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HIATUS-VINS 40

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 23-06-2025 21:36.
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    Parceval
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      Vins 40
      LA VILLA DES PIGNES

      Une semaine pour l’environnement : Elle lui a donné la liste des rues intéressantes du quartier pour un mailing Luc Services et il fait la tournée des boites à lettres. Une semaine pour les premiers appels et le bouche à oreille commence à opérer. Il met le paquet sur le service et le relationnel. C’est encourageant. Bientôt il pourra s’organiser et reprendre sa quête. Les week-ends : il est difficile d’échapper à une journée à Fréjus, une fois sur deux, sans déplaisir. D’ailleurs, à qui parler ? Sonia est plus que discrète, il espère que ça va s’arranger. Le reste du temps, il commence le quadrillage des lieux de sa jeunesse (le terme lui fait grincer des dents) Tout a tellement changé en quarante ans. C’est urbanisé en continu depuis Bandol jusqu’à Saint Mandrier. Une circulation malaisée. Il sélectionne néanmoins les endroits où il aura des chances de retrouver des traces. C’est éprouvant, car l’émotion est là. Le passé amputé est si proche.

      Un mois. C’est elle qui l’appelle, très psy :
      ― Tu peux passer à six heures. J’ai besoin de savoir où tu en es. Dans le droit fil du suivi qu’elle s’est engagée à exercer. Un alibi pour elle, qui n’arrive pas à le cantonner dans le rôle du patient. En plus, elle sort d’une expérience désastreuse visant à remplacer ce cher Joffrey. A l’heure dite, il sonne au rez-de-chaussée, et suivant l’invitation écrite, s’introduit dans la minuscule salle d’attente. Un bruit de voix, la porte s’ouvre, elle prend congé de sa dernière patiente, une jeune femme toute timide, qui s’enfuit sans le regarder.
      ― A nous, maintenant ! Elle l’invite à entrer dans le saint des saints. Il sourit intérieurement : blouse blanche, mazette ! Quel formalisme. Il va falloir changer cela. Elle a du sentir le vent car elle commence par se débarrasser de sa blouse.
      ― Ouf, quelle journée ! Comment va, Monsieur Luc Services ?
      ― Ça va pas mal. Avec tes indications, mon mailing local est assez porteur. Dis-donc, tu n’es pas mal installée. C’est toi qui a pensé la déco ?
      Ce n’est qu’un préambule neutre destiné à pacifier la conscience aiguë qu’ils ont l’un de l’autre. Lui essaie de la rassurer : non, il ne connaît pas ses pensées et s’il le pouvait, il ne ferait rien qu’elle n’ait voulu. Juste son état d’esprit. Et il finit par la convaincre que rien ne sera possible sans une confiance mutuelle. Nous sommes embarqués dans une même galère, n’est-il pas ? Et il lui détaille le bilan de ses propres réflexions. Il s’est bien fait à son petit studio, à fond dans la constitution de sa clientèle. Il a rencontré plein de gens, trié grâce à ses perceptions ceux qui pouvaient devenir clients, noué des relations cordiales. Ses interventions ont été relayées de manière élogieuse. Une question de mois pour que ça devienne viable.
      Ah, ici, les Dussarte ont l’estime de tous les Anciens du quartier. On les a connus tout gamins et leur drame a ému. Sur un plan personnel, rien n’a vraiment bougé : Pas de souvenirs émergents, toujours ce malaise diffus à être Luc et ces souvenirs rémanents qui seraient ceux d’un autre. Qu’en penses-tu, petite sœur ?
      Apparemment, le lien s’est rétabli, même si elle ronchonne : elle déteste qu’il l’appelle ainsi. C’est bien assez de son frère. Ce qu’elle en pense, c’est qu’il est grand’temps qu’il accepte sans réserve son identité, incontestable. Et son amnésie. Elle admet qu’elle aussi est intriguée par ces souvenirs étrangers persistants et avoue avoir eu à en connaître lors de la séance d’hypnose. Quel conditionnement tordu a-t-il pu recevoir pour en être à ce point imprégné. Il faudra qu’ils en parlent hors contexte, peut-être arriveront-ils à les exorciser.
      Elle est complètement détendue maintenant et, pour un observateur externe, les rôles se sont inversés car elle évoque avec sérénité ses souvenirs dans ces lieux où elle a toujours vécu, jusqu’à ce jour, à part la pension. Les bons, la déchirure et ce fardeau qu’elle a porté si longtemps, avant qu’il ne l’en délivre. Oui, tu vois, je peux en parler aujourd’hui.
      Et l’entretien se poursuit, informel, plus intime aussi. Ils évoquent leurs galères respectives. Pour elle, le transfert de son cabinet n’a pas été aussi neutre qu’elle pensait. En plus des contraintes matérielles, tous ses patients n’ont pas suivi et il lui a fallu déployer des trésors de diplomatie pour en récupérer une majorité. Sans compter les soucis pour la vente. Pour lui, le parcours difficile pour s’établir autoentrepreneur, la nécessaire décision de s’émanciper de la tutelle bienveillante des Lefranck, un peu étouffante. Ce qui n’empêche pas des sentiments quasi filiaux à leur égard. Bref recommencer à zéro ici. Pour se faire et fidéliser une clientèle, ne pas compter son temps, ni ses efforts.
      Bref, un constat croisé : Ils sont à fond dans leur job, sans lever la tête du guidon. Crevés, et bien seuls. Contente de savoir son frère loin, mais par ailleurs… Content de naviguer maître à bord, mais….
      Alors, qui pense avoir décidé de réagir ? Nous, on sait qu’il n’attend que ça. Elle propose :
      ― Bon, tu as vu l’heure qu’il est ? Je n’ai qu’une pizza surgelée à proposer, mais c’est de bon cœur.
      ― Du moment que je suis sûr d’avoir une amie, j’aurais même accepté de partager une boite de sardines.
      La pizza pourrie est passée avec un peu de rosé et des fruits. Ok, demain il s’achètera des knickers et un survêt, et ils iront prendre l’air.
      Bonne nuit ! La porte fermée, elle reste songeuse. A quoi a-t-elle donc pensé? On se calme, ma fille. Un ami, oui, et un patient.

      Villa des pignes

      A Suivre (Du calme ? Qui en doute…)
      Parceval

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      • #3572976
        Sybilla
        Maître des clés
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          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Les relations entre Luc et sa psy évoluent…

          Je vais aller lire la suite immédiatement.

          Merci pour ce superbe partage !

          Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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