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VINS-SUR-CARAMY. ACTE 3
A Draguignan dans les bureaux de la préfecture, le fonctionnaire en charge de l’archivage est dubitatif. A la lecture de ces pièces, quelques questions se posent :
– A l’heure dite (entre onze heure et midi) le soleil est presque au zénith, alors pas de contre-jour possible.
– Les mini tornades d
ans le coin, on n’en a jamais vu. Dans le sud-ouest, oui, mais pas si mini… et en plaine uniquement.
– L’histoire de la dynamo et de la poussière est plutôt fumeuse, d’ailleurs jamais reproduite en labo. Alors quid ?
Et puis, lui, il le trouve plutôt crédible le facteur, trop précis dans sa description pour être délirant. Enfin, les consignes sont les consignes, et il n’est pas là pour faire du zèle. Il classe la chemise cartonnée dans le rayon OVNI, déjà pas mal garni.
Nous sommes en 1954. Depuis deux ans la vague d’observations d’objets volants inconnus (UFO’s) déferle sur les USA et commence à déborder sérieusement sur l’Europe. On voit des soucoupes volantes partout et les petits hommes verts débarquent.
Face à l’ampleur du phénomène et pour contenir la psychose qui se répand, les organismes officiels minimisent les faits, donnent des explications simplistes, discréditent les témoins, les faisant passer pour des illuminés ou carrément des fous. Tout en investiguant discrètement sur les observations les plus significatives. Des tas de spécialistes, experts et militaires, planchent là-dessus. Nous sommes en pleine guerre froide, ce qui n’arrange rien.
L’affaire de Vins s’est ébruitée. Un petit entrefilet dans « Le Provençal » et « Le Petit Varois-La Marseillaise » à la rubrique locale relate : A Vins-sur-Caramy, le facteur aurait aperçu une toupie lumineuse près de la mine de bauxite. Après, la soucoupe de Trans-en- Provence, à quand le cigare volant et les martiens ?
Marcelin a repris sa tournée, mais il ne passe plus à l’oratoire. Par contre, comme d’habitude, il s’arrête au Café des Amis avant d’aller casser la croûte. L’ambiance s’est modifiée : il se fait de plus en plus charrier par l’assistance sur son aventure.
Il est vrai que le Maire s’est informé à la gendarmerie et diffuse largement la version tornade et délire éthylique. Gentiment, en plaisantant. Et puis il y a eu les journalistes, les vrais, ceux de la presse régionale, qui ont interviewé le facteur. Pas de quoi fouetter un chat : les quelques lignes citées plus haut.
Un autre, un pisse-copie de la presse à sensation, a creusé le sujet, s’est dit passionné par l’affaire, baratiné si bien que Zé s’est senti l’étoffe d’un héros, a encore raconté, enjolivé. Tout ça dans la discrétion, à la maison, arrosé de pastaga fait maison.
La semaine suivante dans l’hebdo « Le Détective » c’est une page entière illustrée, au titre racoleur qui lui est consacrée. On le représente en fuite, poursuivi par sa toupie, les traits marqués par l’épouvante, sa bouteille à la main. Ne parlons pas du texte. Il est ridiculisé, l’idiot du village, le facteur poivrot.
Bien entendu, c’est cette feuille de chou qu’on lui présente en ricanant a son entrée au bistrot. Il ne comprend qu’après avoir lu la manière dont on l’a traité. L’assistance est hilare : c’est la folie, presque un bizuth de mauvais goût. Seul l’abbé lui montre de la compassion et l’aide à quitter les lieux dignement. Lui, l’entendra longuement et lui apportera du réconfort.
Il ne remettra jamais les pieds au café des « Amis » et vivra en reclus avec sa sœur. Sa tournée, oui, mais sans un mot. Quelques-uns finiront par regretter, surtout après le sermon du père Comtal. Mais sa porte restera close. Définitivement.
La vendange fut abondante, les cuves de la coopé du Val bien remplies d’un moût prometteur. La battue aux sangliers fructueuse. Il y a eu fête au village. La petite Annette est rentrée à Toulon, avec Titin et Emilienne, retrouvé ses parents. Bientôt la rentrée des classes. La vie continue.A suivre
(Violente, la soucoupe)
Parceval
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