Oasis des Artistes

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

Je t’en supplie: donne-moi la mort

  • Ce sujet contient 13 réponses, 4 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Erhan, le 01-05-2011 18:44.
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    Sujet
  • #2610669
    Erhan
      • Sujet: 121
      • Réponses: 1250

      Mon Dieu que le ciel est bleu !
      Les couleurs de tout ce qui m’entoure
      sont si jolies.
      Ma respiration se fait de plus en plus forte,
      c’est beau.

      La main qui tient la mienne est si douce.
      Malheureusement je ne peux la serrer ni la
      sentir.

      Oh, voilà un oiseau qui vient de se poser.
      La main caresse la mienne. Je voudrais
      tant pouvoir lui parler, mes mots restent
      emprisonnés dans ma tête.

      Je suis assis dans ce fauteuil dans lequel je
      suis incapable de faire le moindre geste.
      Un cordon ombilical me relie à une
      machine qui respire en même temps que moi.

      Ma mémoire remonte à hier, quand je me suis
      réveillé.
      Ma chambre est toute blanche, j’ai cru que
      j’étais au paradis.

      Lorsque j’ai vu pour la première fois la personne
      qui me tenait la main, j’ai cru que c’était un ange.

      Elle me parle affectueusement avec des mots
      qui sont tellement gentils que seuls les anges
      connaissent. Qui suis-je ? Je n’en sais rien.

      Pourquoi suis-je là… Seul compte pour moi l’instant de
      mon réveil. Pour moi je suis né hier. Elle me parle de sa
      fille, de son mari, de sa maison, de sa vie…mais moi je
      ne peux lui répondre.

      Je suis une personne sans la faculté de la parole.
      Les autres malades ont de la famille qui leur rend visite.

      Moi, je n’ai que Léa. C’est elle qui m’a dit son prénom et
      le mien. Je m’appelle Grégoire, Je suis un inconnu pour
      moi-même.

      Le parc arboré dans lequel nous nous trouvons est si vert,
      les arbres tels des géants sont les gardiens de cet endroit.

      Une brise souffle, sans attendre elle dépose sur mes épaules
      une couverture .Je veux tourner la tête, pour la remercier.
      Mes mouvements sont bloqués !

      Elle s’accroupit, elle me regarde avec tendresse.
      -Grégoire, vous n’avez pas trop froid ?
      Si c’est le cas nous rentrerons.

      Je cligne des yeux pour dire non. Elle est stupéfaite
      et repose sa question.

      -Grégoire si c’est oui, clignez une fois, si c’est
      non deux fois.
      Je cligne donc deux fois. Elle est si contente
      que son visage s’illumine de mille bonheurs.

      -Vous savez Grégoire, le docteur m’avait dit
      qu’il n’y avait pas d’espoir de communiquer
      avec vous. Votre accident a été si terrible que
      c’est un miracle que vous soyez en vie !

      Dorénavant, convenons que pour oui vous
      clignerez une fois, pour dire non deux fois

      Elle reprend mes mains dans les siennes.
      Je devine qu’elles sont si douces qu’on dirait
      qu’elles ont été conçues avec des pétales de roses.

      L’heure de promenade est terminée, mon ange
      gardien me ramène dans ma chambre.

      Je réalise l’ampleur de mon handicap. Pas moins
      de six personnes sont là pour m’installer dans le lit.
      C’est une corvée qui prend presqu’une heure.

      Les jours se suivent, ils apportent leur lot
      d’incertitudes. Le plus terrible c’est ce respirateur
      auquel je suis relié.

      J’attends Léa impatiemment,
      c’est avec elle seule que je veux parler.

      C’est long, trop long ! Les heures sont rythmées
      par ce satané respirateur, je ne sais toujours pas
      ce qui m’est arrivé.

      Pas de visite, j’en déduis que je suis seul
      dans la vie.

      Je ne peux même pas voir mon corps.

      Qui suis-je en réalité? Elle seule peut me répondre.

      Enfin, la voilà. Elle est radieuse, ses yeux bleus
      couleur ciel sont si beaux que je voudrais m’y
      perdre à jamais.

      Ses cheveux blonds sont noués, telle une
      tresse de fils de soie. Je voudrais les caresser.
      Son premier geste est de me tenir la main.

      Elle me regarde dans les yeux avec une tendresse
      maternelle.

      -Grégoire, comment allez-vous ?
      Je ne cligne pas les yeux, mon regard est fixe.

      Je voudrais lui demander qui je suis. Pourquoi je suis là ?
      Pourquoi, et encore pourquoi ?

      -Grégoire, ça ne va pas ?

      -oui

      Elle me raconte alors mon histoire tragique.

      -Vous avez trente et un ans, vous êtes marié.
      Vous étiez dans le coma depuis trois mois,
      suite à un accident de la route.

      Après avoir quitté votre emploi de magasinier,
      vous avez pris l’autoroute, un conducteur
      fantôme venant en sens inverse vous a percuté.
      Il est mort !

      Le choc a été terrible, vous êtes paralysé de
      tous vos membres. Vous ne pouvez pas respirer
      sans l’aide d’ un respirateur artificiel.

      Votre épouse ne vient plus, depuis que le médecin
      lui a dit que votre état ne s’améliorerait pas.

      Vous n’avez pas de parents, ils sont morts dans
      un accident de voiture quand vous aviez cinq ans.

      Maintenant, je vais vous faire vos soins.

      Sans autre mot, elle s’affaire.
      Je n’ai aucun sentiment particulier, mon amnésie
      est une barrière à la souffrance.

      Je suis préoccupé par ma paralysie. Le respirateur
      râle, comme s’il était animé d’une vie propre et qu’il
      comprenait mon état.

      Je n’ai donc aucune perspective!

      Léa s’approche pour que je puisse la voir.
      Mon Dieu qu’elle est belle ! Une voix intérieure
      me rappelle qu’elle est mariée.

      Et moi, je suis là, inutile, dépendant, sans
      aucun avenir.

      -Grégoire, nous ne pouvons pas faire une
      sortie aujourd’hui car il pleut.

      Ma fille a réussi ses examens de fin d’année.
      Elle est en quatrième année primaire.
      Voici sa photo, elle est jolie, vous ne trouvez pas ?

      -oui

      En effet, elle est si jolie, elle ressemble à sa maman.
      Toutes mes pensées sont pour Léa !

      Je réalise qu’il faut lui avouer mes sentiments.
      Comment faire ?
      Les soins terminés, elle s’en va.

      Alors mon monde s’écroule, je suis un égaré dans
      un désert de solitude.
      Ce qui me hante est de rester là.

      La visite du chirurgien est on ne peut plus claire
      sur ma situation.

      -Vous avez de la chance, l’assurance prend
      à sa charge tous vos soins.

      Léa m’a dit que vous pouvez vous exprimer
      par des clignements de paupières.

      J’ai une bonne nouvelle, si vous le souhaitez,
      le service informatique pourrait relier les muscles
      de vos paupières à un programme informatique.

      Vous pourriez ainsi vous exprimer.
      C’est une technologie des plus récentes!

      Monsieur Mainhotte, si vous êtes d’accord, dites- le moi.
      Je cligne pour donner mon accord.

      -Bien, je mets l’équipe sur le coup.
      Toute la nuit, je reste éveillé. Mes pensées fusent
      dans ma tête, telles des comètes.

      Je ne peux rester dans cette situation : inhumaine.
      Léa pourrait m’aider… Mais ,puis-je la solliciter dans
      ce domaine? Je perds le fil de mes idées qui étaient
      rythmées par le respirateur artificiel.

      Je suis seul au monde !
      Ma femme, ne vient plus. Puis-je la blâmer ?

      D’ailleurs je n’ai aucun souvenir d’elle, c’est
      mieux ainsi.

      Le lendemain, l’équipe informatique est là.
      Des électrodes sont placées au pourtour de
      mes yeux.

      Un écran est à ma disposition. Je peux diriger
      le programme avec mes yeux. Une voix métallique
      peut même prendre le relai. C’est fantastique !

      Je peux enfin m’exprimer. Je remercie l’équipe
      des informaticiens.
      Ayant perdu la mémoire, je ne sais pas si je
      suis croyant.

      Je vais donc sur des sites de
      toutes les confessions religieuses.

      Baratin! Je ne crois en rien ! La seule chose
      en quoi je crois ; c’est la mort assistée.

      J’ai été voir sur des forums, la chose n’est
      pas légale mais la pratique est courante.

      Mes idées sont encore vagues, pour le moment
      je veux connaître Léa.

      Le lendemain, Léa vient tout sourire pour mes soins.
      Elle est folle de joie! Parler enfin avec moi!
      Certes, c’est un peu saccadé mais je m’y fais aisément.

      -Léa, je n’ai que vous au monde.

      -Pour le moment c’est vrai, dans quelques temps,
      sympathique comme vous êtes, vous allez vous faire
      des amis ici et sur facebook.

      -Léa, je sais que vous êtes mariée… mais je ne pense
      qu’à vous !

      Elle rougit, tourne la tête et s’affaire aux soins.

      -Léa… Léa… répondez-moi.

      -Grégoire, je ne peux avoir une relation autre
      que celle d’une infirmière pour son malade.

      -Oui, je comprends. Je ne suis pas un malade ordinaire.
      je voudrais vous parler en ami.

      -Ah bon ! Euh…Oui bien sûr.

      -Pensez-vous que ma vie vaille la peine d’être vécue ?

      -J’en suis persuadée.

      -Suis-je normal ?

      -Et bien, votre esprit est vif.

      -Un homme n’a-t-il pas le droit de choisir sa mort ?

      -Comme vous y allez, grand Dieu !

      -Dieu, peut-il m’aider à me relever et redevenir valide ?

      -Grégoire, ma foi m’interdit de vous laisser proférer
      des blasphèmes.

      -Vous ne répondez pas à ma question.

      -Bien, je dois vous laisser. A demain…

      Son visage s’est assombri, faisant place à une peur.

      C’est mon ange, je sais que je la torture mais qui d’autre
      m’aiderait…

      J’apprends par une autre infirmière que je suis à Saint-Luc.
      Je comprends mieux les choses.

      Ma décision est prise, je ne veux pas finir sans l’avoir décidé.

      Cela est mon droit.

      Je veux aussi faire un don d’organe.

      Que ma mort serve à un autre malade.

      Pendant plusieurs jours, Léa ne vient pas.

      J’ai la visite de l’abbé.

      -Bonjour mon fils, comment allez-vous ?

      -Je ne suis pas votre fils !

      -Oui, je sais, mais c’est l’expression usitée.

      -Appelez-moi Grégoire.

      -Grégoire, Dieu est à vos côtés. Voulez-vous prier ?

      -Non, je veux mourir!

      – Que me dites-vous là ? La vie vaut la peine d’être
      vécue.

      -Vous trouvez ? Je ne peux même pas respirer par
      mes propres moyens.

      Dites-moi l’Abbé, si j’avais été un chien, aurait-il fallu me tuer ?

      -Oui, on ne peut laisser souffrir un animal.

      -Moi, je peux donc souffrir !

      -Mais vous n’êtes pas un animal, il faut prier et espérer.

      -Dieu a donné cette faculté aux hommes, pas aux animaux.

      -L’abbé, laissez-moi, je suis fatigué.
      Veuillez ne plus revenir !

      -Bien mon fils, que dieu vous protège.

      Enfin Léa est revenue. Son visage d’ange protecteur
      me fait du bien.

      Je lui relate les derniers évènements.

      Vous savez Léa, je dois pouvoir mourir dignement.
      Je sais que vous souffrez à cause de mes paroles,
      je vous en supplie ayez pitié de moi.

      Un jour, ma souffrance sera telle que
      je ne pourrai plus m’exprimer comme aujourd’hui.
      Je vous demande; un don de mort !

      Bien sûr je voudrais tellement parler et vous regarder
      dans vos yeux qui sont si merveilleux, mais ma raison
      me dit que je dois quitter cette terre et aller rejoindre
      d’autres anges que vous.

      Je n’ai pas fais le choix de venir ici, en tant qu’homme,
      j’ai le droit de mourir quand et comme je le désir.

      C’est vous que j’ai choisi. Mon souhait est de mourir
      en vous regardant.

      Votre époux a beaucoup de chance, dès qu’on vous
      regarde, on a l’impression que l’éternité est au fin
      fond de vos yeux.

      Je ne vous demande pas une réponse tout de suite,
      par amour de votre prochain, pensez-y.

      Je me retrouve tout seul, face à moi le plafond froid
      de la chambre.

      Je vis une situation inédite, mon seul espoir est d’en
      finir avec dignité.

      La flamme de la vie s’est éteinte. J’aurais dû mourir lors
      de l’accident!

      A défaut de pouvoir me tuer, je tue le temps grâce à
      internet. Je surf sur la vague.

      Étonnamment, les gens sont très intrigués par ma
      situation.
      Nombre d’entre eux veulent devenir mes amis.
      Ils me soutiennent comme ils disent…

      Pour eux, je suis un fait divers qui leur donne du courage
      dans leur propre vie.

      Se sentir en pleine santé, alors qu’il y a un pauvre type
      qui ne peut plus rien faire.

      Les quelques débats que j’ai eu sur la mort assistée se
      sont soldées par une fuite des internautes.
      C’est un sujet qui fait peur!

      Il est difficile de trouver une oreille attentive.
      Les idées des gens sont remplies de préjugés.

      L’hypocrisie règne en maître, j’aimerais tellement
      qu’une personne me dise » IL faut mourir, votre salut ne
      viendra pas »

      Je suis dure avec eux, seul moi sais ce qu’implique
      ma situation. Je voudrais pourtant témoigner,
      pour que mon histoire serve à d’autres.
      Il y aura toujours des conducteurs fantômes…

      Je décide alors d’écrire mon histoire. L’ordinateur m’aide
      énormément.

      Les heures se suivent, pour moi c’est le respirateur
      qui mène le débat. Je décide de l’appeler: Eole.
      Eole me répond.

      -Je suis ton gardien, tant que je suis là tu ne risque rien.

      – De quel droit te proclames-tu gardien de ma vie ?

      -Parce que j’ai été fabriqué dans cet objectif.

      -Bon sang! Pourrais-tu arrêter ce boucan ?
      Je suis à bout, sois sympa quittons-nous amis.

      -Inutile d’essayer de me détourner de mon devoir.

      Seul, le chirurgien peut me débrancher.

      -Crétin, c’est à moi de décider, je t’ordonne de me
      laisser tranquille. Je suis un homme libre !

      -Il ricane telle une hyène devant sa proie.

      Tout à coup je me rends compte de la situation suréaliste.
      Je délire, parler à une machine !

      Léa est bouleversée quand elle rentre chez elle,
      son mari s’aperçoit du désappointement de sa femme.

      Il en a l’habitude, Léa a toujours travailler dans de
      conditions où sa sensibilité a été mise à dure épreuve.

      -Qu’y a-t-il ?

      -Rien, un malade difficile.

      -Allez racontes, ça te soulagera.

      -Je t’en ai déjà parlé, c’est Grégoire, il me demande
      de l’assister pour mourir.

      -Il faut que tu prennes une décision ma chérie.

      Tu sais que je te soutiendrai quel que soit ton choix.
      Notre église ,à ce jour, ne l’accepte pas, mais ta
      conscience peut aller au-delà.

      D’ailleurs tu m’a dis qu’il était condamné.
      Je suis d’avis que le corps médical doit tout faire.

      Bien sûr, un médecin est là pour sauver des vies,
      mais un nouveau devoir lui incombe désormais : aider
      à mourir dans des cas extrêmes, par respect de leurs malades.

      Enfin Léa entre dans ma chambre.

      Elle est radieuse, elle me dit qu’aujourd’hui après les soins,
      elle sera disponible pour moi le reste de la journée.

      Je suis impatient…

      Les soins terminés, elle s’assied sur le bord du lit .

      Un ensemble de miroir me permettent de la voir.

      -Léa chérie, vous serez la seule femme que j’aurais
      vraiment aimé avant de partir.

      -Grégoire, vous exagérer !

      -Pas le moins du monde, le bonheur que vous me procurer
      est sans pareil.

      Elle rougit, ses joues s’enflamment.

      -Léa, avez-vous pensé à ma proposition ?

      -Oui, c’est au-dessus de mes forces.

      -Léa, pourrais-je vous tutoyer ?

      -Oui bien sûr !

      -Je t’en supplie donne- moi la mort !

      -Grégoire, vous pourriez en faire la demande
      au chirurgien.

      -Tu ne comprends donc pas !

      C’est toi que je veux pour m’aider à mourir,
      en homme digne.

      Tu es la seule et dernière personne qui me reste.
      Toi seule, me comprends, je le sais.

      Par amour, fais-le …

      Elle fond en larmes, son chagrin me brise le cœur
      en mille morceaux.

      -Non, il ne faut pas pleurer, là où j’irai ,je serai
      débarrassé de ce corps mutilé.

      Et qui sait, les portes du paradis me seront
      peut-être ouvertes ?

      Les larmes telles des gouttes de pluie se perdent dans
      l’océan de la souffrance.

      L’hypocrisie de notre monde guide nos sentiments.

      Le bonheur est parfois là où on le veut, pour moi
      cela sera le jour où je serai délivré, laissant à une
      personne de mon choix l’héritage de mes dernières
      pensées.

      En vérité, que me reste-t-il? Rien…

      Léa s’en va, son visage est inexpressif.

      La douleur que provoque ma demande lui est insupportable.

      Et, ça ma fait très mal aussi.

      Les jours se suivent, mon état se dégrade.
      Deux mois se sont écoulés depuis notre conversation.
      Je n’aborde plus le sujet, Léa est sombre. Je la respecte
      tellement que je ne parle plus que de banalités.

      Le pire, c’est la nuit. Le respirateur m’empoisonne la vie .

      Le jour de la visite des médecins, Je suis un cobaye.

      Les chuchotements vont bon train. Je ne suis pas idiot,
      un jeune stagiaire dit à son copain: il est mal en point,
      deux mois dis-tu ?

      Le professeur, le reprend de suite ; voyons monsieur! de la
      retenue!

      Ils croient que je n’ai pas compris.

      Il me reste donc, deux mois à vivre.

      De quelle manière, je le devine…

      L’hypocrisie du médecin est sans commune mesure.

      -Il me semble que votre état est satisfaisant mon ami ;

      -De quel droit m’appelez-vous mon ami ?

      -Eh bien, cher patient en voilà un comportement.

      -Ce n’est pas parce que je ne peux pas bouger que
      vous devez me parler d’une façon infantile.

      Respectez-moi !

      -Certes, pas d’énervement, veuillez gardez votre calme !

      Que puis-je pour vous ?

      -Laissez-moi mourir dignement.

      -Allons, en voilà des propos !

      -Docteur, ne faites pas l’hypocrite, je sais qu’il me reste
      deux mois à vivre, je l’ai entendu.

      -Je vais vous envoyer le psychologue.

      -La belle affaire !

      Je ne veux voir personne, si vous voulez faire quelque
      chose envoyez-moi l’infirmière Léa.

      -Comme vous voudrez.

      Léa arrive peu après. Je n’ai plus le choix, elle
      doit m’aider.

      Quoi qu’il en coûte, à elle comme à moi.

      -Me voilà Grégoire, vous avez encore tenu des propos graves.

      -Léa, ma chérie, tu sais qu’il me reste deux mois à vivre.

      Mon état va se dégrader, je ne pourrai plus rien faire
      que souffrir et subir.

      Surtout, ne pleure pas !

      Je te le redemande : donne-moi la mort !

      Grégoire, entre-nous s’est créé des liens très forts.

      Effectivement, je sais le temps qu’il vous reste.
      Aucun médecin ne veut prendre la décision.

      Je ne veux pas vous laisser souffrir, je ne sais pas
      comment je vais m’y prendre mais je vous jure que
      demain votre souhait sera exhaussé.

      -Merci, je ne sais pas si Dieu existe, je suis sûr par contre que
      les anges, eux, existent car si sur terre j’en ai rencontré un…

      Je suis soulagé, demain je quitte les rivages tristes de cette
      terre, vers des contrées où m’attendent des anges comme Léa.

      Comme tout homme valide, je me prépare pour le grand départ.
      Quel bonheur ! Je suis fou de joie, oh non pas triste du tout !
      Le devrai-je ?

      Tout d’abord je dicte mes dernières volontés par le
      biais de l’ordinateur.

      Puisque mon épouse s’est séparée officiellement de moi,
      je lègue tout ce que j’ai à l’association qui s’occupe
      des enfants cancéreux de l’hôpital.

      Ils sont formidables, ils emmènent les enfants à
      Eurodisney. Des jeux, des ordinateurs leur sont achetés.
      L’association vient en aide aux parents qui sont à bout
      de souffle psychologiquement et financièrement.

      Pour moi, un enfant ne doit jamais souffrir.
      Je dicte les raisons qui ont motivés ma décision.

      Je mets Léa hors de cause, j’écris que moi seul ,sain
      d’esprit, mais pas de corps, ai décidé d’en finir.

      Beaucoup d’hommes ont donné leur vies pour que
      d’autres retrouvent leur dignité.

      Je demande aux autorités de tenir compte de l’état
      avancé de ma maladie.

      L’histoire de mon récit se trouve dans le fichier :
      « Je t’en supplie donne-moi la mort »

      C’est la preuve que mon esprit est sain.

      Je sais que Léa aura des problèmes, je désire que
      mon cas fasse jurisprudence.

      Léa doit avoir le respect de tous et nullement inquiétée.

      Je remercie, tout le corps médical pour son dévouement.

      La nuit arrive enfin, je suis prêt.

      Léa arrive à l’heure convenue.

      -Bonsoir Grégoire.

      -Te voilà, mon ange.
      Je voudrais te dire combien je t’aime, et aurais voulu te
      conquérir avant de partir.

      Ton geste est une preuve d’amour, même si cet amour
      ne peut avoir la place que j’aurais souhaitée dans ton cœur.

      -Grégoire, si vous le désirez nous pouvons en discuter
      à nouveau.

      -Non, je suis décidé, c’est le plus beau jour de ma vie.

      Je voudrais te regarder dans les yeux avant d’être délivré.

      En professionnelle, elle me fait une injection d’une forte
      dose d’adrénaline.
      Mon cœur s’emballe, j’ai le temps de regarder ses yeux
      couleur ciel.

      Une fraction de seconde, je vois une lumière intense
      qui m’attire. Je vais vers elle, c’est si beau…

      -C’est enfin fini, il ne souffrira plus.
      Maintenant la bataille juridique va commencer
      pour moi.

      A Dieu, Grégoire, soyez heureux.
      Mon Dieu, pardonnez-moi, je vous aime tellement!

      [img align=left]http://6c.img.v4.skyrock.net/6c1/recontre-elle-lui-d-h-th/pics/1900994319_small_1.jpg[/img]

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    • Auteur
      Réponses
      • #2780937
        Erhan
          • Sujet: 121
          • Réponses: 1250

          Bonjour Irma,

          Je suis d’accord avec toi,c’est déplorable qu’un sujet

          aussi important ne bouge pas en France.

          Faut-il à chaque fois écrire au Président de la République?

          Bonne journée à toi et merci pour ton commentaire.

          Amitiés,Erhan

        • #2781603
          Erhan
            • Sujet: 121
            • Réponses: 1250

            Bonjour Jo-Alsace,

            Mon texte est dur,je le sais. Dans la vie il y a aussi ces moments là.

            Ce n’est pas évident de le commenter.La réflexion est ouverte…

            Je te remercie de l’avoir lu et surtout de m’avoir laissé un petit

            message,qui me fait énormément plaisir.

            Amitiés,Erhan

          • #2781715
            Jean Marie
              • Sujet: 212
              • Réponses: 667

              Bonjour Facillire,
              Quand je te lis, je pense à Voltaire.
              Un style simple, percutant.
              Pour un présenter un conflit-devoir réellement philosophique.
              Amitiés.

            • #2781748
              Erhan
                • Sujet: 121
                • Réponses: 1250

                Bonjour Jaicemail,

                Lire mes textes ça me fait déjà énormément plaisir.

                J’essaie d’y mettre toute l’humanité et la tolérance possible.

                Et quand un virtuose des mots comme toi me compare à Voltaire,que dire?

                Je te remercie,je t’apprécie aussi énormément.

                Dans mon pays de Méditerranée on dit « Heureusement que tu existes »

                Amitiés de Liège,Erhan

              • #2782270
                Erhan
                  • Sujet: 121
                  • Réponses: 1250

                  Bonjour Automne,

                  Je te remercie pour tes commentaires,si seulement avec nos petits

                  moyens on pouvait faire changer les mentalités.

                  Bonjour Honore,

                  Je suis ravi que tu ais apprécié mon texte .

                  J’ai réfléchi longtemps avant de le mettre sur le site.

                  Sujet très sensible.

                • #2782278
                  Erhan
                    • Sujet: 121
                    • Réponses: 1250

                    Bonjour Iseult,

                    Je suis très touché par le décès de ton frère.Je te présente mes sincères

                    condoléances. Exprimer sa douleur,mettre des mots

                    sur les sentiments c’est bien.

                    Parler de ta douleur peut aider d’autres personnes,je ne cacherai pas que c’est pour moi

                    difficile de lire ton vécu mais en écrivant ce texte j’en étais conscient et je l’assume

                    pleinement au nom de la dignité humaine.

                    Amitiés,courage.

                    Erhan

                  • #2782285
                    Erhan
                      • Sujet: 121
                      • Réponses: 1250

                      Merci

                      Erhan

                    • #2782334
                      Erhan
                        • Sujet: 121
                        • Réponses: 1250

                        Merci Houria,

                        Amitiés,Erhan

                      • #2782394
                        Erhan
                          • Sujet: 121
                          • Réponses: 1250

                          Merci à toi et à toute ta famille.

                          Amitiés,Erhan

                        • #2782395
                          Mascotte d'Oasis
                          mostafa HOUMIR
                            • Sujet: 1013
                            • Réponses: 6978

                            Quelle histoire bouleversante et terrible!Cette condition humaine sans issue et sans espoir est horrible et effrayante! avons-nous ce droit; celui de donner la mort même dans des cas aussi désespérés comme celui-là? Sommes-nous assez inhumains et indifférents pour laisser ces malades souffrir pour rien? C’est un dilemme affreux, cauchemardesque, insupportable!
                            je pense que chez nous aussi ,c’est interdit, surtout par notre religion qui affirme que seul Dieu à ce pouvoir de donner la mort.
                            J’ai lu ce texte bouleversant avec beaucoup de questionnements et d’émotions. Dois-je le dire: Moi, j’aiderai cet homme à partir.

                            Ma vie n'est plus une barque dans une mer enrag?e
                            Et je ne suis plus le naufrag?!
                            ...............................................................................................
                            Mostafa, point fat, seul, las, si doux, r?vant de sa mie!!!
                          • #2782397
                            Erhan
                              • Sujet: 121
                              • Réponses: 1250

                              Grand merci Mostafa

                            • #2782612
                              Plume de diamant
                              ★★★★★★
                              cyrael
                                • Sujet: 4849
                                • Réponses: 48873

                                je lis,

                                je laisse le silence
                                prendre la PLACE DES MOTS

                                texte

                                émouvant, puissant, intense..

                                l'Amour rayonne quand l'Ame s'?l?ve, citation maryjo
                              • #2782614
                                Erhan
                                  • Sujet: 121
                                  • Réponses: 1250

                                  Merci Cyrael,

                                  Un texte écrit dans la douleur.

                                  J’espère avoir respecté la pudeur

                                  nécessaire.

                                  Amitié,Erhan

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