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Sybilla, le 29-06-2025 23:01.
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29 juin 2025 à 23h01 #2721046
HIATUS VINS 44
D’UN RÉVEILLON A L’AUTRE
Avisant la décoration de la salle, elle botte en touche :
― Que fais-tu pour la Noël ?
― Pas très original, je vais réveillonner à Fréjus, chez les Lefranck. Ils ont insisté pour, bien inutilement, car j’y vais avec plaisir. En quelque sorte mes parents de rechange, et j’en arrive à les aimer comme tels. J’ai déjà préparé des cadeaux. Et toi ?
― Je n’en sais trop rien. D’habitude on s’arrange pour réveillonner avec mon frère. Mais il sera aux abonnés absents cette fois. Je vais devoir m’organiser autrement.
Ils prennent le chemin du retour, la nuit vient vite en Décembre. La corniche de Tamaris, La Seyne, illustrées des anecdotes du guide de service. Ça circule, ils mettront plus d’une heure pour rejoindre la Villa des Pignes. Deux bises et chacun chez soi. Elle direct au pieu, l’esprit en déroute, lui, à peine rentré, saute sur le téléphone.
― Allo, Tatie Mady? Dis-moi, pour le réveillon, ça ne te dérange pas si j’amène une copine ?… Oui, oui, tu la connais, c’est Sonia Dussarte. Mais il faut que ce soit toi qui l’invite… Voilà, tu as tout compris. Bisous, Supertatie.
Mady Lefranck raccroche, un sourire aux lèvres, elle s’en doutait un peu. Elle est bien, cette petite… Tatie est en avance de phase, elle aussi.Il faut croire qu’elle a trouvé les mots pour convaincre, car le soir du réveillon, ce sont deux voitures qui se rangent dans la cour.
La maîtresse de maison est à l’accueil, faussement confuse de les voir arriver, tout sourire, les bras chargés de paquets enrubannés et de divers flacons.
― Entrez vite, il fait froid. Gégé, ils sont là !
La glace est vite rompue. Sonia est touchée par la simplicité de ces gens. La crèche traditionnelle a pris place sous le sapin, dans un angle du séjour, enluminée d’étoiles et de guirlandes clignotantes. Une fausse cheminée ajoute à l’ambiance. Ça fait longtemps que nous ne le faisions plus, commente ‘Tatie’, mais cette année, il y a Luc ! Après un repas frugal, ils attaquent la veillée… et les treize desserts. Elle est sensible à l’atmosphère. Un cocon familial, chaleureux. Un soupçon de nostalgie, elle en prend conscience. Tout le monde discute, tranquille, de tout, de rien, s’inquiète de chacun, plaisante et rit.
Un moment, Sonia se retrouve à la cuisine avec ‘Tatie’ pour l’aider à la vaisselle.
― Vous venez avec nous à la cathédrale ? Même si on ne pratique pas, la messe de minuit est un grand moment. Il y a une crèche vivante et une chorale remarquable.
― C’est tentant, mais je dois penser à rentrer.
― Mais il n’en est pas question ; je ne vous laisserai pas reprendre la route au milieu de la nuit. J’avais pensé que vous dormiriez ici. Vous vous arrangerez avec Luc pour la chambre d’amis.
Elle se sent rougir comme une collégienne. C’est un guet-apens, mais comment refuser ? Le monstre, il avait tout prévu.
― Heu… Je crois que vous n’y êtes pas. Nous sommes bons amis, rien de plus.
C’est au tour de Mady de se sentir gênée. Elle aurait mis sa main au feu que…
― Mon Dieu, la gaffe ; je suis confuse. Mais on arrangera ça, je vous en prie, restez avec nous jusqu’à demain.
Les hommes déboulent, déjà prêts.
― Allons Mesdames, il est l’heure d’aller faire nos dévotions !
Ils rentrent vers une heure, enchantés, et rassurés : Le petit Jésus est bien dans la crèche. Et le problème se règle tout seul. Lucas se pointe avec un duvet et des charentaises.
― Bon, Tatie, tu installes Sonia dans ma chambre. Moi, je reste de garde au pied du sapin. Tout le monde a mis ses petits souliers ? Il pousse le canapé.
― Avec un peu de chance, je verrai le père Noël.
Dans les draps de Luc, avec une chemise en pilou de Mady, Sonia s’endort comme une enfant, sereine. Un zeste de regret : l’autre côté du lit est vide. Gros soupir : ça ne se fait pas. Mais qu’est-ce que ça fait du bien d’être chouchoutée…
Un brouhaha confus au réveil : Lucas est coiffé d’un bonnet rouge dont le pompon oscille au rythme de Jingle Bell. Chacun a ses petits paquets à ouvrir. Embrassades, Joyeux Noël ! Ce sera une belle journée. Un moment privilégié, parenthèse pour les soucis.
Je sais ce que vous vous dites : A ce train-là, on n’est pas sortis de l’auberge.
Lui, persuadé d’avoir trouvé la seule compagne capable de comprendre, avec qui il serait en mesure d’affronter un avenir compliqué, condamné à rester le bon copain en attendant qu’elle vienne à lui. Surtout, vu la relation particulière qui les unit, ne rien faire qui puisse lui donner à penser qu’elle a été manipulée.
Et elle, essayant de nier les élans de son cœur et le lien étrange qu’ils ont noué au motif qu’une liaison entre thérapeute et patient est inenvisageable. D’ailleurs, elle a été nulle puisqu’il est plus que jamais hanté par ses chimères.
Statut Quo. Dur à tenir, mais ils sont vachement têtus. Faudrait un miracle pour le briser. Bah, il y en aura bien un qui va craquer…Elle n’a pas manqué de remercier Mady et Gégé de leur aimable invitation. Et fait savoir à Lucas qu’elle n’a pas été dupe. Il s’en tire en prenant un air tellement innocent que tout se noie dans un fou-rire libérateur.
― Ne crois pas que tu vas t’en tirer comme ça. Je vais m’occuper de toi sérieusement, Monsieur Estrésiani, et on va travailler sur ces maudits souvenirs qui te squattent l’esprit. Pour commencer, tu me dois un bain de Noël. Tu avais oublié ? Rien de tel pour repartir d’un bon pied.
― Bien, Docteur, mais je t’avertis, à moins de dix, je jette l’éponge. Pas envie d’attraper la broncho-sténo-dactylo…
Ils ont garé à la plage du Mourillon, gagné le bord, en peignoir sous leur parka. Lucas va jusqu’à l’eau, tâte du thermomètre : treize ! Il faut y aller. Leurs pelures gisent en tas sur le sable. Un petit vent nourrit les vaguelettes. Brrrr ! La voilà en deux pièces mini-mini qui file résolument à la baille. A peine le temps pour lui d’en prendre plein les yeux. Cette fille le rend dingue. Comment ne pas suivre. Yaouh ! C’est gelé. Il s’agite et crawle pour la rejoindre, en poussant le cri de l’ours blanc en période de rut, se dit que finalement le froid a du bon lorsqu’ils se frôlent. Dix minutes à folâtrer dans l’élément liquide avant de ressortir en courant et se frictionner énergiquement sous l’œil ébahi de quelques promeneurs qui les prennent pour des fadas. Retour express à la maison pour un vin chaud.
Prendre le temps de réfléchir à une stratégie censée purger Luc de ses souvenirs parasites. Là, Sonia est décidée à aller jusqu’au bout, elle en fait une affaire personnelle, un défi à relever, professionnellement, bien entendu. Sa mise en œuvre devra attendre, et, du même coup, la question du réveillon de la Saint Sylvestre ne se posera pas : Edmond lui lance une invitation comminatoire assortie de billets d’avion et réservations d’hôtel pour fêter le nouvel an à Paris. Un refus n’est même pas envisagé : allons, pour me faire pardonner la Noël…A suivre
Parceval
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29 juin 2025 à 23h01 #3574283
Bonsoir Cher Ami poète Parceval,
La vie se poursuit et pour l’instant, c’est toujours le statut quo…
Merci pour ce superbe récit !
Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
Toutes mes amitiés
SybillaLe r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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