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HIATUS-VINS 48

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 06-07-2025 20:44.
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    • #2721160
      Parceval
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        Chère Amie
        Je me suis un peu mélangé les pinceaux (Pardon , la plume) pour l’épisode 47
        Voilà qui reprend le fil..

        HIATUS – VINS 48

        LE COIN DU VOILE

        ― Je te trouve bien morose. Tu sais que tu t’en tires bien ? C’est ta Mini que tu regrettes ?
        ― C’était une vielle amie. Dix ans que je l’avais… sans compter qu’il faudra la remplacer, rien à espérer de l’assurance.
        L’atmosphère est à la détente. Lucas décide que c’est aujourd’hui qu’il va jouer son va-tout.
        Il a su tirer le meilleur parti de la visite de leurs frigos respectifs. Il a concocté un repas du dimanche plus qu’honnête. Calée sur le canapé, Sonia le regarde du coin de l’œil servir le café. Toujours aussi partagée. Ses pensées dérivent dans un demi-sommeil. « Ah, si ce n’était pas lui, ou s’il était un autre, l’idée d’une sieste grivoise ferait son chemin. »
        Mais c’est lui, et elle a un bras en écharpe et le pied sur un coussin. Du coup son ressentiment refait surface : dirigé contre qui ?
        Ce changement d’humeur n’a pas échappé à Lucas. Il la sent en pleine confusion. C’est le moment qu’il choisit pour se lancer. Il entame les « hostilités »
        ― Dis-moi, pendant que nous y sommes, je voudrais bien savoir pourquoi tu me fais la gueule.
        La réponse manque de conviction.
        ― Moi ? Mais non, mais non, ce stupide accident…
        ― Si, si, je vois bien : tu m’en veux et mon petit doigt me souffle Odette, je me trompe ?
        Il pose sa tasse, s’assied tout près. Elle s’empourpre, bafouille. Dans son état, pas moyen d’opérer une retraite stratégique.
        ― Bon, il est temps que nous ayons une conversation sérieuse. A pas peur, je ne vais pas te manger, quoique… D’abord, Odette : Tu n’y es pas du tout ; elle a eu besoin de moi, comme en son temps elle m’a aidé à reprendre pied. Non, écoute bien ce que Lucas va te dire, parce que lui, il n’en peut plus de t’attendre.
        Sans qu’ils l’aient cherché, ils retrouvent une conscience aigüe l’un de l’autre, perçoivent mutuellement leurs émotions. Elle ne peut ignorer que ce qui va suivre sera important, vital même pour l’un comme l’autre, l’inquiétude la gagne. Lui ne voit que détresse et désarroi.
        ― Que pourrais-je te dire que tu ne sais déjà ; car je sais que tu doutes, et tu ne veux pas voir, confortée par l’étiquette Luc Estrésiani, appellation d’origine contrôlée. J’avais une autre vie, des parents, des amis, une femme qui m’aimait, et que j’aimais aussi. J’ai tout perdu d’un coup, et je ne sais pourquoi, ni comment je suis là. Ce paradis perdu, il ne reviendra pas. Et tu voudrais que moi, qui ai tant soif de vivre, sans taire ma souffrance, je refuse la chance, offerte aujourd’hui de reprendre le cours de ma pauvre existence ? De cueillir au passage quelques fleurs de printemps ? De quel droit veux-tu cela, que je vive en ermite. As-tu seulement idée de l’enfer où je suis ? Me suis-je permis d’interférer dans ton privé, à part aujourd’hui ? Donne-toi donc des raisons d’être jalouse.
        Presque brutal, il l’attire dans ses bras. Ouille ! Elle ne résiste pas, complètement tétanisée. Il la berce doucement, le visage dans ses cheveux en murmurant :
        ― C’est incroyable : Vous les psys, tellement prompts à décoder les arcanes d’autrui, et incapables d’analyser vos propres sentiments. Moi, c’était évident, dès que je t’ai vue et que tu m’as endormi, j’ai su que c’était toi, et que ce jour viendrait. Nous étions en symbiose. Il me fallait attendre que tu prennes conscience du lien qui nous unit.
        Ils se regardent.
        ― Laisse parler mes mains, elles ont tant à te dire…
        Serrée contre lui, les yeux rivés aux siens, elle entend, sans qu’il l’ait ajouté : Dans cette autre vie. Et elles causent si bien. Au-delà du charnel, on touche au fusionnel. De l’esprit et du corps. Elle ne savait pas que ça puisse exister. Lui non plus d’ailleurs. Quelque chose d’exceptionnel, qui les dépasse. Au diable la chanson : mais ça ne se fait pas ! Par-dessus les moulins la déontologie. Avec lui rien n’existe que cet univers sans fond qu’elle entrevoit. A peine un frisson avant qu’elle s’y noie. Une éternité de caresses et de baisers gourmands, partout-partout. Il quitte à regret la blouse défaite en murmurant :
        ― On va mettre la pédale douce. Pour les derniers outrages, patience, aujourd’hui tu es en porcelaine : fragile.
        Elle refait surface, déçue que l’ascenseur se soit arrêté au sixième, et se reboutonne de la main gauche, sous l’œil intéressé de son tourmenteur. Ça prend un certain temps. Complice, elle lui caresse le visage:
        ― Arrête de douter, tu verras, on y arrivera, je te délivrerai de ces délires mémoriels où l’on t’a enfermé.
        Il marque un silence et soupire, résigné :
        ― Tu ne me crois pas ? Normal, personne ne m’a cru. C’est tellement commode cette histoire de conditionnement et d’amnésie… Ce n’est pas parce que tu m’aimes que tu devrais me croire. Mais faisons comme si. Tu veux bien m’écouter ?
        Pour toute réponse, elle le pousse au bout du canapé et s’acagnarde confortablement, câline, la tête sur ses cuisses.
        ― De toute façon, j’ai rapidement compris que je n’avais pas spécialement intérêt à ce qu’on me croie. Quel aurait été mon sort ?
        Phénomène de foire, objet d’étude dans un labo ? Du moment où on ne me déclarait plus irrémédiablement dérangé, mais amnésique, j’ai appris à me protéger et j’ai pu m’adapter, aidé par l’émergence de facultés d’empathie et de précognition, boostées par notre expérience sous hypnose. Aussi, lorsque ce miraculeux concours de circonstances m’a permis de quitter l’univers hospitalier et trouver une identité, quel a été mon souci, à ton avis ?
        ― De ce que j’ai senti, t’intégrer dans la vie civile et gagner une indépendance financière, même minimale.
        ― Pas faux, mais aussi regagner Toulon, suivre mon rayon de soleil et retrouver mes racines. Là je dois avouer, je dois beaucoup aux Lefranck, et a ton Frère : il a été l’artisan involontaire de ma liberté. Son diagnostic est très proche de la vérité, sauf que je ne suis pas amnésique. Il a le don d’aller au-devant de mes désirs en me permettant de loger chez vous.
        Retrouver mes traces : sais-tu ce que j’ai fait de tous mes loisirs ? Parce qu’avec toutes ces histoires et mon identification, vous avez failli me faire douter de moi, un comble ! J’ai écumé tous les lieux où j’ai vécu, où j’ai habité, où j’ai travaillé, cherché les gens que j’ai connu.
        Eh bien, devine : j’ai quasiment tout localisé, retrouvé, ça a changé depuis 66. Des copains d’école, de l’Arsenal, des connaissances, des potes de l’armée… De ceux que j’ai revus, oui, ils ont bien connu Lucas Kervelec. Ils ne m’ont pas reconnu : la barbe et ils ont tous quelques heures de vol, autour de soixante-dix balais. Enfin, pour mes parents, confirmation de leur décès. Idem pour mes beaux-parents, mais leur maison est toujours là, le quartier pavillonnaire a été préservé de l’urbanisation galopante…

        Un passé sans voile, ça dérange…
        A suivre

        Parceval

      • #3575009
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Pas de soucis pour le Hiatus-47.
          L’erreur est humaine.

          Merci pour ce superbe récit plein d’émotions diverses d’une grande amplitude !

          J’attends la suite avec impatience !
          Finira t’elle par le croire ?

          Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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