Oasis des Artistes

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HIATUS VINS 7

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Sybilla, le 14-04-2025 22:21.
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    • #2719278
      Parceval
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        LUCAS ET ANNETTE

        Lucas Kervelec est technicien des arsenaux, et bosse au Centre d’essais de l’île du Levant de manière régulière sans avoir le statut de permanent : il est très souvent en mission. Son atelier de base se trouve à l’Arsenal au Mourillon. Il a vingt ans et loge à La Seyne chez sa mère, ce qui ne l’empêche pas de vivre sa vie de garçon. Son père et sa famille sont des expatriés. Il a beaucoup de copains, quelques potes. L’amitié fait partie de ses valeurs. Il ne se considère pas maltraité par la nature : grand brun, pas très musclé, pas sportif, physique plutôt agréable ; de la conversation. Et modeste avec ça ! Les filles, ça ne va pas trop mal. Un tempérament paradoxalement solitaire avec, pour résultat, d’être à la fois un grand rêveur, lecteur assidu et grand amateur de science fiction, et d’avoir les pieds sur terre. Bien organisé dans ses activités personnelles et professionnelles. Une quatre chevaux Renault pour vadrouiller. Pour le moment, son souci, c’est le service militaire. Son sursis prend fin en octobre et il a peu d’espoir de le renouveler. Nous sommes en 1960. Et l’Algérie, c’est chaud. Il n’a pas la fibre militaire, malgré, ou à cause du milieu dans lequel il exerce son métier d’électronicien.
        En attendant, il profite de l’été finissant pour s’amuser encore un peu. Ses potes garagistes lui proposent une virée à la Capte pour samedi, avec une bagnole anglaise au moteur gonflé. Super pour la drague. C’est parti !
        Arrivés sur site en fin de matinée, ils poussent jusqu’à Giens, à l’embarcadère de Porquerolles. Des sandwiches et une bière tiendront lieu de déjeuner. Trouvent une crique pas loin pour se baigner, des rochers pour plonger et faire le beau auprès des estivantes. A part des rires niais à leurs pitreries, ça ne mord pas. Une heure de sieste et les voila repartis à la Capte. Il y a un sacré peuple. Après une reconnaissance visuelle et musicale des lieux animés, ils finissent par échouer au « Rêve ». Ambiance, ambiance. La chasse est ouverte. Chacun pour soi et Dieu pour tous. Lucas reste en retrait lors des séquences Be-Bop. Il est vrai que la danse n’est pas son fort, mais surtout le passage obligé pour entreprendre les filles. A part le slow, le paso-doble et le tango, version corse, il consent parfois à s’agiter maladroitement sur un charleston ou un chachacha. Il se régale, vaguement envieux, à voir évoluer les couples sur des rythmes endiablés.
        Tiens, comme maintenant, en voila deux qui s’éclatent sur la piste, une vraie démonstration, à tel point qu’ils sont bientôt seuls, entourés d’un cercle admiratif. Pas mal, la nana, cheveux jusqu’au milieu du dos, blonds, décolorés sans doute. Un joli minois, tout ce qu’il faut là où il faut… Ils terminent, hors d’haleine, saluent sous les applaudissements et les lazzis. Se séparent. Le mec repart aussi sec avec une autre cavalière. La fille rejoint des copines à sa table et siffle d’un trait un diabolo menthe. Elles ont l’air de se marrer. Le radar de Lucas est « accroché ». A la pause tango qui finit par arriver, il tente sa chance. Elle ne dit pas non, souriante. Il a conscience du niveau des banalités qu’il lui sert pour meubler leurs évolutions, mais basta, cette fille lui fait perdre sa verve habituelle. Qu’est-ce qu’il est bien là, collé contre elle…
        Hou-hou ! C’est fini… Elle rit, sans se moquer. Il la raccompagne, plaisante avec ses copines. Ils danseront… de temps en temps. Elle, c’est Annette, de Toulon. Se pourrait-il qu’il ait un ticket ? Vu ses prestations, possible. Bingo, au dernier slow, il cherche sa bouche, et la trouve, complice. Yaouh !
        Il rameute Hervé et Serge vers la table des filles, dès qu’il comprend qu’elles cherchent une charrette pour rentrer. Pas fâchés, ils chassaient dans un banc de thons. Josy et Armande sont plutôt de la classe girelle. C’est OK, ils finissent l’après midi copain-copain, avant de ramener leurs « conquêtes ».

        Le lendemain, après déjeuner, Annette annonce qu’elle se fait un ciné avec les copines. Sa mère, pas dupe, la regarde attraper son sac et filer sans demander son reste. Le ciné, mon œil. Elle a passé la matinée à se pomponner : Foulard, lunettes de soleil, pantalons et chemisier de vichy noué à la taille, ballerines assorties, c’est tout à fait la tenue idoine. A d’autres. Sourire attendri.
        Au bout de la rue, elle avise d’un air dégagé la 4CV qui stationne un peu plus loin. Tut-tut ! C’est lui ! Une bise sur la joue et c’est parti. Vu le mistral qui souffle, on va laisser la mer. Il propose de monter au mont Faron par la corniche. Bonne idée, avec sa vespa d’occase, elle n’a jamais tenté. Pendant l’ascension, ils bavardent, de tout de rien, amicalement, et c’est nettement mieux que l’ambiance rentre-dedans de la veille.
        Bientôt rendus, ils appréhendent le panorama splendide de la rade de Toulon depuis le Mémorial. Il faut s’accrocher. Les rafales puissantes font chanter la pinède au point de rendre toute conversation inaudible. Sans qu’elle proteste, impulsivement, il ôte son foulard, ses lunettes, et libère ses cheveux nattés en queue de cheval. Elle rit, toute ébouriffée, puis se tait devant son regard. Il l’étreint et trouve sa bouche. Il y a plein de petits clignotants rouges qui s’allument et qu’elle ignore parce qu’elle ne veut voir que les étoiles. Ils trouvent un coin abrité pour roucouler à l’aise.
        Ils vont terminer l’après-midi en terrasse, face à Saint-Mandrier, au Mourillon. Tango pour monsieur, diabolo grenadine pour la demoiselle. Nouveau rencart. Il est admis en deuxième semaine. Et perplexe. Celle qu’il voyait d’abord comme une citadelle à prendre se révèle mériter certainement mieux que ce qu’il projetait. Il brûle de tout savoir d’Annette. Elle en a dit un peu, également curieuse de ce qui fait sa vie.

        A suivre (l’idylle)

        Parceval

      • #3562869
        Sybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 5464
          • Réponses: 79667

          Bonsoir Cher Ami poète Parceval,

          Très beau récit palpitant !

          Je vais aller lire la suite !

          Belle soirée Cher Ami poète Parceval !
          Toutes mes amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
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