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HIATUS-VINS 63

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 23-08-2025 21:38.
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    Parceval
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      HIATUS – VINS 63

      RETOUR VERS LE FUTUR

      Pourquoi ? Il presse le pas, louvoyant entre les gosses qui jouent et les promeneurs du bord de l’eau.
      Sonia est complètement absorbée par le film d’eau qui ruisselle sur la chaussée, littéralement hypnotisée par le chant et les reflets liquides. Dans une bulle où elle flotte, détachée de tout. C’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour supporter une attente qu’elle croit vaine, et qui a pris corps par le petit objet qu’elle emprisonne dans sa main droite. Une heure avant, pour tuer le temps, elle a eu la mauvaise idée de mettre de l’ordre dans le foutoir qui remplit son sac…
      Elle a senti une présence derrière elle, se retourne, se serait écroulée s’il ne l’avait soutenue. Une plainte : « Toi ? »
      ―Mais oui, Cara mia, C’est moi, tu n’as pas l’air d’y croire. Je t’avais dit que je serai de retour pour déjeuner. Alors ?
      Les vannes s’ouvrent et c’est le bal des kleenex. Il l’entraîne vers le village, hors de portée des regards désapprobateurs qui lui sont adressés.
      ― Alors ? J’en peux plus, Lucas, tu vas me tuer. C’est quoi ça ?
      Et elle ouvre sa main crispée sur le stick USB.
      ― Voilà pourquoi… J’avoue. Pourtant je l’avais bien planqué au fond. J’avoue avoir sous-estimé ton goût de l’ordre. Tu peux me la rendre, c’est sans intérêt maintenant. Mais je ne pouvais être sur à cent pour cent de revenir. J’ai surmonté sans dommages la confrontation avec Senior. En serait-il de même pour le retour l’endroit où je suis « réapparu » ? Je redoutais beaucoup ce moment, mais rien d’irrémédiable ne s’est produit. Mieux j’ai pu revivre sans trop souffrir ces instants-là. En fait cette démarche m’a permis d’exorciser ma peur et ma souffrance un peu comme toi avec moi naguère pour tes parents. J’ai pu enfin boucler l’inventaire de Lucas. Je vais, comme promis, partager tout cela avec celle qui tient les clefs de notre avenir. Mais dans l’immédiat, viens, je t’emmène déjeuner dans le premier troquet ouvert au Val. Ici, on m’a déjà trop vu. Je profiterai de la mi-temps pour mettre de l’ordre moi aussi. Je t’en prie, sèche tes yeux, n’ajoute pas à ma culpabilité…

      Ils sont revenus au gîte vers trois heures. Se sont enfermés dans leur chambre comme dans un refuge, rideaux tirés. Qu’a-t-il ajouté pendant leur collation au bar de l’autre village ? Pas grand-chose, juste épilogué sur son retour à l’oratoire.
      ― Ce que j’ai compris là-bas, ce dont je me doute et ce que j’ai déduit tient en peu de choses : Voilà, j’ai trouvé des traces, senti leur passage ici. Les Deus ex machina ce sont bien EUX. Peut-être m’ont-ils « vu » car j’ai eu un moment d’absence. C’est sûr, ce lieu est un point de passage, une escale ou une porte pour ceux qui viennent d’ailleurs, de loin dans l’espace-temps ou d’univers parallèles. Depuis la nuit des temps. Mais je doute que cela perdure : Est-ce compatible avec l’urbanisation du secteur ? Pour ce qui concerne celui que tu appelles Luc ou Lucas, je préférerais que nous soyons tranquilles et seuls pour faire le point. Un sursis qu’ils goûtent simplement, d’un commun accord.
      Étendus côte à côte dans la pénombre, ils se tiennent par la main, proches et lointains par la pensée. Une pression des doigts, il se lâche et elle perçoit qu’il se met à sa merci.
      ― Je ne vais pas revenir sur ce que j’ai pu te dire ou que tu sais déjà, dont l’essentiel s’est malheureusement vérifié.
      Deux ans, Sonia, bientôt deux ans que je suis né, copie à l’atome près du modèle enregistré en 66. Adulte, pur produit de synthèse, programmé et habité par le vécu de Lucas Kervelec. Ça te donne une idée de la science de mes créateurs. Ils ont bien du s’amuser, un jeu, un défi, genre t’es pas cap ? Non seulement la copie est parfaite, mais ils ont été jusqu’à réaliser l’objet de sa vaticination onirique : un saut temporel à l’échelle d’une vie. Quatre décennies avait-il pensé ? Quarante-deux ans après ils m’ont parachuté à Vins. Au même endroit, Lucas au bois dormant ! Réveillé le dix-neuf juin 2008. Sans sa princesse !
      Sans doute devait-il se trouver parmi ces brillants esprits des perfectionnistes. Enfin, j’imagine, qui ont jugé que notre boite à idées recelait des potentialités qu’il serait dommage de ne pas activer.
      Donc, quarante-deux ans de hiatus. Sans importance, le temps ne s’écoule pas pareil pour eux. Il reste que ma programmation a du être longue et laborieuse puisque je me suis trouvé physiquement vieilli d’environ dix ans à l’arrivée. Un hiatus sur le hiatus, le seul véritable d’ailleurs. J’ai idée que si Lucas avait rêvé mille ans, ça n’aurait pas été un problème.

      Il se lève, face à la baie vitrée, fixant sans les voir la rivière et le pont en contrebas, au travers le tulle du rideau. Sa voix se teinte d’amertume quand il poursuit. Sonia n’a pas bougé, comme endormie.

      ― Depuis ce jour, je me suis escrimé à être Lucas, enduré toutes les souffrances causées par ce déracinement, cette chronologie amputée. Et puis, sans doute aidé par l’éclosion de mes nouvelles sensibilités, j’ai pu surmonter progressivement ce traumatisme, et gérer au mieux la situation qui m’était faite. En même temps que je me fixais l’objectif de retrouver les traces confortant mon identité, d’essayer de comprendre ce qui s’était passé, pourquoi et comment j’avais été projeté dans le futur, j’ai été saisi par un puissant besoin de m’intégrer, de trouver ma place dans la société telle qu’elle avait évolué. En un mot reprendre ce que je pensais être ma vie. Même en milieu hospitalier, mon environnement s’est montré favorable à cette démarche. Je ne saurai jamais si c’est du à ma capacité à générer de l’empathie. Je préfère penser que j’ai eu affaire à des gens profondément humains. Et puis il y a eu toi, un choc, une révélation, le partage total de nos souffrances, et la certitude d’avoir trouvé l’âme sœur, celle qui m’accompagnerait dans les épreuves, qui fonderait un avenir. Et je t’ai attendue, poursuivant, pragmatique et déterminé, la quête de mon identité.

      A suivre

      Parceval

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      • #3580295
        Sybilla
        Maître des clés
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          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Cette découverte n’est pas vraiment une découverte en soi… les choses devenaient évidentes…

          Superbe récit en partage !

          Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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