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HIATUS-VINS 62

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 20-08-2025 00:32.
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      Parceval
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        HIATUS – VINS 62

        DERNIÈRE ÉPREUVE

        Il l’étreint tendrement, l’embrasse sur le front. Elle est glacée ; ainsi c’est maintenant, et ce baiser pourrait bien être celui de l’adieu…

        Il descend le chemin du grand jardin en foulées élastiques pour rejoindre le bord de la route en contrebas. Vraiment, un beau dimanche de printemps. La fraîcheur ne va pas perdurer longtemps. Il s’est mis au diapason de tous ces gens qui en profitent, à pied, en vélo, sportifs et promeneurs. Extraterrestres casqués vêtus de noir qui filent sur la route sur des motos pétaradantes, en quête de pistes improbables. Lunettes de soleil, casquette aux armes du Rugby club toulonnais, knickers et tenue de joggeur, Lucas délaisse les rives du Caramy et prend à gauche, d’un pas tranquille, direction Cabasse. Le château a fière allure, vu d’en bas. L’apprécie-t-il vraiment ? Il est déjà ailleurs. Une large courbe et son objectif est en vue: le croisement du bosquet. Bien sûr qu’il appréhende l’instant d’approcher l’oratoire, revivre les moments terribles de son éveil ici-bas. Mais pas d’électrochoc, juste un certain malaise qui lui crispe l’estomac alors qu’il fait face à la niche mariale fleurie par des passants. Une impression bizarre, indéfinissable, tous les sens en alerte. Cet endroit a été le théâtre d’évènements étranges et pas seulement son cas. Une sorte de rémanence, présence impalpable, magnétique. Allons, c’est sans doute le bout du chemin. Il s’assied sur le banc de pierre, résigné et médite sur le sort qu’on lui a fait, perd la notion du temps. Il ne saura jamais ce qu’il advient ensuite. C’est le carillon de l’église célébrant l’office qui va rompre sa torpeur. Il est toujours là et apparemment l’heure est conforme. La date ? Il pourra vérifier plus tard. Se pourrait-il que ce qu’il a pu déduire des motivations de ses créateurs soit avéré ? Qu’ils abandonnent leur jouet à son sort ? Aubaine ou malédiction ? Sans doute les deux, il va y réfléchir. En attendant, il achète. Il achète la chance qui lui est donnée. Accepte même l’idée que cela peut être provisoire. Lucas se lève et remonte le chemin du bosquet, pour boucler son pèlerinage. Non, il n’aime plus cet endroit, sans doute parce qu’il l’a « connu » avant ces nouveaux quartiers pavillonnaires qui ont fleuri. Tiens même ça : un flic municipal à VTT le croise, s’arrête peu après en le regardant, secoue la tête et poursuit la descente.
        Éric Plana a cru avoir la berlue : ce type, on aurait dit le fada qu’il a maîtrisé au tabac il y a deux ans. Marrant, à s’y tromper. Lucas a perçu sa curiosité. Il ne faudra pas rester trop de temps par ici, il n’a pas envie qu’on le reconnaisse.
        Cela l’amène à s’interroger : S’il s’agit d’un jeu ou d’un défi entre esprits supérieurs, pourquoi l’avoir doté ou réveillé des capacités qui font de lui un être à part ?
        Un groupe de cyclistes le dépasse, charmant : deux jeunes enfants sur les petits vélos, arc-boutés sur les pédales, encouragés de la voix par les parents.
        Un être à part, tiré du néant et qui y serait retourné sans doute sans l’éclosion de ces facultés hors norme. Qui aurait pu survivre à pareille situation sans réellement perdre la raison ? Il repasse encore une fois le film de sa courte vie. Force est de constater qu’il a bénéficié d’un enchaînement de circonstances qui ont favorisé son insertion (Est-ce vraiment la chance ?) La rencontre de Sonia lui semble essentielle à l’éclosion de son humanité.
        Oui, au bout du compte, un être à part doté de potentialités, car il ne doute pas un seul instant qu’elles vont encore s’affirmer, qui lui permettront, s’il en fait à plein l’usage, de se tailler une place de choix dans la société. Un émir de l’ombre. Une place qu’il ne vise pas aujourd’hui, car il compte bien se limiter à sa sécurité et à l’aide de son prochain. N’est-il pas devenu, lui, l’étranger, un homme à part entière ? Saura-t-il résister à la tentation. Avec Sonia, sans doute. Si avenir il y a, il ne peut l’imaginer sans elle. Est-elle prête à l’accepter ?
        Il longe, distrait, la clôture blanche du pigeonnier de Fernand et poursuit en direction des courts de tennis du château. Une halte au lavoir après le petit pont, autre station de son chemin de croix.
        Quand même, ces grands sorciers de l’ailleurs, ça lui semble un peu court qu’ils l’aient fait comme ça uniquement par jeu ou par défi, comme un petit problème à résoudre dont l’énoncé s’appelait Lucas Kervelec. Mais alors, qu’attendent-ils de lui ? Il n’a pas eu la réponse lors de ce moment d’absence en bas du chemin. En tout cas, qu’il ne lui soit jamais demandé de nuire à ses semblables, il préférerait se détruire. Bon, il ne sert à rien de ruminer davantage. La boucle est bouclée, il se lève, en proie à un accès d’hilarité qu’il cache de la main. La dérision est salutaire : To be or not to be ? Why ? Ce sont bien les questions qui clôturent la phase des angoisses métaphysiques.
        Il passe sur l’esplanade, la voiture est à sa place. Par sécurité, il va acheter le journal. On ne sait jamais, avec ces dieux farceurs. Aujourd’hui est bien aujourd’hui. Il traverse la foule du dimanche qui stationne sur la placette après l’office et descend au gîte. La porte de leur chambre est close, Sonia ne répond pas. Pas plus de succès au portable. L’hôtesse, consultée, affirme l’avoir vu sortir vers onze heures et demie. Il se rassure néanmoins, car il ne la perçoit pas très loin. Où peut-elle être ? Son petit doigt lui dit d’aller voir vers le vieux pont.
        Dès qu’il traverse la chaussée et s’approche de la rivière, il la reconnaît dans la silhouette appuyée sur le parapet et qui s’abîme dans la contemplation du Caramy. En même temps, il est assailli par un sentiment puissant de solitude et d’abandon tel qu’il en a le cœur serré. Bon dieu, Sonia !

        A Suivre
        Parceval

      • #3580167
        Sybilla
        Maître des clés
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          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Aller sur le lieu où tout a commencé n’a pas porté ses fruits pour l’instant…

          J’ai hâte de lire la suite !

          Superbe récit en partage !

          Belle nuit Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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