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La Gloire des Arbres;dédiée à Rose et à tous ceux qui n’ont pas oublié BENJAMIN MOLOISE

  • Ce sujet contient 6 réponses, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par mostafa HOUMIR, le 08-09-2009 15:39.
  • Créateur
    Sujet
  • #2603834
    Mascotte d'Oasis
    mostafa HOUMIR
      • Sujet: 1013
      • Réponses: 6978

      LA GLOIRE DES ARBRES
      (Pour ne pas oublier)
      Hommage posthume au poète
      Sud-africain Benjamin MOLOISE

      Ils vivaient sous le soleil. Amis du vent, du soleil et de l’eau, ils ne chassaient que pour se nourrir. Ils appartenaient à la nature et la nature leur appartenait. Somnolant sous un arbre, épiant une antilope, échangeant une grimace d’amitié avec un babouin, dansant autour du feu de la tribu, enchantés par le rythme du tam-tam ancestral, ils étaient heureux, satisfaits, sages. Ni dieu, ni maître ! Ils vivaient paisiblement comme toutes les créatures qui les entouraient avec lesquelles ils cohabitaient sans aucun narcissisme.
      Une nuit suffocante, des hommes différents, à la peau blanche comme le lait, sont venus troubler leur sérénité et polluer leur eau. Ils sont venus sur d’étranges maisons en bois qui marchaient sur l’eau sans se soucier des crocodiles. Ils se sont mis aussitôt à leur faire la chasse comme des animaux. Ils leur ont mis des chaînes aux pieds et au cou. Ils les ont obligés à creuser leur terre pour en extraire des pierres jaunes, très brillantes. Celui qui essayait de se défendre, ils le tuaient de sang froid avec leurs bâtons qui crachaient le feu.
      Ils ont mis du fil de fer partout, dans toute la forêt. Ils ont pris toutes les terres et n’ont laissé aux hommes de la nature que les taudis des bidonvilles et les masures des villages. Ils ont construit de belles cités modernes avec du béton armé et du bitume. Ils ont accroché des écriteaux partout : « Interdit aux chiens bâtards et aux noirs ». Quand ils ont inauguré leur capitale, ils l’ont appelée fièrement : « Johannesburg/ Caserne du racisme ». Le Ku-Klux-Klan était le premier à leur prouver sa sympathie, sa solidarité et sa grande amitié en leur envoyant un télégramme de Félicitations.
      Avec leurs bâtons qui crachaient le feu, leurs chiens de chasse enragés, leurs chaînes d’acier, leur religion et leur civilisation, ils sont devenus les maîtres de la forêt. Et les hommes de la nature sont devenus esclaves sur leur propre terre, dans leur propre pays, sous leur propre soleil. Mais le tam-tam de la liberté a commencé à résonner dans toute la forêt. Les maîtres sont devenus plus méchants, plus tyranniques, plus racistes. La plaie de la ségrégation est devenue profonde, saignante, incurable. Les hommes blancs avaient beau se laver les mains avec du savon parfumé, elles demeuraient rouges. Le sang est indélébile ! Et cela a duré longtemps, très longtemps ; les Blancs tuaient les Noirs, exportaient les richesses de la terre fertile à leurs alliés qui les épaulaient et les encourageaient à continuer leur boucherie au non de l’or. Les Noirs devenaient plus fatigués, plus maigres, plus malades, plus affamés. Les Blancs devenaient plus adipeux, plus joufflus, plus ventrus, plus puants. Depuis que ce cauchemar avait commencé, chaque nuit le rythme du tam-tam ancestral réveillait les maîtres en sursaut. Malgré les chiens de garde, malgré les murs, malgré les barbelés, le son et la voix du tam-tam atteignaient leurs lits. Ils mettaient du coton dans les oreilles, enfonçaient la tête sous les oreillers, ils entendaient toujours le tam-tam. Il était clair et net. Il disait :
      « Afrique, notre terre
      Afrique, notre mère
      Ne pleure pas
      Ne t’arrête pas
      Enfante les géants
      Étrangle les colons ! »

      La forêt tranquille des ancêtres est devenue prison, cimetière, camp de concentration, réclusion, caserne, rivière de sang… Un matin, le tam-tam de la liberté a résonné plus fort que d’ordinaire. Il a réveillé hommes et bêtes et personne n’a pu éteindre son cri légitime. Boutha s’est réveillé furieux. Il n’avait aucune envie de se réveiller à cette heure matinale après l’orgie de la veille. Qui a osé déranger le sommeil sacré du grand chef ?
      – Ce sont les fourmis, maître. On ne peut plus arrêter les émeutes. Les fourmis sont déchaînées, furieuses, folles, enragées. Elle n’ont plus peur, maître. Plus on en tue, plus il en sort des milliers. Que faut-il faire, maître ?
      Les corbeaux voilaient le soleil. Les éperviers éventraient les femmes. Les bulldogs dévoraient les enfants. Les lance-flammes brûlaient les hommes vifs. Les tanks écrasaient les bidonvilles et les villages. Boutha riait. Son rire hystérique horrifiait les oiseaux. Mais les esclaves ne s’arrêtaient plus. Leur tam-tam résonnait de plus en plus fort :
      « Africa, Africa
      Mort à Boutha
      Africa, Africa
      Ne t’arrête pas ! »

      La négritude commence à déranger sérieusement l’Apartheid. Ses alliés ne sont pas contents des rapports sur la situation à « Johannesburg/ caserne du racisme ». Il faut éteindre ce feu avant qu’il ne brûle toute la terre. Il faut étouffer ce cri avant qu’il ne réveille tous les opprimés du monde. Boutha convoque son quartier général. Il a une idée diabolique :
      « -Il faut tuer les meneurs, les port-parole, ceux qui sont assez fous pour se mettre en tête. Cela servira de leçon aux autres et personne n’osera riposter.
      -Idée géniale, maître !
      -Exécution ! »
      En feuilletant les listes des perturbateurs, Boutha tombe sur un cas très étrange. Il demande à son renard préféré :
      « -Qui est-ce ?
      -C’est MOLOISE, chef ; Benjamin MOLOISE.
      -Qu’est ce que c’est, au juste, ce MOLOISE ?
      -C’est un arbre, chef.
      -Un arbre ?! Que vient faire un arbre dans la liste des hors-la-loi ? Tu es devenu fou ?
      -Non, chef. Cet arbre n’est pas comme les autres, chef. Il a deux cents ans, chef. C’est le plus grand et le plus bel arbre de votre empire, chef. Tous les esclaves le vénèrent et le respectent, chef. La nuit, ils l’entourent et dansent au rythme du tam-tam maudit, chef. Il paraît que l’arbre leur récite des poèmes interdits, chef. Ces poèmes magiques leur donnent la force, l’espoir et le courage, chef. Et le lendemain, ils deviennent plus effrénés, chef. Que faut-il faire, chef ?
      -Quoi ?! Un arbre qui compose des poèmes maudits dans mon empire ?! On aura tout vu ! Coupez-le ! Brûlez ses feuilles et ses branches ! Déchiquetez ses racines ! Déchirez ses poèmes ! Coupez la langue à tous ceux qui osent les répéter à haute voix ! Exécution ! Et n’en parlons plus ! »
      Le lendemain, les bulldozers et les scies mécaniques attaquent l’arbre à l’improviste. Les scies coupent son tronc. Tous les oiseaux de la forêt pleurent. L’arbre ne gémit même pas. Il a dit : « La mort n’a pas peur de nous, n’ayons pas peur d’elle ! » Et il est mort assassiné. Il est mort glorieux, la tête haute sans plier l’échine. Il est mort debout. Il est mort vivant !
      On a brûlé ses feuilles et ses branches. Des bulldozers creusent la terre pour enlever toute trace de racines pour qu’il ne renaisse plus. Mais ses racines n’ont pas de fin : Elles sont si longues ! Plus les bulldozers creusent plus les racines s’allongent plus le trou s’approfondit. C’est impossible ! On n’a jamais vu un arbre pareil ! Ses racines doivent bien avoir une fin ! Boutha est impatient : Il veut à tout prix atteindre l’extrémité des racines pour mettre fin à toute trace de vie dans la forêt.
      Les rapports de chaque matin sont négatifs. Le nivellement, le déblaiement de terrain ne s’arrêtent plus. La place de l’arbre est devenue un chantier immense. On y travaille jour et nuit. Que de camions ! Que de marteaux-piqueurs ! Que de bulldozers !
      « -N’arrêtez pas les travaux ! Continuez à creuser ! », leur crie Boutha à chaque instant.
      La nouvelle de l’assassinat de l’arbre africain a fait le tour du monde. Et de chaque pays, de chaque usine, de chaque village, de chaque prison, de chaque quartier des pauvres, de chaque jardin d’enfants, les télégrammes sont envoyés par les colombes au peuple de l’arbre :
      « Africa, Africa
      Mort à Boutha
      Fils de la liberté
      Soyez plus forts
      Plus nombreux, plus unis
      Et persévérez !
      Le soleil de votre colère
      Brûlera Boutha
      Et vous rendra la vie
      Africa, Africa ! »

      Boutha est furieux ! Tant qu’il ne mettra pas fin aux racines de l’arbre, le tam-tam da la liberté s’entêtera à résonner. Un jour, il quitte sa forteresse et vient dans son tank voir le trou des racines. Il reste stupéfait un long moment. Il voit des arbres, beaucoup d’arbres qui montent du tréfonds de la terre. Il reste ébahi devant cette montée incroyable. Ce moment de stupéfaction est suffisant pour que le tam-tam se mette en marche. Et les hommes se mettent en marche.
      « -Bouchez le trou ! Arrêtez la marche noire ! », crie Boutha, épouvanté. Grenades, bombes lacrymogènes, coups de feu, arrestations, guillotines… Cela ne sert plus à rien : La vague de la révolution approche, approche, approche… Rien ne peut arrêter le cyclone ! C’est la fin, c’est ta fin Boutha !
      Il a peur ! Même ses alliés, auxquels il a exporté tout l’or de l’Afrique ne sont pas là pour le sauver. Le cyclone de la vengeance est devant, le trou des racines et derrière. Que faire ? Il n’y a plus rien à faire ! Boutha veut fuir mais trébuche, tombe dans le trou. L’écho de son dernier cri fait pousser davantage les arbres. Ils commencent à naître… D’innombrables arbres émergent du trou et s’élèvent dans le ciel ; très grands, très beaux, très forts. Il y a des arbres partout où le sang a coulé : Ce sont des MOLOISE, une infinité de MOLOISE ! Ils poussent, ils poussent… Ils envahissent « Johannesburg/ caserne du racisme »… Et la forêt redevient paradis. Et les oiseaux africains se mettent à chanter au rythme du tam-tam ancestral :
      « Gloire à la lutte, à la vie
      Gloire à la force qui libère
      Crée et féconde
      Gloire à la liberté reconquise
      A la paix, à l’amour
      Gloire, ultime gloire enfin
      A la fraternité de ceux qui luttent »*

      *- Extrait du poème « tam-tam » de Jean Baptiste MUTABARUKA

      😆

      Ma vie n'est plus une barque dans une mer enrag?e
      Et je ne suis plus le naufrag?!
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      Mostafa, point fat, seul, las, si doux, r?vant de sa mie!!!
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    • Auteur
      Réponses
      • #2742645
        Mascotte d'Oasis
        mostafa HOUMIR
          • Sujet: 1013
          • Réponses: 6978

          [size=large][color=009900][font=Arial]Mille mercis,chère amie ,d’avoir redonné vie à cette nouvelle qui est passée inaperçue car,à part Rose,personne n’a posté de commentaire!Est ce que ce texte n’a pas plu à mes amis Oasiens? je ne sais pas mais vous venez d’affirmer le contraire.J’espère que ma nouvelle sera lue par d’autres amis,pour l’amour de la poésie et en hommage à ce poète Africain,assassiné pour ses idées et ses principes;pour que ça ne se répète plus!…Merci,mon amie![/font][/color][/size]
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        • #2742847
          Mascotte d'Oasis
          mostafa HOUMIR
            • Sujet: 1013
            • Réponses: 6978

            Mes amis,
            Je me permets de remonter ce texte pour permettre à mon ami Papillon de le lire et aussi à tous ceux qui ne l’ont pas encore lu.Merci d’avance!
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          • #2742848
            Pierre-Louis SESTIER
              • Sujet: 532
              • Réponses: 4994

              Un éloge très fort; quelle (p)rose!

            • #2742849
              Mascotte d'Oasis
              mostafa HOUMIR
                • Sujet: 1013
                • Réponses: 6978

                merci,mon cher!Je te remercie de lire mes textes,ça me fait vraiment plaisir!
                J’aime le jeu de mots » (p)rose! »:très joli!
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              • #2742851
                Mascotte d'Oasis
                mostafa HOUMIR
                  • Sujet: 1013
                  • Réponses: 6978

                  Mon cher Farid,
                  L’assassinat de ce poète africain m’a fait très mal, là où c’est trop profond et ce texte était ma façon de lui rendre hommage.Qu’il repose en paix, dans le paradis des poètes!
                  La haine raciste a fait couler tant de sang et notre pauvre Afrique a assez souffert.
                  Merci,mon frère pour ton cœur humaniste et ta tendresse angélique!

                  : : :
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                • #2742852
                  Mascotte d'Oasis
                  mostafa HOUMIR
                    • Sujet: 1013
                    • Réponses: 6978

                    MON ami papillon,
                    Merci d’être venu partager la douleur du déracinement de cet arbre africain digne et fier qui est mort debout, comme a dit Jacques Brel!
                    Terrible était l’apartheid qui a fait couler tant de sang et de larmes!
                    😆 😆 😆

                    Ma vie n'est plus une barque dans une mer enrag?e
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