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Sujet
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[center]L’ailleurs
Sur un mont de silence, elle offrait son regard,
Un feu doux qui renaît des blessures trop larges.
Ses mains frôlaient le sable en un fragile écart,
Traçant deux ombres d’or comme un ancien visage.Puis d’un geste éclaté, renversant l’horizon,
Elle fit voltiger ses jambes imaginaires.
Le sable s’envola tel un vif abandon,
Portant loin son passé, ses douleurs solitaires.Et moi, pris dans l’éclat de sa force sans pieds,
Je vis naître une reine au milieu de ce vide.
Elle n’avait plus de jambes, elle avait la clarté
Des êtres que la vie sculpte en beauté solide.Copyright©2025 Charef Berkani[/center]
Prose poétique : L’ailleurs
Elle était assise sur un petit mont de sable, comme une île arrachée au monde, une île qui refusait le naufrage. Son corps immobile avait la douceur d’un secret, et son visage, éclairé par la fièvre des projecteurs, portait une beauté qu’on devinait ancienne et pourtant neuve, réinventée à chaque souffle. Elle traçait dans le sable ce qui fut, deux lignes fragiles, deux jambes perdues dans un passé que sa mémoire effleurait sans le réclamer vraiment.Avec ses doigts, elle redessinait son propre mirage. Les grains roulaient, s’agrégeaient, hésitaient. Puis, d’un geste ample, presque une bénédiction, elle dispersa tout. Et le sable se fit pluie. Elle aussi se fit pluie. Son souffle portait loin les membres qu’elle avait sculptés, comme si elle voulait dire au monde : regardez, ce n’est rien… ce n’est plus moi.
Alors elle parla, non pour se plaindre, mais pour s’achever autrement : là où la perte devient force, là où le manque ouvre des portes secrètes. Et moi, au bord de mon siège, je sentais qu’elle m’entraînait dans cet ailleurs dont elle gardait la clé, un ailleurs sans membres mais avec une âme en flammes, un ailleurs où sa grâce était plus haute que n’importe quelle verticalité.
Elle ne marchait pas : elle rayonnait.
Elle ne tenait pas debout : elle tenait tête au destin.Et dans cet instant suspendu, j’ai compris que ses gestes n’étaient pas des gestes : c’était une lutte délicate, un chant sans musique, une victoire sans bruit. Elle a reconstitué son corps dans ma mémoire, non pas en sable, mais en lumière.
Copyright©2025 Charef Berkani
J’étais président du 56ème Festival du Théâtre Amateur de Mostaganem qui s’est déroulé du 1er au 6 Novembre 2025. J’exprime ici l’émotion que m’a inspiré cette comédienne handicapée qui interprétait son rôle sans aucun complexe. Un moment de partage exceptionnel.
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