-
Sujet
-
Un long extrait de mon recueil « du clos Anna en passant par le petit chemin »
La maison du capitaine
C’était un vieux monsieur, bien dans sa septantaine
Tiré à quatre épingles quel que soit le temps
Ici, tout le monde l’appelait « capitaine »
Mais nul ne savait bien, ni de quoi ni comment
Officier de port, d’armement de pêcheurs ?
Capitaine au long cours sur un bateau marchand ?
Peu importe s’il fut ou non navigateur
Je garderai de lui ce souvenir touchant.Au milieu des parfums d’été dans la garrigue
Tout au bout d’un sentier, tracé brut au sarcloir
Au bout de nulle part, juste en dessous de figues
Que le soleil parait d’étranges reflets noirs
La maison m’apparût comme dans une gloire
La porte m’attendait ouverte à deux battants
J’entrai d’un pas craintif et mon regard d’enfant
Se posa sur un livre épais comme un grimoire.
Sa reliure était d’un beau cuir maroquin
Entre l’envie de voir ou de prendre la fuite
Je suis resté les yeux fixés sur le bouquin
Mais je ne m’en suis pas approché tout de suite
Car dans la maison, tout exhalait l’aventure
Les tableaux de bateaux toutes voiles dehors
Les objets de marin, les photos, les gravures
Et la vieille casquette avec trois galons d’or.Panoplies, armes, cannes, maquettes, trophées
Des trésors fabuleux pour mon imaginaire
La pièce recelait plein de contes de fées
Et placardé au mur l’immense planisphère.
J’ai parcouru le monde affiché face à moi
Du bleu des océans au vert d’Amazonie
Suivi du bout des yeux la route de la soie
Conquis du regard, l’ouest des États-Unis.
Sur cette immensité j’ai fixé mes pensées,
Le nord avait jauni sous l’effet du soleil
Du sud à l’équateur le temps avait tracé
Des sillons et des plis à des rides pareils.
Quelque peu exalté je revins vers le livre
Me trouvant intrépide et peureux à la fois
Je me sentais alors comme le bateau ivre
Quand à ce moment-là j’entendis une voix :« Ah bon ! C’est toi pitchoun, tu viens cueillir des figues ?»
Ces mots m’ont ramené à la réalité
Je répondis d’un « oui » à mon hôte prodigue
Mais je n’en faisais plus une priorité.
Tout en cueillant les fruits je ne pensais qu’au livre
Est-ce un dictionnaire ou son livre de bord ?
La pensée m’obsédait je ne pouvais poursuivre
La tâche commencée sans avoir de remords.
Panier à moitié plein je descendis de l’arbre
Pas mécontent du tout de quitter mon perchoir
Posai ma cueillette sur la marche de marbre
Du petit escalier accédant au couloir.« Tu n’as cueilli que ça m’a dit le capitaine »
Appuyé sur sa canne une pipe à la main
« Pour aujourd’hui ça va, lui dis-je, deux douzaines
Mais si vous permettez je reviendrai demain. »
« Tu reviens quand tu veux sans prétexter les figues
Car je crois que tu as trouvé d’autres raisons
Que veux-tu donc savoir, dis-moi ce qui t’intrigue
Et aussi qui t’attire ici dans ma maison ? »
« C’est le bouquin Monsieur, on dirait un grimoire
Le livre des sorciers, de Merlin l’enchanteur
Chez vous, pour chaque objet, j’imagine une histoire
Je voudrais tout savoir et puis j’ai un peu peur. »
« Apprends, c’est bien, mais tout savoir c’est impossible
Même les grands savants ne connaissent pas tout
Le bouquin d’enchanteur n’est que ma Sainte Bible
Par mégarde posée à l’envers croix dessous »Je revins le lendemain et fus bien reçu.
Le capitaine attendait, de toute évidence
Il me montra la Bible à l’endroit, croix dessus
Entre nous se créa plus qu’une connivence.
Je suis souvent venu revoir le capitaine
Qui toujours m’accueillît de son air bienveillant
Il évoquait sa vie avec ses joies, ses peines
Un vent de mer séchait son coin d’œil larmoyant.Extrait de » du clos Anna en passant par le petit chemin »
Jacques BASCHIERI ©"Ce qui a le moins vieilli en moi c'est ma jeunesse"...Et il escaladait l'échelle qu'il avait appuyée ? rien pour aller marier une girouette au vent .
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.


