Oasis des Artistes

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

La Foi des Gueules Noires

  • Ce sujet contient 10 réponses, 11 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par cyrael, le 05-11-2025 09:59.
  • Créateur
    Sujet
  • #2722156
    Georgiu Cornel
      • Sujet: 453
      • Réponses: 3002

      « Chers amis, je ne peux pas finir cette épopée en prose sur les « Gueules Noires » sans apporter un hommage et la plus grande considération à une âme, plus qu’un animal : le Cheval ! »

      Quelques explications sur les jargons spécifiques à l’usage, dans les mines de charbon :
      • en Roumanie, Poneys, de vrais chevaux robustes de petite taille, adaptés aux galeries étroites.
      • En France, Bidets, le mot désignait, à l’origine, un petit cheval trapu et robuste, exactement le type d’animal qui était utilisé pour tirer les lourds wagons dans les galeries étroites.
      • En Roumanie, ont l’appelé « cărăuș », celui qui guidait les chevaux.
      • En France, le jargon utilisé pour le meneur de chevaux « ‘conogon »

      Le testament du mineur de fond

      Le ventre de la terre. Le noir, notre quotidien. Il n’y avait pas de soleil, pas d’air frais, juste le bruit des pioches et le grondement des wagons. Nous, les mineurs, vivions pour le charbon, la poussière et la sueur. Mais, nous n’étions jamais seuls. À nos côtés, l’ami silencieux, le cheval. Ses yeux, une lueur d’humanité dans l’ombre, sa force, notre seule assurance. On le nourrissait avec notre cœur, on le soignait avec notre âme, et on le protégeait avec notre sang. Il était le seul qui ne nous abandonnait jamais. Il ne demandait rien, mais il nous a tout donné. Il a été notre famille, notre espoir, notre amour. Et, quand le dernier cheval a quitté la mine, c’est comme si le dernier souffle de la vie était parti. C’était notre tout.

      Le Souffle des Abîmes : L’Histoire d’Écho, le Poney-Mineur (conte)

      Dans les entrailles sombres de la terre, là où le soleil n’était qu’un mythe et l’air frais un lointain souvenir, vivaient les « poneys de mine ». Ces créatures majestueuses, réduites à l’état d’esclaves silencieux, tiraient d’énormes wagons remplis du charbon vorace. C’était un monde d’obscurité perpétuelle, un règne de poussière et de labeur incessant. Nés dans ce gouffre, ils y travaillaient et y mouraient, leurs vies rythmées par le crissement des rails et les ordres des conogons, leurs compagnons humains.
      Parmi eux, il y avait Écho. Non pas qu’il fût différent par sa robe ou sa taille, mais son regard…, son regard était une fenêtre sur une âme d’une intelligence rare. Écho possédait un don singulier : il sentait les gens. Non pas leur odeur ou leur présence physique, mais l’essence même de leur être. Une aura froide et pressante annonçait les cœurs durs, ceux qui ne voyaient en lui qu’une bête de somme. Une chaleur ténue, parfois, émanait de ceux qui, malgré leur tâche ingrate, portaient une étincelle de compassion.
      Écho tirait ses huit wagons quotidiens, une charge colossale, cependant jamais, il ne se laissait abuser. S’il sentait une surcharge, une injustice flagrante, ses sabots refusaient d’avancer. C’était une dignité silencieuse, une rébellion ancrée dans son instinct, une conscience de ses droits, même dans l’obscurité la plus profonde. Ses conogons le savaient, et les plus sages respectaient ce refus, comprenant que le cheval n’était pas seulement une force, mais aussi un esprit.
      Son sens du temps était une merveille. Sans horloge ni lumière, il savait quand la journée de labeur touchait à sa fin. Une horloge interne, synchronisée avec les rythmes invisibles de la terre, le guidait. Quand l’heure était venue, Écho, sans un mot, sans un ordre, trouvait le chemin du retour vers les écuries souterraines, ses sabots foulants des sentiers connus seulement de l’obscurité.
      Les années passèrent, marquées par la sueur, le charbon et les silences éloquents d’Écho. Son intelligence n’était pas de l’astuce, mais une profonde compréhension de l’équilibre entre la tâche et le respect. Il apprit à distinguer le conogon qui, d’un geste doux, reconnaissait sa peine, de celui qui ne cherchait que le rendement. Pour ces derniers, Écho gardait une distance, un entêtement subtil. Pour les premiers, il offrait un effort supplémentaire, une loyauté silencieuse.
      Le temps des poneys mineurs s’estompa avec l’avancée de la technologie. Le 3 décembre 1972, une ère prit fin. Ruby, le dernier des poneys, quitta les ténèbres dans un éclat de gloire inattendu. Mais, avant Ruby, avant la fanfare et la couronne de fleurs, il y eut Écho et beaucoup d’autres, les poneys mineurs qui sentaient l’âme des hommes. Echo, fut l’un de ces héros anonymes, dont l’intelligence et la dignité ont éclairé, à leur manière, le tunnel le plus sombre. Son esprit, à jamais, murmure dans les échos silencieux des mines abandonnées, rappelant que même dans l’obscurité la plus profonde, la lumière de l’âme peut percer.

      Georgiu Cornel le 30 08 25

      J’aimerais exprimer mes remerciements envers Nataraja d’abord pour la correction d’orthographe et pour la lecture avec ses appréciations anticipées.

    Vous lisez 9 fils de discussion
    • Auteur
      Réponses
      • #3582240
        Mascotte d'Oasis
        islander
          • Sujet: 2940
          • Réponses: 34198

          entièrement accord avec l’hommage que vous rendez à l’intelligence du cheval, j’ai eu l’occasion d’être plus que malheureux et d’attendre la mort, les chevaux l’ont su et sont venus à ma rencontre, d’une façon que je ne peux décrire, j’en ai encore la larme à l’œil, le cheval a une grande âme, il fait de la psychologie au sens noble du terme, votre prose est magnifique parce qu’elle montre la vérité d’une créature à part, psychologue comme l »est je pense l’éléphant, la nature est complexe, plus qu’n ne croit, j’en suis persuadé, merci de votre sensibilité et merci aux chevaux pour la lumière qu’ils offrent parfois aux hommes perdus, je suis fier de l’écrire en votre commentaire

          amitiés poétiques

        • #3582269
          Sybilla
          Maître des clés
            • Sujet: 5464
            • Réponses: 79667

            Bonsoir Cher Ami poète Cornel,

            Je pense que c’est le plus bel hommage sur les chevaux que j’ai pu lire !

            En effet, les équidés possèdent une sensibilité très forte, innée.
            Ils ressentent tant chaque émotions !

            Ton texte sur cette période où ces animaux étaient utilisés pour tirer les charges lourdes dans les mines est extrêmement émouvant.

            Tout simplement magnifique !

            Belle soirée Cher Ami poète Cornel !
            Toutes mes amitiés
            Sybilla

            Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
          • #3582274
            Hamid
            Participant
              • Sujet: 175
              • Réponses: 2795

              Un bel hommage à cette âme courageuse qu’est le cheval qui incarne l’endurance, la liberté et la noblesse.

              Un superbe écrit que j’ai beaucoup apprécié

              Hamid

            • #3582280
              Daniel Dive
                • Sujet: 2141
                • Réponses: 5677

                Tous les chevaux domestiques sont des modèles de travail et de dévouement.
                Mais le cheval de la mine, c’était le Stakhanov de la gent équine. Un travail d’une dureté inimaginable, sans un poil de lumière jusqu’à la mort.

                Oui, un hommage bien mérité, mais aussi une connaissance très pointue de la mine et le mots justes pour exprimer toute sa grandeur et sa difficulté.

                Vraiment une lecture qui reste en mémoire.

                Science sans conscience n'est que ruine de l'?me (Rabelais)
              • #3582289
                BOUCHARBA
                  • Sujet: 350
                  • Réponses: 1551

                  Merci, j’ignorais ou je n’avais pas pensé à cette souffrance des chevaux, c’est pénible. Je croyais que le travail se faisait mécaniquement ou semi mécaniquement. c’est dure

                • #3582295
                  Mascotte d'Oasis
                  isabelle
                    • Sujet: 2648
                    • Réponses: 13734

                    Un texte remarquable !
                    A lire absolument…
                    En un magnifique et poignant hommage aux bidets….

                  • #3582302
                    Michel Miaille
                      • Sujet: 580
                      • Réponses: 5719

                      Un bel hommage à nos amis équidés qui ont tant souffert pour nous dans les mines ou ailleurs. On pourrait aussi parler de leur rôle dans les guerres notamment au travers du superbe film « Cheval de guerre »; il ya , là aussi, un beau sujet de méditation.

                      Amitiés.

                    • #3582349
                      Mascotte d'Oasis
                      Nataraja
                        • Sujet: 141
                        • Réponses: 4371

                        Bonjour Cornel

                        Sublime narration relatant la dure condition des chevaux dans l’obscurité des mines de charbon.
                        Fidèles compagnons des mineurs à qui ils apportaient une aide précieuse
                        et bienfaisante en partageant les mêmes dures conditions de vie.
                        Un hommage particulier à Echo, ce cheval admirable.

                        La qualité de tes contes et nouvelles met, aussi, en valeur tes talents d’écrivain.

                        Que ta journée soit des plus agréables !
                        Merci de ton attention.

                        Amitiés
                        Nat

                        ——–

                        Henri Raimbaut,
                        -mineur-poète rendra hommage à ces compagnons de misère.

                        « Il est noir, brave cheval
                        En galère au pied de la taille
                        Tirant les rames de charbon
                        Ça fait dix ans qu’il est au fond

                        La poussière, plein de sueur
                        Obscurité et la chaleur
                        Une existence pleine de peines
                        A charrier l’charbon de la veine

                        Dans tes yeux, une clarté
                        La lampe du « meneu d’bidet »
                        Une douceur du compagnon
                        Te v’là reparti pour les fronts

                        Quand il tire la rame
                        Et qui compte de tête
                        Une berline de plus
                        Le voilà qui s’arrête

                        Pauvre cheval dans la misère
                        Pour le mineur tu es un frère

                        Parfois tu fermes les yeux
                        Tu dois songer aux jours heureux
                        Où tu étais dans la prairie
                        Au grand soleil, un paradis

                        Nous te savons condamné
                        Pourtant tu ne l’as pas mérité »

                        ——–

                        Les chevaux et des hommes à la mine

                        Les haillons de l’amour ne se reprisent pas .
                        Nataraja.
                      • #3582376
                        Fran?ois
                          • Sujet: 300
                          • Réponses: 49951

                          Bonsoir pinochio, hommage poétique

                          Amicalement

                          La po?sie, c'est comme la cuisine, le mot faitout

                          00063312-1

                        • #3587494
                          Plume de diamant
                          ★★★★★★
                          cyrael
                            • Sujet: 4849
                            • Réponses: 48873

                            hommage à ces chevaux qu’ils soient chevaux de course
                            ou chevaux de labeur, que de souffrances imposées par l’humain

                            j’ai pu voir des chevaux de course souffrir , lors des compétitions et épreuves

                            merci à vous Cornel

                            j’aime les chevaux, comment ne pas réagir

                            bon mercredi ,

                            l'Amour rayonne quand l'Ame s'?l?ve, citation maryjo
                        Vous lisez 9 fils de discussion
                        • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.