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Sujet
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Le percolateur du bar fonctionnait en permanence. La vapeur s’échappait et criait, stridente. Un peu comme naguère les locomotives à charbon de la gare. Nous étions en gare de Paris Saint-Lazare. Depuis longtemps les vapeurs avaient déserté les rails. Seule, celle de la brasserie continuait à fonctionner.
Ce matin, aux pieds humides, c’est ainsi que les cheminots appellent la brasserie, le percolateur tournait sans arrêt. Les clients réclamaient le café du matin, celui qui réveille et permet d’affronter la journée de boulot. L’heure de pointe dans cette gare ressemble à la procession des croyants à la Mecque. Tu tournes en rond, bousculé, piétiné. Parfois tu es transporté, par l’affluence, loin de l’endroit que tu visais. La marée humaine te broie. Jusqu’aux environs de neuf heures, l’enfer ne cesse sa course. Dans ces heures-là, le perco vit des cadences infernales. Les places au comptoir sont chères. Les plus forts bousculent, s’imposent. Les autres boivent leur café debout et à toute vitesse.
Le Taiseux s’était fait une place. Les coudes sur le zinc, il s’agrippait. Il n’était pas pressé. Son métier d’enquêteur permettait de prendre son temps. Les morts peuvent attendre. Ce ne sont pas des patrons trop exigeants. Il dégustait son jus. À quelque pas de la brasserie, un cordeau mit en place par les soldats, délimitait, protégeait, une partie de l’espace de la salle des pas perdus. Pour une fois, il ne s’agissait pas d’un colis suspect, d’une alerte à la bombe. Tout autour du piano installé vers une sortie, un ruban marquait son territoire en interdisait l’accès. La scène du crime, car il s’agissait d’un crime paraissait incongrue au milieu du tohu-bohu de la foule, des haut-parleurs. Le tué, un homme, gisait sur le piano. Quelques minutes auparavant, il frappait les touches pour jouer un air. Abattu dans le dos par une balle. Les usagers regardaient furtivement, incrédules. Certains parlaient du tournage d’un film. Le Taiseux, tout en savourant son caoua, savait que le type ne se relèverait pas.
Une personne s’affairait près de la victime : le légiste. Ce qu’il y a de bien avec les légistes, pensait l’inspecteur, c’est qu’au moins ils ne risquaient pas l’erreur médicale ni qu’ils ne prescrivent trop de médicaments. Les morts n’emmerdent pas les médecins. Du coin de l’œil, tout en sirotant son jus, il observait le toubib préposé aux macchabées. Ce dernier arborait la tête de l’emploi. Il est vrai que ce métier au bout de plusieurs années finit par vous façonner une tête de mauvais augure, une tête de croque-mort.
Trois des adjoints du policier venaient d’arriver sur le lieu du crime. La scientifique ne tarderait pas. Il termina son café et alla les rejoindre.
L’homme avachi sur l’instrument de musique portait de beaux vêtements. Rien à voir avec le commun des mortels mal chiffonner. Dans ses poches, sa carte d’identité donna son nom, son âge, son adresse. Les policiers récupérèrent un portable avec son répertoire téléphonique. Il habitait Saint-Cloud, une banlieue de nantis. Il était enseignant de musique. Pas étonnant qu’en voyant un piano, il ait sauté sur l’occasion d’interpréter un morceau. Un quidam lui avait-il fait la peau pour une fausse note ? Le Taiseux sourit. Si à chaque fausse note on tuait l’artiste, les intermittents du spectacle ne chômeraient plus. Le légiste l’apostropha :
– Ce mort semble vous ravir, inspecteur.
– J’aime mieux les morts que les vivants. Au moins ils ne disent plus de conneries.
Le médecin dû le prendre pour lui. Il ne répondit pas se contenta d’affirmer que la mort remontait à une heure. Que le gars était décédé sur le coup. La balle de 9 mm avait pénétré derrière l’omoplate et perforé le cœur.
Le Taiseux se dit que ce n’était pas la peine de faire huit années d’études pour dire une telle évidence. N’importe qui aurait deviné. Quant à l’heure de la mort rien de prémonitoire, elle correspondait à l’heure d’appel du personnel de la gare alerté par des voyageurs.
– Prenez les films des caméras de surveillance, demanda-t-il à un de ses collègues.
– Ce ne sont plus des films, mais des vidéos enregistrées sur ordinateurs inspecteur, envoya le carabin.
À chacun sa vengeance pensa le Taiseux. Vexé, le carabin se retira :
– J’attends le corps à l’institut médico-légal pour l’autopsier. Je vous enverrai le rapport.
– Qui a trouvé le corps demanda-t-il à un de ses collègues ?
– Un agent de la gare s’est aperçu de quelque chose. Tout d’abord, il a cru que le joueur avait eu un malaise. En s’approchant, il a aperçu la tache de sang dans le dos. Aussitôt il est allé voir une responsable qui a téléphoné à police secours. La femme est dans un bureau à l’intérieur de la gare derrière la porte que vous apercevez.
Le Taiseux se rendit à la porte qu’un vigile ouvrit. Un long couloir faisait toute la longueur de l’édifice. De nombreuses portes donnaient sur des bureaux. Sur celui de la femme, sous son nom une étiquette « gestionnaire du personnel » informait de son travail. Le Taiseux frappa. La femme vint lui ouvrir. Elle devait avoir la trentaine. Une belle nana dont la poitrine bien fournie attirait le regard. Grande, sévère elle toisa le policier :
– Vous désirez ?
– C’est vous qui gestionner le personnel ?
– Ce verbe n’existe pas !
La pimbêche n’allait pas prétendre lui donner une leçon de français.
– Si les académiciens étaient moins cons, ce mot existerait dans le dico.
Elle se tut. Dans le couloir des cheminots auprès d’un distributeur de boissons, s’esclaffèrent. Elle piqua un fard.
– Vous n’avez rien à faire leur cria-t-elle !
Visiblement son niveau social lui permettait un comportement autoritaire. Ils se dispersèrent en maugréant et en souriant. Le Taiseux s’interposa :
– Non ! Restez autour de l’appareil, je reviens tout de suite vous voir.
Furibonde, la cadre rentra dans son bureau le Taiseux sur ses talons. Il souriait. Il s’était mis le personnel de son côté. Il pourrait avoir besoin d’eux pour la suite de l’enquête.
– Vous avez appelé la police madame ?
– Oui.
– lors de la communication téléphonique que nous avons enregistrée, vous avez dit : « un meurtre vient d’être commis sur un professeur de musique en gare Saint-Lazare »
– Exact.
– Comment savez-vous qu’il enseignait la musique ?
La femme resta muette devant la question. Elle s’empourpra. Le policier jubilait intérieurement. Le Taiseux enfonça la banderille :
– Comment saviez-vous qu’il s’agissait d’un meurtre
Désorientée, incapable de répondre elle happait l’air afin de reprendre pied. Sa poitrine gonflait sous sa respiration saccadée. Elle finit par bafouiller :
– Il vient plusieurs fois par semaine. Nous avons fini par discuter et nous connaitre. Quant à sa mort, l’un de mes agents m’a dit que son dos était ensanglanté, j’ai déduit qu’on l’avait tué.
Le policier se retira. Il reviendrait. Dans le couloir, les agents l’attendaient.
– Il parait qu’il venait souvent jouer du piano ?
– Il avait son fan-club, répondit un agent à la casquette rouge vissée sur son crâne. Ils se regroupaient derrière lui, presque à le toucher, pour écouter et voir ce virtuose.
– Ils étaient nombreux aujourd’hui ?
– une bonne vingtaine. Quand le type s’est effondré, ils sont presque tous partis rapidement.
– Vous pourriez les décrire.
– Certainement.
Un flic viendra plus tard tenter un portrait-robot avec les cheminots.
Les techniciens de la scientifique procédaient à des relevés, des photos, des prélèvements.
– Aucune empreinte et d’après les rares témoins présents et restés sur place aucun coup de feu. Le tueur ou la tueuse à dû opérer avec une arme munie d’un silencieux. Il s’agit d’un calibre de 9mm tiré à deux mètres maximum de la victime, l’informa l’un d’eux.
Les policiers de Saint-Cloud contactés l’informèrent dans la soirée des résultats de leurs investigations. Le type était marié depuis trente ans. Il avait deux enfants. Sa femme le trompait ouvertement d’après les voisins. Elle ne se cachait pas et tenait à l’encontre de son époux des propos venimeux. Sa mort l’arrangeait. Elle avait enclenché une procédure de divorce pour laquelle le mari s’opposait. Voici, un bon motif se dit, l’inspecteur. L’avait-elle éliminé pour refaire sa vie ? Elle ou peut-être son amant ? À moins qu’elle eût rémunéré une tierce personne pour cette basse besogne ? Les petits boulots se développaient de plus en plus avec le chômage. Il faudra vérifier les alibis de la femme et de son futur. Les collègues sur place se proposèrent. Le Taiseux les remercia et attendit leurs résultats. Son équipe vérifia les comptes en banque de ces deux personnes. Chou blanc, aucune somme importante pouvant justifier la rémunération d’un complice ne fut relevée. Le lendemain, le commissariat de saint- Cloud avisa le Taiseux que les deux suspects possédaient pour le jour et l’heure du meurtre de solides alibis, vérifiés et irréfutables : la femme, conductrice de train à la RATP était de service. Les policiers avaient vérifié. À l’heure du crime, sa rame était immobilisée dans un tunnel. Elle avait appelé le poste de commandement. Sa conversation était enregistrée. Son amant quant à lui, était dans une clinique privée pour une opération. Il était rentré la veille et avait été opéré le jour du meurtre. Il est toujours dans la clinique. Par contre nous avons fouiné. Un voisin nous a affirmé que le mort, un jour de vague à l’âme lui avait dit qu’il voyait une femme travaillant en gare Saint-Lazare.
Tout d’abord un peu décontenancé par les alibis des deux suspects, le Taiseux retrouva son sourire. L’affaire prenait une autre tournure. « Cherchez la femme » et si cette dernière n’était autre que la pimbêche qui l’avait rabroué le jour du meurtre ! Elle connaissait le mort. Elle savait avant tout le monde qu’il avait été assassiné ! Le Taiseux tenait sa revanche. Il retourna à Saint-Lazare. Il entra dans le couloir grâce au badge d’un cheminot.
Il frappa à l’huis.
Elle ouvrit, le dévisagea, le toisa.
Le Taiseux sourit et sans sa permission pénétra dans le bureau, prit une chaise et s’assit sans y être invité. La fille lui jeta un regard courroucé. Ce n’était pas souvent qu’un homme devait lui tenir tête. De son fauteuil, il observait la statue, composée de réveils, érigée sur la place devant la FNAC. La pièce était chaude. Elle s’était défaite de ses habits chauds. Son chemisier soulignait une poitrine soutenue par un soutien-gorge bleu. Sa robe arrivait à mi-cuisses et laissait entrevoir des jambes attirantes et des cuisses moulées. Le Taiseux eut envie d’elle. Son membre se raidit. La responsable alla s’installer derrière son bureau et attaqua :
– Dans la police, la politesse est en option, je suppose ?
– Vous étiez la maîtresse du mort !
D’abord, elle se figea, s’offusqua, devint rouge écarlate puis explosa :
– Sachez, monsieur le policier, je ne suis la maitresse de personne.
Le taiseux voulait la casser, lui faire perdre contenance. Ses yeux ne quittaient pas sa poitrine.
– Le mort avait une amante dans cette gare !
– Je ne suis pas la seule femme dans cette administration !
– Vous êtes belle et attirante. Votre poitrine donne envie de croquer à pleines dents vos seins. Mes mains aimeraient caresser vos cuisses. J’ai le sexe en érection pour vous servir et vous faire jouir.
Le Taiseux se leva et s’approcha d’elle :
– Je suppose que tu fais l’amour sur un coin de ce bureau ?
– Vous êtes, vous êtes.
Elle perdait le contrôle de sa voix. Elle se leva brusquement, faillit perdre ses lunettes.
Les mains du policier se posèrent sur les seins.
Une claque violente et retentissante le cloua sur place et le remit en place.
Toutes des salopes se dit-il en quittant, en catimini, la pièce. Dehors, le froid calma ses ardeurs. Il avait tenté sa chance. Il déambula dans les rues du quartier. Il se rendit vers la rue de Provence. Il connaissait. Des filles de joie officiaient dans la rue. Au dernier moment, il hésita et fit demi-tour. Toujours payer maugréa-t-il. Il rentra chez lui un peu vaseux, se dégorgea le poireau, car son sexe ne débandait pas. Il alluma une cigarette et réfléchit. L’enquête ne menait nulle part. L’arme n’avait pas été retrouvée. Il restait persuadé de la culpabilité de la cadre SNCF, mais avec quelle preuve convaincre un juge de l’autoriser à fouiller son bureau, son appartement ?
Le lendemain, au commissariat, il fut convoqué par son chef.
– Une plainte d’une responsable SNCF vient d’être déposée par son avocat. Vous avez été odieux d’après cette personne.
– Je l’ai un peu bousculé pour le bien de l’enquête. Elle est très suspecte dans ce meurtre. Elle connaissait le tué. Elle était vraisemblablement sa maitresse.
– Ce n’est pas une raison pour pénétrer dans son bureau, prendre ses aises sans permission. Votre impolitesse l’a choqué.
Il laissa venir. Son patron ne dit pas plus.
Ainsi la fille ne faisait aucune référence à sa proposition de la sauter sur le coin du bureau. Il ne dit rien de la claque reçue. La plainte n’ira pas loin et finira classée.
L’autopsie n’apporta rien de neuf. Les portraits-robots établis avec l’aide du personnel de la gare restaient approximatifs et non exploitables.
Le Taiseux retourna en gare. À la brasserie il commanda une bière. On approchait de onze heures. Les clients se faisaient rares. Son demi dans une main, il observait le piano. Une personne s’essayait à la musique. Pendant quelques secondes il espéra que cette personne fût, à son tour, assassinée. On aurait pu parler d’un malade qui haïssait la musique. Il ne se passa rien. La personne jouait mal. Elle méritait une balle dans le dos. Tout à ses réflexions, il vit sortir la pimbêche de la porte d’entrée intérieure de la gare. Elle rejoignit un homme. Il posa de la monnaie sur le comptoir, laissa sa bière à peine entamée et se mit à suivre le couple. Celui-ci se dirigea vers la sortie. Ils s’engouffrèrent passage du havre, au sous-sol. Le Taiseux les vit s’enlacer fougueusement, s’embrasser sur la bouche. Furieux, il quitta le passage et se dirigea vers un bistro. Il commanda une bière et un sandwich. Après avoir déjeuné sur le pouce, il décida de s’offrir du bon temps. Le froid devenait moins vif. On sentait le combat entre le froid et la douceur. Cette dernière l’emportait. Rue Joubert, il flâna. Des prostituées attendaient le client. Il en choisit une. Il pensa besogner la pimbêche tout en baisant la fille de joie. En retournant au commissariat, il fulminait intérieurement. La pimbêche avait un fiancé. Il pesta encore davantage lorsqu’on lui apprit que la vidéo de surveillance de la gare n’était qu’un leurre ! Pas d’enregistrement de l’assassinat de l’enseignant. La SNCF expliquait que faute de personnel elle ne pouvait détacher des agents pour ce genre de chose. De plus son déficit chronique l’empêchait de payer une boite privée pour cette surveillance. Le Taiseux piqua une colère intérieure. Pourquoi tous ces lieux publics (gares et autres) n’étaient pas reliés au centre de surveillance de la police parisienne ? Encore une fois le laxisme des politiques et de la haute administration mettait le pays en difficulté. Il revenait à la case départ. Il décida de s’intéresser à la vie de l’enseignant, peut-être que quelque chose lui avait échappé.
L’enseignant vivait une vie paisible. Il professait dans un milieu privilégié auprès de jeunes enfants issus des classes privilégiées. Très peu ou pas du tout de fils ou de filles d’ouvriers dans ce monde de la musique. Il avait lu récemment un article sur l’enseignement en général. Les enfants de salariés s’arrêtaient au niveau du bac. Ceux des ouvriers aux C.A.P. L’université restait le domaine des familles aisées quant aux grandes écoles…
le mort avait deux enfants. Un fils et une fille. Le fils avait été contacté, impossible d’obtenir la fille par contre. Le Taiseux demanda à ses collègues de Saint-Cloud de creuser du côté des enfants. La réponse qu’il reçut quelque temps après le laissa incrédule : la fille de feu l’enseignant, n’était pas sa fille, mais celle d’une ex-femme avec qui il vécut. Il avait élevé l’enfant sans lui donner son nom. Cette fille avait fait des études à science Po. Elle travaillait en région parisienne. Ses collègues lui indiquèrent le nom de la personne. Le Taiseux raccrocha. Il resta un moment abasourdi. Il connaissait cette personne. Le nom de jeune fille et le prénom correspondaient à la pancarte fixée sur le bureau de la pimbêche !
Le sang du policier ne fit qu’un tour. La salope, elle se moquait. Son ire qui montait fut interrompue par un appel du commissariat de Saint-Cloud.
– Autre chose, dit un enquêteur, la fille lorsqu’elle était adolescente est venue déposer une plainte pour viol. Elle accusait son beau père. À l’époque la police prenait à la légère ce genre d’affaires. Les policiers ont écrit les faits évoqués sur la main courante sans enquêter.
Une vengeance paraissait plausible. Le Taiseux comprenait. Son exaspération devint compréhension. Encore trop de faits similaires non pris en compte, malgré des améliorations dans les commissariats. L’inceste demeurait tabou. Les filles violées dans le milieu familial se taisent la plupart du temps où ne sont pas cru. Quant à porter plainte, cela ressemble toujours à un parcours du combattant. Le droit de cuissage reste dans la culture du mâle.
Il obtint avec ces nouveaux éléments l’autorisation de perquisitionner au domicile de la fille et sur son lieu de travail.
Avec deux collègues, ils se rendirent à Paris Saint-Lazare. La femme resta de marbre lorsqu’ils commencèrent à chercher l’arme. Le Taiseux lui expliqua qu’il savait pour le viol subit. Elle se tut, méprisante, et regarda droit dans les yeux du policier :
– Vous les hommes vous êtes tous les mêmes, les femmes ne sont que des objets sexuels à vos yeux.
Le Taiseux n’en menait pas large. Elle avait raison. Il ne pensait qu’à ça dès qu’il voyait un jupon. Ils ne trouvèrent pas d’arme ni ici ni leurs collègues au domicile de la femme. Aucune preuve, aucun aveu, seulement des présomptions qu’un avocat réduira à néant. Au fond de lui, le Taiseux n’était pas mécontent. En aparté, il discuta avec la femme. Il lui dit qu’il comprenait. Elle répondit que son beau père l’avait reconnu un jour en gare et avait tenté de renouer contact. Il n’avait qu’une envie, la posséder à nouveau, un peu comme vous obsédé par ce besoin de posséder. Le Taiseux présenta ses excuses. Elle leva les épaules
Le juge au vu du dossier décida de ne pas mettre en examen la femme. Des présomptions ne sont pas des preuves. Mettre en prison cette femme après son calvaire, jetterait le trouble dans l’opinion publique : trop de femmes battues, violées sans réaction de la justice et la plupart des cas avec la complicité passive de la police. Le dossier restera de côté avant de finir aux archives.
Plusieurs mois plus tard, l’affaire rebondit ! Un braquage d’une banque qui tourne mal. Un employé tué et des policiers alertés qui tirent sur les braqueurs et abattent l’un d’eux, celui qui avait tué l’employé. L’analyse balistique fut formelle : l’employé tué l’avait été par la même arme qui avait servi à abattre l’enseignant à Saint Lazare. Alerté, le Taiseux tomba sur le cul. La cadre S.N.C.F. n’était peut-être pas la tueuse présumée. Vérifications faites, elle bossait à l’heure et au jour de l’attaque de la banque et puis c’était deux hommes qui avaient attaqué l’établissement bancaire. Le voyou tué quant à lui restait inconnu des services de police. Pourtant lorsque le Taiseux eut sa photo entre ses mains, son cœur bondit dans sa poitrine ! Le type mort ressemblait trait pour trait au fiancé de la pimbêche ! Ce rebondissement stupéfiant remit le dossier sur le devant. Pour le moins la fille paraissait complice de l’assassinat de l’enseignant. Ou alors son fiancé avait-il agi de sa propre initiative ? Une question se posait : comment savait-il pour le viol ? Elle lui en avait parlé. L’imbécile avait plongé promettant de venger sa promise ! Le Taiseux décida de se taire, après tout il était le seul à connaitre la relation du mort et de la femme. Il n’aurait pas d’aveu, il le sentait et aucune preuve tangible ne viendrait étayer des accusations. L’adolescente avait eu sa vengeance. Pourtant depuis le début de l’enquête, il ne rêvait que de son corps. Une idée le prit. Après tout pas de quartier, ce n’était qu’une salope qui se vengeait en manipulant les mecs. Il lui rendit visite, l’informa de la mort de son fiancé.
– Nous ne sommes plus ensemble depuis un mois !
– Peut-être, mais vous l’avez séduit pour satisfaire votre vengeance.
– Vous avez une preuve !
– Non ! Par contre je peux nuire à votre carrière en vous mettant en examen.
Curieusement elle sourit.
– Vous avez une autre idée !
– Oui ! J’étouffe le dossier, mais…
– Mais il faudra que j’écarte les cuisses pour satisfaire votre manque !
– Oui ! Répondit le Taiseux d’une voix rauque.
Il arrivait à ses fins. Il la tenait. Son sexe le taraudait. Il fallait qu’il la saute maintenant. Il n’en pouvait plus.
– Seul problème, monsieur le policier, votre conversation est enregistrée.
Ce disant, elle montra un petit enregistreur posé sur le bureau qu’elle s’empressa de cacher dans son soutien-gorge.
– Que dirait un juge en écoutant l’enregistrement ?
Le Taiseux devint pâle. À quelques années de sa retraite, ce serait la révocation, l’humiliation et la prison pour avoir falsifié une enquête.
– Au plaisir monsieur le policier.
Le Taiseux sortit. La garce, c’est elle qui le tenait. Il ne la baisera jamais. Il ne pouvait rien faire.
Le demi aux pieds humides lui fit du bien.
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