquiet, c’est ça. Pourquoi ? Elle tente :― Qu’est-ce que tu as ? ― Rien. Un coup de pompe, c’est tout.
Elle n’en tirera rien de plus.
Chez Lucas, c’est tempête sous un crane. Malgré ses petits talents, même aiguisés, il n’a rien vu venir. Pourtant il aurait dû se douter qu’il y avait quelque chose de précis pour motiver l’issue positive des recherches. Et ça implique des tas de choses désagréables.
Ainsi ses empreintes correspondent à celles du jeune homme disparu. Improbable. Impossible. C’est un faux. Et ça veut dire que quelqu’un se doute que son amnésie cache tout autre chose, et a intérêt à lui faire enfiler le costume de Luc. Qui donc ? Pas Dussarte, il le sent étranger à tout cela. Encore moins les Lefranck. Quoiqu’il en soit, on doit l’observer, et d’un coup il pense aux frisettes de Madame Guilbert, chez qui il a senti comme une zone d’ombre. Pourtant elle l’a bien aidé celle-là, et elle continue. Ça ne serait pas incompatible qu’elle soit l’œil de Moscou. Il va creuser ça et tacher de voir ce qu’elle cache. Remonter vers Moscou. Il espère ne pas tomber sur certains services de l’état, quoique ce soit le seul environnement capable de produire ce genre de document trafiqué. Peu probable, on lui serait tombé dessus et il serait en train de raconter tout ce qu’il sait de sa vie, et même ce qu’il ne sait pas. Alors, un free-lance ? Ses missions au CEM lui permettent d’envisager tout cela. En attendant, veiller, se tenir à carreau, avoir un comportement ‘normal’ coulé dans le rôle qu’on lui a donné.
Un homme averti en vaut deux, et son radar personnel ne perçoit pas de danger tangible dans l’avenir immédiat. Il se détend, soulagé de pouvoir prendre cette situation inédite avec du recul. Oui, il a bien changé et il se sent de taille à faire face. On semble être arrivés. Sonia gare la voiture. Il lui prend la main. Ça va mieux maintenant, tu m’excuses ? Elle grimace un sourire. Allons-y !On lui a fait les honneurs de la maison. Lui laisse le temps de se reposer, offre un petit en-cas. Il ‘achète’ des deux mains le studio meublé et le garage qui forment une unité avec entrée indépendante. Parfait pour son job.
― Vous savez, ici, le voisinage est assez cossu, avec une classe d’âge qui peut constituer une bonne clientèle pour vous….
Il prend congé, se confond en remerciements. En route pour Fréjus. Sous le sourire contraint de Mademoiselle Dussarte, il n’y a pas vraiment d’enthousiasme.Du coté de Gérard et Mady, son prochain déménagement est passé comme une lettre à la poste. Il faut dire qu’il a mis le paquet pour défendre son projet. Argumenté finement sur les perspectives ouvertes, insisté sur la fleur qu’on lui fait. Ils se sont rendus à ses raisons et montrés compréhensifs. De toute façon ça serait bien arrivé un jour, n’est-ce pas ? Et puis, cent kilomètres, ça n’est pas le bout du monde.
Ses bagages tiennent en deux valises et une petite cantine. Le reste c’est du matos. En tassant un peu, le Kangoo aurait suffi. Ben non, ils ont tenu à l’aider. Au premier jour de Novembre, ce sont donc deux voitures qui stationnent devant le garage de la ‘Villa des Pignes’ au bout de l’impasse du même nom. Au coin de l’avenue De Gaulle un grand panneau affiche : ‘ Ici, prochainement, la résidence Héliantha Cap Brun’, avec une belle image. Une de plus : Les promoteurs n’ont pas perdu de temps, et déjà une clôture de chantier entoure la pinède…
Sonia est à l’accueil, un peu surprise, puis comprend en voyant la mimique éloquente de Lucas. L’installation est rapidement pliée. Le garage est largement dimensionné. Le studio est nickel, au cas où Tatie aurait eu des doutes. Elle a garni le frigo et les placards débordent. De quoi soutenir un siège.
Du coup, l’hôtesse doit improviser un petit casse dalle. Un peu gêné, Luc-Lucas. Il insiste pour rédiger et signer un document reflet de leur accord oral. Elle sourit : il n’a pas vu Gérard lui refiler de force un chèque de caution couvrant largement une location de six mois. Plus braves qu’eux, tu meurs ! Finalement, c’est bien qu’ils soient venus : la cohabitation démarre en douceur en évitant un tête-à-tête d’entrée qu’elle appréhendait, allez savoir pourquoi.
Quant à Lucas, pourquoi le nier, c’est avec un énorme soupir de soulagement, que la porte close, il s’écroule sur l’unique fauteuil de toile de son petit chez lui…
Une semaine. Une semaine pour s’apprivoiser. D’abord les grands principes : On se tutoie en privé seulement. Chacun chez soi, sauf bonne raison : assistance psy ou autre. Sinon le téléphone. Ça n’empêche pas une relation amicale. D’ailleurs, en journée, elle consulte ou est en intervention à l’hosto de Brunet ou ailleurs… Et les angles, c’est fait pour s’arrondir.A Suivre
Parceval
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.
