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HIATUS-VINS 42

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 26-06-2025 16:09.
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    • #2720966
      Parceval
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        HIATUS-VINS 42

        DU PASSÉ AU PRÉSENT

        Au plus près : quartier Beaulieu, cette rue miraculeusement préservée car marginalisée par la rocade. Se présente en curieux : Vous savez qui habitait ici  dans les années soixante? Non, on a acheté en 2002, à un officier de marine, avant, je ne sais pas. Il avise un pavillon voisin où une personne d’un âge intéressant fait brûler des feuilles mortes et tente sa chance. Avec succès : Oui, je me souviens. C’étaient les Floriani. Oui, ils avaient une fille, Annette, une copine. Elle s’est mariée à un technicien de l’arsenal. Ses parents sont décédés peu après, et elle est venue seule aux obsèques et régler leurs affaires. Elle a quitté la région.
        Il a la gorge nouée. Il s’attendait à quoi, quarante ans après. Du coup, il sera préparé à ce qui va immanquablement suivre. A l’adresse de sa Mère, à l’état-civil de la mairie de La Seyne et au cimetière. Oui, en 95. Et son Père, victime des soubresauts de la jeune Afrique en 71.
        Pas si blindé que ça, Lucas : dans sa camionnette, le stock de kleenex diminue. Enfin en discutant avec les anciens du quartier, on se souvient de lui, avec suffisamment d’anecdotes pour l’émouvoir, d’autant que ceux qui parlent, il les connaît par leur prénom…
        ― Du jour où il s’est marié, le bougre, on a plus entendu parler de lui, comme si Toulon c’était en Mongolie.
        Il va même faire le quatrième aux boules, cet ‘estranger’ qui semble en pèlerinage. Avec quelques, pastagas, ils ne se poseront plus la question, habilement distraits par l’intéressé.
        Il enfonce le clou tout seul : Il a repéré des agences immobilières dont l’enseigne affiche le nom d’un copain d’école. Ils se sont suivi de la maternelle jusqu’en quatrième. Il demande à voir le patron : Bingo, c’est lui. Avec un baratin de première. Au prétexte de rechercher un logement, et l’évocation de Kervelec, il a droit à un déluge de souvenirs, qu’il partage, of course :
        ― Qu’est-ce qu’on a pu faire comme conneries avec Lucas…
        Après on s’est perdus de vue quand il est rentré à l’école de l’arsenal
        Je me demande ce qu’il est devenu. Il doit être à la retraite…mais où ?
        Difficile de digérer tout ça : Des traces, oui, jusqu’à son mariage, en gros, mais rien après 66, se pourrait-il qu’il ait disparu ? Qu’est devenue Annette ?
        Quinze jours là-dessus. Il a fini son ‘tour de table’. Insister n’apporterait rien de plus. Il va se reporter sur la presse, fait le siège des bureaux du ‘Provençal’ et finit par avoir accès aux archives et consulter, en prétextant la rédaction d’un livre de mémoires. D’abord Brignoles : 1966, semaine du 24 septembre. Rien de rien. Puis juin 2008, semaine du 19. La relation de son aventure n’a pas fait la une : Trois lignes sur l’Inconnu de Vins, et ensuite un appel à témoins avec photo pour identifier le ‘Vagabond amnésique de Vins’. En pages locales. Vu la qualité de la photo, peu de chance qu’on le reconnaisse. Même lui aurait eu du mal.
        Maintenant, la partie la plus délicate : se focaliser sur Toulon /La Valette. 1966 à partir du 24 septembre. Il épluche soigneusement sur deux semaines. Rien concernant les Kervélec. Il avait pourtant disparu ? Alors quoi. Reste l’Arsenal. Toujours pareil, sur un argument type ‘Perdu de vue’, on l’aiguille sur le service relations publiques de la Marine. Là, c’est le coup de massue : oui, Lucas Kervelec, promo Charcot des techniciens, affecté à l’atelier support du CEM. A démissionné en 70. En fait on sait qu’il a été débauché par Thomson pour rejoindre le chantier du Centre Spatial en Guyane.
        Jusqu’à présent, il avait chassé comme un moustique importun ce que le flic de Brignoles lui avait asséné : un vieux Lucas retraité existerait en Bretagne, avec son épouse Annette. Or maintenant, le moustique a pris du galon, et il ne peut pas l’ignorer. Il prend ça en pleine gueule : Lucas Kervelec n’a pas disparu le 24 septembre 66, il a continué sa petite vie tranquille ! Substitution et usurpation d’identité ? Avec Annette ? Impensable. Il est pourtant bien le Lucas qui s’est assoupi à l’oratoire de Vins. A cent pour cent. Et si je ne suis pas moi, qui suis-je ? Dieu du ciel, que suis-je ? Le voilà bien avancé. La seule certitude, Lucas Kervelec a bien été projeté quarante ans plus loin.
        Et cette certitude est largement polluée par ce qu’il avait occulté jusqu’ici, laissant place aux hypothèses les plus délirantes : Déjà un saut dans le temps et maintenant un soupçon d’ubiquité ? Ça fait beaucoup pour un seul homme, fut-il doté de perceptions cognitives et au-delà sous certaines conditions. Largement de quoi susciter bien des interrogations. C’est écrasant, aura-t-il le courage de faire face et d’aller jusqu’au bout ? Pour la première fois, il doute et décide de mettre sa quête entre parenthèses, au profit de la gestion des petits soucis du quotidien et des jours à venir. Sage décision, il faut savoir laisser du temps au temps.

        Sonia n’a pas été sans remarquer l’humeur morose de son ‘locataire’. On dirait qu’il est ailleurs. Elle s’en inquiète sans bien analyser si c’est la femme ou la thérapeute qui est concernée. Elle s’efforce de se montrer plus présente, saisissant toutes les occasions pour entamer de longues discussions où chacun tourne autour du pot en se retranchant derrière ses activités professionnelles. Car elle non plus n’a pas le moral au beau fixe. Pas moyen de se refaire un ami de couette qui la sorte de temps en temps. Elle ne peut pas. Et Edmond qui lui annonce tout de go qu’il sera aux US pendant les fêtes. Pas tout seul, lui…
        Il lui avoue, fort de sa courte expérience locale, avoir l’idée de faire évoluer son activité vers le conseil, la mise en œuvre de projets d’aménagement intérieur, plutôt que les petits travaux et dépannage, comme actuellement. Il sent sa clientèle demandeuse. Il pourra s’appuyer sur un panel de petits artisans sélectionnés fiables. Il est imbattable sur la mode vintage (off course) et sait flairer les bonnes affaires chez ses amis d’Emmaüs (off course aussi) A creuser… Il enchaîne :
        ― Ça ne doit pas être facile pour toi non plus.
        Tiens, il s’inquiète pour elle ? Elle s’épanche :
        ― Oui, c’est vrai. Pas marrant tous les jours. A Toulon, j’avais un accueil et secrétariat partagés. Maintenant, je suis obligée de tout gérer. Y compris quelquefois de drôles de paroissiens qui viennent consulter. C’est le prix de l’indépendance.
        ― Si je peux me permettre, tu devrais mieux prendre en considération l’aspect sécurité ; pas sûr qu’une bombe lacrymogène suffise dans tous les cas. Déjà en doublant le portier avec la vidéo, et le pêne électrique sur un portail motorisé. On pourrait mutualiser nos moyens : Je prendrais la gestion de tes rendez-vous sur ma ligne fixe et mon PC. Et pourquoi ne pas profiter de mes petits talents pour filtrer ta clientèle.

        A suivre

        Parceval

      • #3574040
        Sybilla
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Ohh.. Pour Lucas, dans cet épisode, il a de quoi être déconcerté…

          Sofia également pour d’autres raisons.

          Merci pour ce superbe récit !

          Et à bientôt pour la suite !

          Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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