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HIATUS-VINS 56

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 27-07-2025 23:40.
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    • #2721466
      Parceval
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        HIATUS – VINS 56

        CONFRONTATION

        Et il déverrouille la porte de la librairie. Ding dong, l’annonce d’entrée. Il appelle :
        ― Je vous attends là-haut montez ! Vous connaissez le chemin…
        Il surprend l’écho d’un conciliabule. 
        Elle : ― Bon, écoute, je te laisse y aller, moi je vais faire un tour en ville. Je t’attendrai à la crêperie en face de l’Office du Tourisme, ça te va ?
        Lui : ― OK, profites de ce beau temps ! Tu as dit l’escalier ?
        Marrant, à l’entendre, il aurait pu penser que c’était son fils… Et il voit sa charmante cliente repartir vers le centre-ville. Ding Dong, la porte refermée, il verrouille l’accès. Voyons voir ce passionné de littérature celtique. Klong, klong dans l’escalier de fer. Il accueille le visiteur :
        ― Lucas Kervelec, pour vous servir, Monsieur ?
        L’autre émerge du colimaçon et dit :
        ― Enchanté, Luc Estrésiani, si vous voulez…
        et apparaît dans la lumière, telle la statue du Commandeur.
        Le temps parait se figer. Lucas senior recule et s’appuie sur le bureau, les yeux écarquillés. Arrêt sur image, mais pas de son. Aussi muets l’un que l’autre. Il y avait pensé, mais décidé de braver le sort. Oui, que leur rencontre pourrait se solder par une espèce de court-circuit qui le ou les ferait disparaître en fumée. Fin de l’histoire. Et il sait aussi que cette idée a un moment effleuré Sonia, qui n’a pas osé le suivre. Un ange passe, et se dépêche d’aller voir ailleurs. Ben, non, rien. Il se hâte d’émettre une bouffée de tendresse, qui stoppe le tremblement qui agite la jeune femme. Lunettes noires vite, pour cacher des larmes de soulagement. Elle n’a plus de jambes et échoue à la première terrasse venue. Un Chouchen, please !
        Il s’approche de son vis-à-vis, qui porte la main à sa poitrine. Putain, il ne va pas péter un plomb, papy Lucas ! Pas du tout, sortant de sa stase, il s’agite en faisant le tour du visiteur, en marmonnant :
        ― Je le savais… je savais que ça allait arriver. J’en étais sûr, depuis deux ans que j’ai été convoqué à la gendarmerie et qu’ils m’ont dit qu’à Vins, un jeune vagabond prétendait être moi, cette idée ne m’a plus quitté. « Evidemment qu’il s’agit d’un esprit dérangé ou un mystificateur, mais vous comprenez, Monsieur, nous devons vérifier… »
        Oui, c’est un vieux fantasme que je traîne depuis des années : qu’est-ce qui attendrait la victime d’un saut dans le temps, mais à l’échelle d’une vie. Un hiatus, quoi. J’ai déjà commis un petit récit là-dessus.
        Petit à petit, il s’anime et se perd dans un délire…
        ― Mais à partir de ce moment, je me suis mis en tête de reprendre le sujet pour en faire un ouvrage de fiction sur l’argument : et si ça m’arrivait ….C’est extraordinaire, fabuleux, incroyable, toi, en chair et en os, alors que dans mon idée, moi j’avais disparu, escamoté par des extraterrestres, pour me retrouver largué quarante ans plus tard.
        Il tend une main hésitante pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un fantôme.
        ― J’y crois pas, tu serais le héros matérialisé de mon histoire.
        Il est de plus en plus exalté. Lucas s’approche, le saisit aux épaules en le secouant sans brutalité. C’est vrai, ce n’est pas sa faute, même si au départ… Il lit en lui comme dans un livre ouvert.
        ― Calmos, moun camin, du calme. Non, mais pour qui tu te prends ? Un démiurge, rien que ça ! Laisse donc ce fantasme à Musso et sa fille de papier. D’ailleurs, c’était une supercherie. Allez, reviens sur terre. Tu vas voir, la réalité est encore plus fantastique… Tiens fais-nous du café et asseyons-nous tranquilles.
        Ça parait efficace, il émerge de ses délires et s’affaire dans un état second sur la machine à faire les expresso. Il y a de quoi être secoué.
        Ils s’observent de part et d’autre du bureau, en touillant leur breuvage.
        Lucas se décide :
        ― Allons-y. Tu te souviens des vacances à Vins en 66 ?
        ― Vaguement, c’est si loin… On était chez la sœur du facteur, je crois.
        ― Eh bien pour moi, c’est vachement précis, comme si c’était hier. Allez, cherches bien, le 20 septembre, la daube d’Emilienne, les femmes qui s’affairent aux rideaux, Titin à la sieste, et toi privé d’un petit entracte coquin, victime de la fièvre couturière. Toujours rien ?
        ― Mais comment tu sais tout ça. Oui, maintenant que tu l’évoques, il me semble que je suis descendu siester à l’oratoire… Là où le facteur a vu sa soucoupe volante…
        ― Et à quoi rêvais-tu en te remémorant sa triste expérience ? Eh bien je vais te le dire : pour la première fois, tu as fantasmé sur l’hypothèse d’un saut temporel, kidnapping ou porte ouverte par des êtres venus d’ailleurs. Imagine, imagine. Et c’est là-dessus que tu t’es assoupi.
        ― Et alors, quel rapport ? J’ai piqué un bon roupillon avant de rejoindre le village. C’était l’heure de la pétanque.
        ― Heureux homme, qui ne s’est aperçu de rien. Parce qu’il s’en est passé des choses… Tu ne vois pas ? Eh bien, ce que tu as rêvé, ILS l’ont fait. Ce lieu est bizarre, et tu t’es trouvé là lors de leur intrusion dans notre monde. Sans doute pas la première, sans doute pas les mêmes, pense au facteur. Enfin, pas tout à fait comme tu l’as rêvé, ILS ne t’on pas enlevé et projeté dans le futur. Non, ILS t’ont ‘enregistré’, toi et ton environnement périphérique, photocopié à un point de détail que tu n’imagines pas, numérisé ton empreinte à un niveau tel que même les données contenues dans ton cerveau, les innées et les opérationnelles, donc le contenu de ta mémoire, faisaient partie du lot. En explorant tes pensées, ces entités ont eu l’idée saugrenue de donner corps à cette base et à ta rêverie. Un jeu pour eux, qui sait ; ou peut-être un défi à relever. On ne joue pas dans la même cour, tu t’en doutes.
        ― Mais c’est fabuleux, insensé. Qui sont-ILS, d’où viendraient-ILS ? Et tu serais leur création.
        ― Qui, je n’en ai pas la moindre idée, des êtres matériels, de purs esprits ? Pour nous, du genre à habiter l’Olympe. D’où ? Du fin fond de l’espace ou d’univers parallèles, les paris sont ouverts. Ne parle-t-on pas aujourd’hui de la possibilité de multivers ? En tout cas, le flux du temps doit filer différemment pour eux, car si j’ai été « livré » approximativement quarante ans après selon le plan échafaudé, tel que, théoriquement âgé de vingt-quatre ans, les examens médicaux m’ont crédité d’environ trente ans. Un hiatus sur le hiatus. J’en suis réduit à penser que ma genèse et ma programmation ont pris du temps pendant lequel j’ai vieilli. Quoi qu’il en soit, tu t’es endormi le 20 septembre 66 vers quinze heures et je me suis éveillé le 19 juin 2008 au matin, avec ma montre qui marque la demie de quatre heures. Je te dis pas la cata ; je ne sais pas comment j’ai survécu au choc. Toutes les misères que tu as imaginées, je les ai subies et même plus. Ce qui m’a sauvé, c’est l’incrédulité des tenants de la loi, qui m’ont viré chez les aliénés, où les psymachins m’ont fourni la parade et l’égide en me déclarant amnésique. Ils m’ont même trouvé un état civil. Je mentirais si j’affirmais m’en être tiré tout seul : ma compagne est la seule qui m’a cru ; elle y a puissamment contribué.
        ― Ah, celle-là, elle m’a bien eu !
        ― Tut-tut, tu laisses Sonia tranquille. Revenons à nos
        moutons. Je ne pense pas me tromper en affirmant que tu t’es réveillé vers cinq heures….
        ― C’est fantastique, ILS m’ont cloné. Tu es mon double.

        A suivre

        Parceval

      • #3577153
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Et bien, voici donc l’explication !
          Comment vont réagir les autorités… ?

          Secret d’état… je suppose…

          Merci ton superbe récit fantastique !

          J’ai hâte de lire la suite !

          Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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