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Sujet
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[center][size=x-large]La dance interrompue[/size]
Te souviens-tu d’hier, quand ton bois frémissait,
Avant qu’on te brade avec d’injustes promesses,
Pour maquiller le temps d’un présent qui blessait
La gloire de ton âge et ses lentes tendresses ?Tu veillais dans la nuit comme un souffle nerveux,
Un murmure sculpté dans la chair des orages,
Et tes fibres gardaient, dans le secret des yeux,
La mémoire d’un monde enfoui sous les mirages.À présent tu te dresses, orgueil désenrayé,
Deux torses enlacés dans l’ombre qui recule,
Corps jumeaux pétrifiés qu’un instant a scellés
Contre un mur de silence où toute âme s’accule.Charef Berkani
Tout droit réservé 2025
[/center]Prose poétique
Te souviens-tu d’avant… Avant qu’on ne t’arrache à ta haute solitude pour te poser ici, comme une relique que l’on montre avec respect, mais sans comprendre la lumière qui t’habitait. On t’a dressé contre un mur sombre, un mur qui ne sait rien de tes racines, rien de tes nuits d’autrefois, quand le vent s’attachait à toi comme un vieil ami, et que chaque brisure de ta peau racontait une saison.
Tu portes encore ce geste de l’étreinte, cette torsion d’amour que seuls connaissent les êtres qui ont trop vécu pour se détacher. Deux corps devenus bois, deux mémoires soudées dans un seul vertige. On pourrait croire que tu danses, mais c’est l’écho d’une danse ancienne, figée au moment exact où le monde a tourné sans toi.
On t’a placé là pour embellir le présent, comme on brade les légendes pour rassurer les passants. Pourtant, dans le secret de ton grain, dans le tremblement invisible de tes veines asséchées, demeure la splendeur intacte de ce qui fut : une force libre, un cri silencieux, un amour de la terre que rien n’a réussi à détourner.
Tu n’es pas un décor. Tu es un souvenir debout. Une vérité qu’on a voulu dompter, mais qui continue à respirer dans son propre langage, à l’ombre d’une lanterne qui ne sait pas qu’elle éclaire un cœur ancien.
Charef Berkani
Tout droit réservé 2025
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